
Jean-Pierre Blanchet.
Photo : Denis Bernier.
Lorsque le gouvernement Harper a proposé sa Loi sur la qualité de l'air en 2006, les environnementalistes sont montés aux barricades en moins de temps qu'il ne faut pour dire «Kyoto». Ils ont dénoncé les cibles dérisoires de réduction des gaz à effet de serre (GES). Certains se sont consolés en se disant qu'à tout le moins, la nouvelle loi prévoyait la réduction des émissions de dioxyde de soufre (SO2), un composé émis par les voitures ou certaines usines, nocif pour la santé et responsable des pluies acides.
Les résultats d'une recherche menée par Jean-Pierre Blanchet, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère et directeur de l'Institut des sciences de l'environnement, pourraient faire déchanter ces environnementalistes pour de bon. Financé par le CRSNG pour l'Année Polaire Internationale, cet expert en modélisation du climat arctique vient de montrer qu'au-dessus du pôle, les molécules de SO2 ne sont pas si mal venues. Elles retardent le réchauffement climatique!
«Durant la saison froide sur l'Arctique, les particules solides qui flottent dans l'atmosphère sont enrobées d'acide sulfurique qui résulte directement de la transformation du SO2, explique le chercheur. La présence de cet acide modifie la façon dont se forment les nuages.»
En effet, lorsqu'elles sont entourées d'eau, les plus petites particules atmosphériques n'arrivent pas à former de glace, peu importe s'il fait -40°C. La présence d'acide entrave la congélation de l'eau. Les plus grosses particules atmosphériques, en contrepartie, arrivent à former des cristaux. «À cause de leur taille, elles absorbent plus de molécules d'eau que les petites, dit Jean-Pierre Blanchet. L'acide est donc dilué et la glace peut se former.»
Lorsqu'un flocon glacé se forme dans l'atmosphère, la vapeur d'eau est rapidement attirée vers celui-ci. Elle se dépose sur la surface de givre et se solidifie à son tour. «Dans une situation où les noyaux glaçogènes sont acidifiés, toutes les molécules de vapeur d'eau convergent en même temps vers les rares flocons qui ont réussi à se former. On assiste donc à la croissance explosive de quelques gros cristaux de glace.» L'équipe de Jean-Pierre Blanchet a réussi à croquer ces «poids lourds» à l'aide des observations des satellites CloudSat et CALIPSO.
Ces «poids lourds» tombent au sol, emportant avec eux la vapeur d'eau qui se trouvait dans l'atmosphère. «Sous les températures froides de l'Arctique, l'air est très pauvre en vapeur d'eau. La formation des gros cristaux le déshydrate encore davantage.»
La vapeur d'eau est, de loin, le gaz à effet de serre le plus puissant qui soit. Elle réchauffe l'atmosphère beaucoup plus que le gaz carbonique. «Dans l'Arctique, l'acidification des noyaux glaçogènes a pour effet de refroidir l'atmosphère», en déduit Jean-Pierre Blanchet, qui s'apprête à soumettre ses résultats à la revue Science.
Devrait-on conclure que les émissions de SO2 peuvent se poursuivre impunément? Du tout, répond le chercheur. «Seulement, il faut faire les choses dans le bon ordre. On devrait commencer par réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et ensuite, s'attaquer au SO2.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 12 (23 février 2009)
Série thématique : Le Nord dans tous ses états
Catégories : Sciences, Professeurs
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