
Rabih Habib, Neda Esmaïlzadeh, Marie-Michelle Guyon et Arnaud Le Chatelier.
Photo : Nathalie St-Pierre.
Le 13 février dernier, la veille de la Saint-Valentin, Arnaud Le Chatelier et Marie-Michelle Guyon éprouvaient des palpitations. Rabih Habib et Neda Esmaïlzadeh avaient, eux aussi, le cœur qui battait la chamade. «Je n'avais jamais eu les mains moites comme ça», avoue ouvertement Rabih. Et pour cause. Les deux couples d'étudiants, qui formaient la tête de pont de l'équipe de la Faculté de science politique et de droit, vivaient ensemble leur toute première aventure de plaidoirie. «La pression était d'autant plus forte, ajoute Arnaud, que l'an dernier, l'UQAM avait raflé cinq des sept prix du concours.» Dans quelques minutes, les joutes oratoires du 31e Concours Pierre-Basile Mignault allaient débuter.
Ce matin-là, affublées de toges noires et de plastrons éclatants, les troupes d'élite des facultés de droit de l'UQAM, des universités d'Ottawa, Laval, McGill, Sherbrooke et Montréal croiseraient le verbe et l'éloquence pour défendre l'honneur de leur alma mater et les mémoires que chacune des 12 équipes avaient minutieusement et frénétiquement élaborés au cours des six mois précédents.
Appuyés par leurs coéquipiers Florence Colas, Chloé De Lorimier, Audrey Coulombe et Simon-Gabriel Morin, les deux tandems de l'UQAM ont pris position dans l'enceinte du tribunal-école de l'Université McGill. Dans ce décorum fin XIXe, chacun des tandems a sauté à tour de rôle dans l'arène. Devant eux, les honorables juges Michel Bastarache, Yves-Marie Morissette, Claudine Roy, Chantal Corriveau, Nicole Duval Helser et David Cameron. Dans les gradins de bois ciré qui les entouraient sur trois côtés, collègues, parents et amis leurs lançaient des ondes positives.
L'enjeu? En appeler d'un jugement fictif qui mettait en cause un appelant et un intimé se disputant la qualité de fabrication de cages à serins aux barreaux de plastique antibactérien. Les plaideurs devaient, tour à tour, prendre fait et cause en faveur de chacune des parties au litige.
L'exercice n'allait évidemment pas de soi. Ils ne sauraient dire combien de nuits blanches ils ont passées à peaufiner leurs mémoires. «On a squatté des jours et des nuits dans l'appartement qui nous servait de quartier général, raconte Marie-Michelle. Quand nos colocs allaient se coucher, on travaillait. Quand ils se levaient le lendemain matin, on bossait encore. Ils revenaient le soir et ils nous trouvaient toujours assis autour de la table. C'était malade.»
Pour les fins du concours, les huit coéquipiers ont mis toute la gomme. «Tout a pris le bord, raconte Rabih. Nos cours, nos amis, nos anniversaires. On a même travaillé le 31 décembre!» Doit-on mettre cette folle obsession sur le compte d'un esprit de compétition irrépressible? Rabih et Marie-Michelle seraient portés à dire oui. Neda Esmaïlzadeh avoue, elle, que la motivation allait bien au-delà de la rivalité. «Je n'allais pas là pour gagner, mais je ne voulais pas faire de gaffes. Je cherchais la perfection.» Faut-il alors s'étonner que la toute menue jeune femme de 22 ans ait été sacrée «meilleur plaideur» du concours de cette année parmi les 24 tribuns en lice? Arnaud Le Chatelier, lui, a raflé la troisième place au classement des meilleurs plaideurs. Avec Marie-Michelle Guyon, Arnaud a décroché le prix du deuxième meilleur tandem de plaideurs.
Qu'ont retiré les étudiants de cette aventure? D'une part, ils se sont découvert un peu eux-mêmes. «Je me suis sentie très fière de moi», dira d'abord Marie-Michelle avec un sourire qui ne parvenait plus à dissimuler les broches qu'elle allait incessamment se faire enlever. Arnaud, lui, s'est découvert un goût insoupçonné pour la plaidoirie. Il a aussi appris autre chose. «Je n'aurais jamais pensé devoir passer deux nuits blanches juste pour la mise en page d'un mémoire. Le petit côté formel de la rédaction, j'ai senti que ça ne serait pas ma passion.»
Rabih, pour sa part, a avoué avoir a-do-ré cette immersion totale. «Ça m'a vraiment mis dans le bain, dit-il. J'ai appris à développer des réflexes de juriste que je n'aurais jamais pu acquérir même en restant 30 ans sur les bancs d'école.» Quant à Neda, elle avance que cela a été une occasion unique d'approfondir certaines notions de droit civil. «Je peux vous dire que j'en ai beaucoup appris sur le régime extracontractuel. Aujourd'hui, l'article 1468 du Code civil, je sais ce que c'est.»
La cause est entendue! Le Concours Pierre-Basile-Mignault n'aura aucun mal à convaincre un jury de son bon droit. Une fois de plus, il a su favoriser l'émulation des connaissances tout en distillant le goût de la plaidoirie à une précieuse relève. L'équipe de l'UQAM a triomphé. Le verdict prononcé sur le banc est sans appel. L'audience est levée...et en délire!
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 13 (9 mars 2009)
Catégories : Politique et droit, Étudiants
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