
Joseph-Yvon Thériault.
Photo: Nathalie St-Pierre

Photo: Nathalie St-Pierre
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, déclarait récemment : «L'enrichissement des individus de tous les âges sera au centre de notre politique économique, car il n'existe pas de richesse partagée qui ne fût d'abord créée.» Plusieurs observateurs ont interprété cette déclaration comme un signe d'abandon de la social-démocratie par le PQ.
«De nombreux Québécois ont l'impression que la social-démocratie est morte ou en crise. Pourtant, son objectif de conjuguer la défense des libertés individuelles avec les préoccupations de justice et de solidarité sociales est toujours d'actualité», soutient le professeur Joseph-Yvon Thériault, du Département de sociologie.
Ce chercheur, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie, fait partie du Consortium de recherche pour une social-démocratie renouvelée, créé en décembre dernier. Le Consortium réunit des représentants de la chaire, du Centre d'études et de recherches internationales (CÉRIUM) de l'Université de Montréal, du Laboratoire de recherche sur les politiques et les pratiques sociales (LARREPS), du groupe Gaïa Presse, de l'Institut de recherche en économie contemporaine et des Éditions Vie économique.
La démarche du Consortium n'est pas associée à un parti politique et vise plutôt à alimenter le débat public, souligne Joseph-Yvon Thériault. Selon lui, un nouveau contexte mondial rend souhaitable et possible un retour à l'idéal social-démocrate. Ce contexte est marqué par un double échec : l'écroulement de la plupart des régimes socialistes d'inspiration marxiste et la crise mondiale du capitalisme financier, laquelle indique les limites du néolibéralisme.
«La social-démocratie représente la seule voie politique de gauche crédible, capable de proposer des réformes s'inscrivant dans la poursuite du bien commun», affirme le chercheur. Cela dit, les mutations de l'environnement sociopolitique, économique et culturel des dernières décennies - mondialisation, montée du pluralisme identitaire, émergence d'une économie du savoir, vieillissement de la population, préoccupations environnementales - exigent de repenser la social-démocratie sans rompre avec ses principes de base.
Des choix politiques difficiles doivent être faits tout en maintenant les objectifs de solidarité collective, note Joseph-Yvon Thériault. «L'État, par exemple, doit-il consacrer 40 % ou 60 % de ses revenus aux services sociaux? Et comment concilier les enjeux environnementaux et les exigences du développement économique?»
Le sociologue constate que la mondialisation a remis en question la place des États-nations dans la régulation économique et sociale. Mais la crise financière, dit-il, a aussi révélé les limites d'une régulation exclusivement marchande. «Même les grands banquiers et les dirigeants politiques du G20 parlent maintenant de renforcer la régulation étatique.»
Au Québec, ce sont les mouvements sociaux, comme le mouvement syndical, le mouvement des femmes, le mouvement écologiste et celui de l'économie sociale, qui sont les principaux porteurs des valeurs sociale-démocrates, observe le professeur. «C'est souvent sous leur pression que le Parti québécois et le Parti libéral ont mis en œuvre des politiques s'inspirant de la social-démocratie.» Selon lui, un des défis de la social-démocratie consiste justement à arrimer la démocratie représentative et la démocratie participative. «L'État doit définir l'intérêt général en collaboration avec les acteurs de la société civile.»
L'articulation des rapports entre nationalisme et social-démocratie représente un autre défi, poursuit Joseph-Yvon Thériault. «Certains considèrent que la souveraineté du Québec est préalable au choix d'une orientation social-démocrate, tandis que d'autres, à Québec Solidaire notamment, veulent rompre avec l'idée d'accorder la priorité à la question nationale.»
Le Consortium souhaite établir des liens avec des représentants des organisations de la société civile et des mouvements sociaux. Il prévoir organiser un forum de discussion à la fin mai pour dresser une première synthèse de ses travaux de réflexion, ainsi qu'un grand colloque international à l'automne 2010.
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On peut consulter les documents de travail du Consortium à l'adresse suivante : http://www.chantiersocialdemocratie.org/spip.php?article26
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 15 (19 avril 2010)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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