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Julie Lavigne et Martin Blais.
Photo: Nathalie St-Pierre

Mille et une images du sexe


Photo: istockphoto.com

Par Claude Gauvreau

En mai 2008, le Conseil québécois du statut de la femme sonnait l'alarme en publiant un avis qui dénonçait la présence massive de la sexualité dans les médias - Internet, télévision, cinéma, publicité. Une sexualité jugée, qui plus est, inégalitaire et sexiste.

Les professeurs Martin Blais et Julie Lavigne, du Département de sexologie, ne croient pas qu'il faille s'inquiéter outre mesure de l'omniprésence d'une sexualité explicite dans les médias. «Les préoccupations relatives à ses impacts prétendument néfastes sur les adolescents et les jeunes adultes sont légitimes, mais évitons de céder à la panique morale, lance Martin Blais. Les jeunes, comme la plupart des adultes, ne consomment pas de manière passive les valeurs véhiculées par les représentations médiatiques de la sexualité. Le fait d'être exposé à des images sexistes, par exemple, n'entraîne pas automatiquement l'adoption de comportements sexistes.»

Le jeune chercheur est coresponsable, avec sa collègue Julie Lavigne, du colloque intitulé La sexualité et ses représentations dans le contexte des transformations des technologies et de l'environnement social, qui se tiendra le 15 mai prochain dans le cadre du congrès de l'ACFAS. L'événement réunira des spécialistes de divers domaines qui aborderont des thèmes variés comme l'hypersexualisation et la sexualité précoce, l'image du corps dans les médias, la contribution des médias au sexisme et à la liberté sexuelle et l'impact de l'homophobie en milieu de travail et à l'école.

Une morale sexuelle en déclin?

Certains acteurs sociaux - sexologues, éducateurs, journalistes - prétendent que les conduites sexuelles des jeunes se sont transformées ces dernières années : diminution de l'âge du premier rapport sexuel (14 ans), augmentation du nombre de partenaires, diversification des pratiques sexuelles (sexualité orale et anale) et déclin de la morale sexuelle.

Selon Martin Blais, la plupart des données empiriques disponibles sur les pratiques sexuelles des jeunes Québécois et Canadiens ne permettent pas de vérifier ces affirmations. «La majorité des jeunes, dit-il, ont une vie sexuelle et des valeurs morales similaires à celles de la génération précédente. Leur principal modèle de référence, lequel est d'ailleurs dominant dans les médias, demeure la sexualité conjugale plutôt que la sexualité sans amour. De plus, des enquêtes récentes révèlent que l'âge des premiers rapports sexuels se situe en moyenne autour de 18 ou 19 ans.»

Pour une éthique minimale

Lors du colloque, Martin Blais et Julie Lavigne présenteront les données issues d'études internationales qui suggèrent une grande convergence, dans plusieurs pays développés, entre la multiplication des médias, la permissivité sexuelle et l'égalité entre les sexes. «À l'opposé, les société plus traditionnelles, qui ont plutôt tendance à censurer les médias, sont des société marquées par un contrôle sévère de la sexualité et par des rapports d'inégalité entre les hommes et les femmes», souligne le sexologue.

Pour Martin Blais, la libéralisation sexuelle qui caractérise les sociétés industrialisées a entraîné une multiplication des modèles plutôt qu'une perte de repères moraux en matière de sexualité. «La libéralisation a permis aux individus de faire des choix en fonction de leurs désirs, différents de ceux prescrits par la tradition. Elle a aussi favorisé certaines conquêtes comme le droit à l'avortement et la tolérance à l'égard des minorités sexuelles.»

Est-il possible d'avoir une approche éthique de la sexualité sans tomber dans l'hypermoralisation? «On peut envisager une éthique minimale de la sexualité, répond le chercheur. Une telle approche privilégie ce qui est juste plutôt que ce qui est bien en matière de conduites sexuelles et considère comme légitimes les pratiques qui impliquent le libre consentement et le respect de l'autre.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 16 (3 mai 2010)

Série thématique : Spécial ACFAS 2010

Catégories : Sciences humaines, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 3 mai 2010