
Henry Markovits.
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Une nouvelle étude dans le domaine de la psychologie révèle que les hommes seraient plus indulgents que les femmes envers leurs pairs de même sexe. Le résultat de cette recherche a fait le tour du monde comme une traînée de poudre.
À Washington, Londres et Delhi, cette recherche réalisée conjointement par Henry Markovits, professeur au Département de psychologie de l'UQAM, la psychologue Joyce F. Benenson de l'Emmanuel College de Boston et d'autres chercheurs de l'université Harvard fait du bruit.
The Sun, un tabloïd britannique aussi populiste que conservateur, en a profité pour faire ses choux gras en Une. Arborant un jeune mannequin prenant la pose d'une PDG menaçante, le tabloïd titrait «Une nouvelle étude révèle qu'une femme patron peut s'avérer un véritable cauchemar pour les autres femmes.» Ne faisant pas dans la nuance, The Sun va jusqu'à prétendre que les couteaux volent plus bas dans les entreprises dominées par les femmes.
Henry Markovits n'en fait pas trop de cas. Les extrapolations loufoques des journaux à potins le font même sourire. D'autant plus que le Psychological Science, l'une des dix publications les mieux cotées en matière de psychologie, a publié dans son édition de février 2009 les résultats de cette étude très sérieuse. «Nous avons trouvé que les hommes semblent prendre davantage soin de leur réseau de contacts avec les autres hommes que ne le font les femmes entre elles. Il en irait de même pour les relations d'amitié entre hommes. Elles seraient plus durables.»
Ces résultats de recherche surprennent un peu. D'autant plus qu'ils vont à l'encontre des conclusions des études de David Bakan qui, en 1966, avançaient que les femmes étaient plus sociables et plus coopératives que les hommes. Les deux chercheurs, Mme Benenson et M. Markovits, ont mené leur étude à partir d'observations et de méthodologies éprouvées.
Ils ont fait appel à 30 garçons et 30 filles partageant des chambres dans des résidences étudiantes. On leur a d'abord fait remplir un questionnaire sur les relations qu'ils entretiennent avec leur colocataire. Dans un deuxième temps, on leur a demandé d'analyser une histoire fictive où un(e) ami(e) de confiance manquait tout à coup à sa parole en ne leur remettant pas un travail pourtant promis. «Après deux ans d'études, raconte Henry Markovits, il a été très intéressant de constater que les garçons se sont avérés plus indulgents envers le fautif que les filles.» Les études du professeur Markovits auprès d'étudiants de l'UQAM ont donné des résultats similaires.
Alors que les filles se montrent plutôt agacées par le comportement décevant de leur colocataire du même sexe, les garçons, eux, font preuve de plus de compréhension et de magnanimité à l'égard de leurs pairs. Il appert aussi que le niveau de confiance des filles s'en trouve passablement plus ébranlé comparativement aux garçons et que celles-ci sont alors plus susceptibles de vouloir changer de colocataires.
Henry Markovits tient à souligner que le concept d'indulgence et de tolérance dont il est ici question pourrait devoir faire l'objet de recherches plus approfondies. «Nous partons de la prémisse que les structures sociales pourraient prendre leur essence dans les fonctions biologiques.» Il serait ainsi possible qu'en explorant le niveau le plus primitif du cerveau humain, on puisse trouver un jour que le seuil de tolérance des femmes face aux stimuli visuels, auditifs et olfactifs négatifs soit moins élevé que celui des hommes.
De façon intuitive, il apparait aux chercheurs que l'amitié au féminin est plus fragile que celle que vivent les hommes entre eux. «En dépit du fait que les tensions et les conflits hiérarchiques soient très présents entre les hommes, il semblerait que l'amitié masculine soit primordiale pour la cohésion du groupe alors que pour les femmes, l'amitié déçue pourrait être un élément susceptible de mettre en péril le besoin plus crucial qu'elles éprouvent, c'est-à-dire l'établissement d'une certaine intimité et proximité entre elles.»
Quand on demande au professeur Markovits si les résultats de ces recherches nous ramènent à cette idée qu'instinctivement les hommes ont encore les réflexes du mâle protecteur et pourvoyeur alors que les femmes, elles, recherchent la sécurité, celui-ci sursaute. «Oh là là! Vous allez vite! Je ne m'aventurerai pas sur ce terrain glissant. Ce que nous avons fait, c'est un pas de plus dans la reconceptualisation de la fonction de l'amitié.» Voilà qui en rassurera plusieurs.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXV, no 14 (23 mars 2009)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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