
Gilles Dupuis.
Photo: Nathalie St-Pierre
Comment mesurer la qualité de vie d'enfants soignés dans une unité d'oncologie, d'enfants obèses ou dont les parents viennent de se séparer? Le modèle d'évaluation doit-il être différent avec des adolescents, des personnes âgées ou des populations de travailleurs? Lors d'un colloque intitulé La qualité de vie à travers les générations : le bonheur n'a pas d'âge, qui se tiendra le 12 mai prochain dans le cadre de l'ACFAS, des chercheurs du Québec, de France et de Belgique se réuniront pour discuter des différentes applications d'un modèle d'évaluation de la qualité de vie conçu par le professeur Gilles Dupuis, du Département de psychologie.
«Ce modèle est très différent des questionnaires sur la santé psychologique que l'on voit habituellement, avec des échelles de 1 à 5, de très satisfaisant à pas du tout satisfaisant», note le chercheur. Basé sur la théorie générale des systèmes et la notion de poursuite du bonheur comme moteur de nos comportements, l'Inventaire systémique de qualité de vie (ISQV) ne fait pas que mesurer la satisfaction des sujets par rapport à différents aspects de leur existence. Il permet de dresser un profil complet de leur qualité de vie, tenant compte de leurs objectifs dans différents domaines et de leurs priorités.
«Chaque personne n'accorde pas la même importance à tous les aspects de la vie, que ce soit les relations amoureuses, les amis ou le sport, précise Gilles Dupuis, et les priorités d'une personne peuvent changer en cas de maladie ou d'accident. L'intérêt du questionnaire est qu'il permet de mesurer de façon dynamique l'écart entre la qualité de vie perçue par l'individu et celle qu'il souhaiterait atteindre, dans différents aspects de sa vie, pondérés selon l'importance relative qu'il accorde à chacun.»
Comment cela fonctionne? La personne est invitée à indiquer sur un cadran comment elle perçoit sa situation par rapport à celle qu'elle souhaiterait atteindre, dans plusieurs domaines. Évidemment, les domaines varient en fonction des clientèles. On n'interroge pas les enfants sur leur niveau de salaire ou leurs relations avec leurs supérieurs, pas plus qu'on ne demande aux travailleurs d'évaluer leur satisfaction par rapport à leur chambre à coucher! Une fois toutes les questions complétées, la personne doit les classer en ordre d'importance. L'analyse des résultats permet d'établir un profil de la qualité de vie où les résultats sont exprimés en percentile pour chaque aspect de la vie.
Gilles Dupuis a conçu ce questionnaire dans le cadre de recherches menées dans les années 90 à l'Institut de cardiologie de Montréal sur la qualité de vie après un pontage coronarien. Par la suite, le professeur a adapté son modèle pour mesurer la qualité de vie de différentes populations de travailleurs.
L'Inventaire systémique de qualité de vie au travail (ISQV-T) a servi pour évaluer des professionnels, des pompiers, des travailleurs de l'hôtellerie ou des fonctionnaires. Son application dans les milieux de travail permet non seulement de prédire les risques d'épuisement professionnel ou de détresse psychologique propres à chaque individu, mais également de dresser un portrait de la qualité de vie dans l'entreprise. «On aura ainsi des indications pour savoir sur quels aspects travailler, que ce soit, par exemple, l'organisation du travail ou les relations entre collègues», indique Gilles Dupuis.
L'instrument a également été adapté à d'autres clientèles. Ainsi, des chercheurs de Metz, en France, ont étudié les aspects de l'ISQV pour enfants (l'ISQV-E) les plus à même de prédire la souffrance dépressive chez l'enfant. La professeure Marie-Claude Guay, du Département de psychologie de l'UQAM, l'a utilisé pour mesurer la qualité de vie perçue par des jeunes provenant de pays en développement et de quartiers défavorisés de Montréal. À Metz et à Liège, en Belgique, on s'en est servi pour estimer le bien-être d'enfants traités en oncologie. À Liège, l'ISQV a également été expérimenté avec des personnes âgées et des adolescents.
«Chaque questionnaire comporte un tronc commun d'environ 25 questions, mais on peut ajouter un module de six questions pour l'adapter à des clientèles spécifiques, précise Gilles Dupuis. Par exemple, dans le questionnaire utilisé par Marie-Claude Guay avec les enfants de populations immigrantes, on a ajouté des questions sur le sentiment d'inclusion dans la société d'accueil.»
C'est lors d'une rencontre à Rennes, l'année dernière, que l'idée a été lancée d'organiser un colloque qui réunirait tous les chercheurs travaillant avec l'ISQV, mentionne Gilles Dupuis, organisateur de l'événement. «Ce symposium montrera comment un modèle théorique pour mesurer la qualité de vie peut être applicable à tous les groupes d'âge en adaptant le questionnaire aux différents groupes», conclut le chercheur.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 16 (3 mai 2010)
Série thématique : Spécial ACFAS 2010
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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