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Stéphane Roussel.

Fragile souveraineté du Canada dans le Grand Nord


Vaisseau de l'Armée canadienne patrouillant les eaux froides de l'Arctique.
Photo: Forces canadiennes.

Par Claude Gauvreau

Depuis trois ans, Stéphane Roussel participe à titre d'observateur à des exercices militaires dans le Grand Nord, effectués par des patrouilles canadiennes dites «de souveraineté». Pour lui, c'est une façon de confronter ses théories à la réalité du terrain. L'évolution des problèmes de sécurité et de défense dans l'Arctique constitue l'un des principaux thèmes de recherche de ce professeur de science politique, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes.

Les territoires du Grand Nord sont une composante de l'identité canadienne et comportent des enjeux économiques et géopolitiques d'importance stratégique, affirme le chercheur. «L'Arctique est non seulement riche en gisements de zinc, de fer, de plomb et de diamants, mais il recèlerait, dit-on, 25 % des ressources planétaires en hydrocarbures non découverts. Le Canada doit se préparer à exploiter le potentiel économique de la région, tout en évitant un développement sauvage qui ne respecterait pas l'environnement.»

Le passage du Nord-Ouest : canadien ou international?

L'absence de réglementation sur l'accès aux eaux dans le Grand Nord canadien constitue toutefois un problème de taille. Le Canada revendique ainsi sa souveraineté sur le fameux passage du Nord-Ouest, voie maritime qui relie l'Atlantique au Pacifique à travers les îles de l'Arctique et permet de réduire les trajets d'Europe et de la côte est américaine vers l'Asie.

«Le Canada soutient que ce passage fait partie de ses eaux intérieures, tandis que les États-Unis le considèrent comme un détroit international, libre d'accès», note Stéphane Roussel. Jusqu'à maintenant, le Canada et les États-Unis ont adopté une attitude pragmatique et se sont entendus sur des opérations conjointes de sauvetage, notamment en cas de désastre environnemental. À la fin des années 80, les deux pays ont même conclu un accord donnant aux brise-glaces américains un droit d'accès ponctuel au passage du Nord-Ouest.

«Le litige politique n'a pas été résolu pour autant, observe le chercheur. Pour renforcer la souveraineté du Canada dans la région, le premier ministre Harper a annoncé, en août 2007, que la présence militaire canadienne serait accrue. La Convention des Nations-unies sur le droit de la mer et le partage des fonds marins pourrait constituer, éventuellement, une base d'entente juridique entre les deux voisins.»

Continentaliser la sécurité

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Canada et les États-Unis se sont engagés dans un processus de continentalisation de la sécurité auquel la région de l'Arctique n'échappe pas, poursuit Stéphane Roussel. «On projette sur l'Arctique les craintes que suscite au sud la menace terroriste. On a ainsi évoqué les possibilités d'infiltrations de groupes terroristes par le Nord, d'immigration illégale et de trafic de stupéfiants. Mais ce ne sont, pour l'instant, que des scénarios», souligne le politologue.

Depuis 2004, le gouvernement canadien a dépensé des dizaines de millions de dollars pour l'instauration d'un système de surveillance dans le Grand Nord, la construction de bases militaires, l'achat de brise-glaces et d'avions de transport. Stéphane Roussel, pour sa part, s'interroge : «Le Canada a-t-il les moyens de ses ambitions et, surtout, peut-il se permettre d'investir autant dans l'Arctique, tout en maintenant une présence militaire en Afghanistan?»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 12 (23 février 2009)

Série thématique : Le Nord dans tous ses états

Catégories : Politique et droit, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 23 février 2009