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Pierre Gosselin
Photo : Nathalie St-Pierre

L'art de faire de l'art


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Par Marie-Claude Bourdon

«Enseigner l'art, ce n'est pas seulement enseigner à tenir un pinceau.» Professeur à l'École des arts visuels et médiatiques, Pierre Gosselin s'intéresse depuis ses études de doctorat au processus mystérieux qui permet à l'œuvre d'art de prendre forme dans l'esprit de l'artiste avant de s'incarner dans la matière. «C'est en observant la façon un peu scolaire dont les arts étaient enseignés à l'école que j'ai commencé à m'interroger sur cette question, raconte-t-il. Je trouvais que cette façon d'enseigner ne rendait pas justice à la dynamique propre de la création et ne permettait pas aux élèves d'approcher le monde de l'art comme ils auraient dû l'approcher.»

Avant de devenir expert en didactique des arts, Pierre Gosselin a été artiste. Pendant dix ans, il a fait de la photo, des performances, des installations. À l'époque de ses études de doctorat, il a fait de la suppléance en arts plastiques dans des écoles primaires et secondaires. C'est là qu'il a commencé à réfléchir à un modèle d'enseignement des arts qui serait directement inspiré par la dynamique de la création.

Un modèle d'enseignement

Depuis la réforme, c'est-à-dire depuis le début des années 2000, une version adaptée du modèle qu'il a élaboré dans sa thèse se retrouve au cœur des nouveaux programmes d'art au secondaire et, de façon simplifiée, au primaire. «Plutôt que de partir de théories en sciences de l'éducation, on s'est dit que pour enseigner aux élèves à créer en arts, il fallait partir d'une compréhension de la création», rapporte le professeur.

Aujourd'hui, le chercheur revient sur cette question avec ses étudiants de la maîtrise qu'il a conviés, lors d'un séminaire, à réfléchir sur leur propre dynamique de création. Quelles sont les conditions qui permettent aux idées créatrices d'émerger et de prendre forme? Comment vient l'inspiration? Quand? «L'inspiration vient souvent quand nos défenses sont abaissées, le matin au réveil ou quand on marche dans la rue, observe Pierre Gosselin. Cela a des implications pédagogiques. Quand on tient compte de la démarche créative, il faut accepter de mettre les élèves dans une certaine errance.»

Selon Pierre Gosselin, ce modèle pédagogique branché sur une compréhension de la dynamique créatrice est particulièrement indiqué à l'adolescence. «Cela amène les élèves à être à l'écoute de ce qui a une résonance pour eux à une période où ils sont en pleine redéfinition de leur identité, note-t-il. Et cela est bon pour tous les élèves, pas seulement les futurs artistes.»

Porter ses blocages

Le blocage est un autre des thèmes abordés par ses étudiants. «Il faut savoir porter ses blocages, note Pierre Gosselin. Pour illustrer la différence entre les moins bons étudiants et les meilleurs, un enseignant du Cégep me racontait que les moins bons, quand on leur présente un projet, ont toujours décidé, en sortant de la classe, ce qu'ils vont faire, parce qu'ils ne supportent pas le tourment de ne pas savoir.»

Le travail de réflexion que Pierre Gosselin a mené avec ses étudiants de maîtrise, eux-mêmes enseignants en arts au primaire, au secondaire, dans des centres culturels ou des organismes d'éducation populaire, fera l'objet d'un ouvrage collectif sur la dynamique de création, Résonances : pour un dialogue entre création et enseignement des arts, dont la parution est prévue pour l'automne.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 12 (8 mars 2010)

Série thématique : Mois de la Faculté des arts

Catégories : Arts, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 8 mars 2010