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Philippe Juneau.
Photo : Nathalie St-Pierre. 

Eaux toxiques


Le réservoir Valle de Bravo, qui procure 12 % de l'eau de consommation pour le ville de Mexico, est contaminé par les algues bleues.

Par Marie-Claude Bourdon

Parce que les cyanobactéries ressemblent à des algues et qu'elles donnent une teinte bleutée à l'eau des lacs qu'elles empoisonnent, on leur a donné le nom d'«algues bleues». «En fait, ce ne sont pas des algues, précise le biologiste Philippe Juneau. Les cyanobactéries font de la photosynthèse, comme les algues, mais ce sont des organismes plus primitifs, qui n'ont pas de noyau ni d'organelles.»

Depuis qu'il s'est joint au Département des sciences biologiques de l'UQAM, Philippe Juneau, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicologie des microorganismes aquatiques, consacre l'essentiel de ses recherches à tenter de mieux comprendre le comportement des cyanobactéries. Son but : déterminer comment différents facteurs comme la température, la lumière et la quantité d'engrais et de pesticides présents dans l'eau peuvent faire augmenter ou, au contraire, faire chuter la quantité de toxines dégagée par ces microorganismes.

Un phénomène complexe

«Il s'agit d'un phénomène extrêmement complexe qu'on ne fait que commencer à comprendre, que ce soit ici ou dans les autres laboratoires à travers le monde», explique le chercheur. Si on sait que certains facteurs, comme la présence de phosphore, favorisent en général la présence des cyanobactéries, on ne comprend pas encore comment cet effet est modulé par d'autres facteurs comme la lumière ou la température.

L'automne dernier, Philippe Juneau a reçu une subvention du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEID) pour lancer un projet de recherche sur cette question, en collaboration avec l'Université autonome de Mexico. «Au Mexique aussi, les cyanobactéries posent un sérieux problème, comme presque partout dans le monde.»

Deux équipes de chercheurs, l'une à Montréal et l'autre à Mexico, vont se mettre au travail au printemps pour tenter d'élucider certains aspects du phénomène de prolifération des cyanobactéries. «On sait, par exemple, qu'il existe une interaction entre l'effet des pesticides et la température de l'eau, dit Philippe Juneau. Une application de pesticides au printemps n'aura pas les mêmes effets sur la population de cyanobactéries d'un plan d'eau qu'une application à l'été, quand l'eau est plus chaude. Nous voulons mieux documenter ce type d'interaction afin de pouvoir proposer au gouvernement d'éventuellement réajuster les normes d'épandage des pesticides.»

Le rôle du zooplancton

D'autres microorganismes présents dans l'eau se retrouveront également dans la mire des chercheurs. «Alors que le premier volet de la recherche sera consacré aux facteurs environnementaux qui favorisent la croissance et la toxicité des cyanobactéries, nous nous intéresserons, dans un deuxième volet, aux interactions entre les algues, les cyanobactéries et le zooplancton», précise Philippe Juneau.

Dans les lacs, le zooplancton est un maillon important de la chaîne alimentaire. Si la population de zooplancton diminue, la population de poissons diminue aussi. «On cherchera à savoir, par exemple, dans quelles conditions les toxines relâchées par les cyanobactéries ont un effet nocif sur le zooplancton», ajoute le biologiste. Également, les chercheurs essaieront de déterminer si cet effet nocif est produit par contact direct entre le zooplancton et les toxines présentes dans l'eau ou s'il est causé par l'absorption de cyanobactéries dans le système digestif. Car le zooplancton, qui se nourrit d'algues, peut se rabattre sur un menu de cyanobactéries lorsque celles-ci prolifèrent aux dépens des algues.

«Le zooplancton peut jouer un rôle dans le contrôle de la prolifération des cyanobactéries, dit Philippe Juneau. L'intérêt de ce projet de recherche est de combiner l'expertise de nos collègues mexicains sur le zooplancton avec notre propre expertise sur le phytoplancton.»

Le projet, auquel collabore la professeure Béatrix Beisner, du Département de sciences biologiques, a également l'avantage de mettre en commun les approches de l'écologie, de la physiologie et de la biochimie. C'est la première fois qu'un projet de l'UQAM reçoit du soutien du MDEIE dans le cadre du programme de soutien à des initiatives internationales de recherche et d'innovation. La subvention, de plus de 100 000 $, permettra d'étudier des microorganismes recueillis dans les eaux du réservoir Choinière, situé dans le Parc national de la Yamaska, ainsi que dans les lacs Zumpango, Xochimilco et Las Illusiones, au Mexique.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 13 (9 mars 2009)

Catégories : Sciences, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 9 mars 2009