
Claude Braun
Photo : Nathalie St-Pierre

istockphoto.com
«L'objet des psychologues, c'est l'âme, sauf que nous n'appelons pas ça l'âme, dit Claude Braun, professeur au Département de psychologie. Nous appelons ça le cerveau. Pour nous, l'âme n'existe pas.» L'âme, observe le professeur, ne se retrouve dans aucun cursus universitaire en psychologie, et, dans sa pratique professionnelle, le psychologue ne peut en parler puisqu'il lui est interdit d'avoir recours à des concepts incompatibles avec la science. «Donc, même si je travaille essentiellement sur ce que d'autres appellent l'âme, c'est tout naturellement que ma discipline fait de moi un athée», dit le chercheur avec un sourire.
À l'université, Claude Braun s'intéresse à des sujets comme les relations entre les hémisphères du cerveau et la neuropsychologie du développement. Mais c'est aussi un athéiste convaincu. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Aux États-Unis, 98 % des membres de l'Association des psychologues sont athées, comme la plupart des professeurs du Département de psychologie de l'UQAM. «Aucun des Prix Nobel de sciences n'est croyant, dit Claude Braun. Les religieux ont tout fait pour en trouver, mais il n'y en a pas.»
Pourtant, selon le psychologue qui a milité pendant plus de 20 ans au Mouvement laïque québécois, l'athéisme est encore quelque chose de honteux. «Avant l'implantation du cours d'éthique et culture religieuse, nous avons demandé au ministère de l'Éducation si, dans le cours, on allait parler d'athéisme. On nous a répondu que ce mot était tabou.»
C'est pour contribuer à réhabiliter l'athéisme que Claude Braun vient d'écrire Québec athée (Michel Brûlé), un essai qui entend démystifier ce rejet, non seulement de la religion, mais de toute explication religieuse du monde, à travers notamment le portrait d'une vingtaine de personnalités athées de l'histoire québécoise, de Louis-Joseph Papineau à René Lévesque, en passant par Norman Bethune et Marcelle Ferron. Il ajoute ainsi sa voix à ceux qui, dernièrement, ont contribué à faire sortir l'athéisme de l'ombre. On pense au Traité d'athéologie, du philosophe français Michel Onfray, à la campagne de l'Association humaniste du Québec sur les autobus de la Ville de Montréal, l'année dernière («Dieu n'existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie»!) ou à Heureux sans Dieu, le recueil de témoignages de personnalités publiques athées, récemment publié sous la direction de Daniel Baril, diplômé, et de Normand Baillargeon, professeur au Département d'éducation et pédagogie.
Pourquoi ce mouvement? «Le progrès continu des sciences, la théorie de l'évolution et celle du Big Bang dérangent les religieux de tout acabit, tenants du "mystère de la vie", répond Claude Braun. Ces derniers réagissent avec des théories comme le "dessein intelligent". On assiste à un véritable backlash contre la science depuis quelques années. La prise de parole des athées m'apparaît dans ce contexte comme une riposte à la riposte.»
Les religions sont toxiques et retardent le progrès des sociétés, affirme Claude Braun. «L'un des plus graves problèmes auxquels la planète sera confrontée au cours des prochaines décennies, c'est la surpopulation. Or, il n'y a pas un prêtre qui a quelque chose d'utile à dire sur ce problème.»
Au Québec, même si la pratique religieuse est plus faible que partout ailleurs au Canada, une proportion anormalement peu élevée de la population affirme être «sans religion». C'est également pour éclairer ce paradoxe que Claude Braun a écrit ce livre. «Wolfe a battu Montcalm et le clergé a conclu un pacte avec l'occupant anglais pour garantir la paix, explique le professeur. Jusque dans les années 60, les Québécois ont vécu sous l'emprise de la religion. La Révolution tranquille les a sortis des églises, mais elle n'a pas sorti l'église des Québécois!»
Les Québécois, jusqu'à aujourd'hui, ont toujours été moins éduqués que leurs concitoyens anglophones. Or, éducation et athéisme sont étroitement liés, comme le fait de vivre dans la métropole plutôt qu'en banlieue, d'avoir peu d'enfants et un bon emploi. «Mais c'est l'éducation formelle qui est de loin la variable la plus liée à l'athéisme», dit Claude Braun.
Pourquoi les Américains, riches et éduqués, sont-ils si religieux? «On observe que l'athéisme est en général beaucoup plus élevé dans les pays socio-démocrates offrant un important filet de protection sociale que dans les pays capitalistes où les inégalités sont grandes, répond le psychologue. Quand on ne croit pas en Dieu, il faut croire en l'être humain, cet animal à la fois terrible et magnifique. Au lieu de dire : devenons tous athées et cela va régler tous les problèmes, réglons les problèmes sociaux et il y aura plus d'athées!»
![]()
Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 17 (17 mai 2010)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
![]()