
Gilles Trudel.
Photo : Nathalie St-Pierre.
Les cinéastes et les publicitaires n'ont pas l'habitude de filmer ce qui se passe dans la chambre à coucher des «vieux», c'est le moins qu'on puisse dire! Il semble que personne n'ait envie de voir les chairs flétries de papi et mamie, qui s'éclatent sous l'édredon. Le cinéaste allemand Andreas Dresen a osé. Son film Septième ciel met en scène une femme de plus de 60 ans, Inge, qui vit une passion très intense et physique avec un octogénaire. Le coup de foudre est tel, qu'elle en vient à quitter l'homme avec lequel elle est mariée depuis plus de 30 ans.
«Il était temps qu'on raconte ce genre d'histoire au cinéma», se réjouit Gilles Trudel, professeur au Département de psychologie, qui s'intéresse à la vie conjugale des aînés. «Je demande parfois à mes étudiants s'ils croient que leurs grands-parents se livrent à des ébats sexuels. Ils sont sûrs que non! Il y a une totale méconnaissance de la vie conjugale et sexuelle des aînés dans notre société. C'est un sujet tabou.»
Les jeunes étudiants ne sont pas les seuls à être dans le noir. De façon générale, les chercheurs en psychologie se sont très peu intéressés à cet aspect de la vie des gens retraités. Résultat : on dispose de peu de données fiables, hormis quelques informations issues des recensements qui montrent, par exemple, que les plus de 65 ans sont de plus en plus nombreux à se séparer. «C'est quelque chose qu'on ne voyait pas avant», note Gilles Trudel.
Le chercheur veut maintenant en savoir plus. En collaboration avec Richard Boyer de l'Université de Montréal et Michel Préville de l'Université de Sherbrooke, il a obtenu une subvention de plus de 100 000 $ des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour scruter la vie conjugale et sexuelle des «vieux».
L'équipe effectue actuellement des entrevues auprès de plus de 500 couples du Québec âgés de 65 à plus de 90 ans. «Nous interviewons l'homme et la femme de façon séparée, à leur domicile, précise le chercheur. Pendant près d'une heure et demie, nous leur posons des questions sur leur vie de couple et leur vie sexuelle. Nous leur demandons par exemple s'ils éprouvent du désir à l'égard de leur conjoint, à quelle fréquence ils ont des relations sexuelles, s'ils éprouvent des problèmes au lit et si oui, lesquels.»
Pour mettre les participants à l'aise, les chercheurs ont mis au point un petit logiciel qui permet de répondre à certaines questions à l'aide d'un clavier, de façon parfaitement anonyme. On ne voudrait pas que les participants fardent la vérité, par crainte que leur douce moitié ne les entende dans la pièce voisine.
En plus de faire la lumière sur leur vie conjugale et sexuelle, le questionnaire permet de cerner si les participants souffrent de dépression ou d'anxiété. «Grâce à des études préliminaires, nous savons que les aînés qui vivent des problèmes de couple sont deux fois plus susceptibles de souffrir de détresse psychologique, dit Gilles Trudel. On veut maintenant éclaircir les liens entre les deux.» Entre d'autres mots, est-ce la dépression qui vient avant et qui bousille les relations conjugales des aînés? Ou la tension dans le couple qui mène à la dépression? «Nous allons suivre notre cohorte pendant deux ans pour le savoir.»
Gilles Trudel croit que les organisations qui offrent des ateliers de préparation à la retraite devraient aborder la question du couple. «On parle beaucoup de finances et de loisirs dans ces ateliers, mais presque jamais des relations conjugales. On sait pourtant que le moment de la retraite est souvent difficile à cet égard. Du jour au lendemain, on passe beaucoup plus de temps avec son conjoint. Il faut réapprendre à s'apprivoiser.»
Le professeur croit aussi que davantage de psychologues cliniciens devraient être formés pour travailler avec les retraités. «On n'a plus les aînés qu'on avait! On vit plus vieux et en meilleure santé. Or, encore aujourd'hui à l'université, on prépare très peu les étudiants à répondre aux nouveaux besoins de cette tranche de la population. Évidemment, il faut commencer par leurs enlever de la tête certaines idées préconçues!»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 13 (9 mars 2009)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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