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Marie-Ève Lefebvre
Photo : Sébastien Lavallée

Bollywood aux Boiseries!


Devdas, un Roméo et Juliette indien où danses et chansons prédominent, constitue une bonne introduction au cinéma bollywoodien.

Par Angèle Dufresne

Ce n'est pas le cinéma américain qui est le plus populaire de la planète, mais bien celui de Bollywood (l'industrie cinématographique de Bombay), avec ses cinq milliards de spectateurs annuellement en Inde, et des millions d'autres dans les pays occidentaux, l'Europe de l'Est, l'Amérique du Sud, le Moyen-Orient, l'Asie centrale et le Sud-Est asiatique, où il fait fureur. Le 13 avril dernier, le cinéma bollywoodien envahissait la salle des Boiseries, à l'UQAM, où Marie-Ève Lefebvre présentait, images à l'appui, les résultats de sa recherche de maîtrise en sciences des religions sur Les influences de l'Hindouisme dans le cinéma populaire de l'Inde du nord, de 1995 à 2005.

«Bollywood, c'est le tiers seulement de la production cinématographique indienne, qui compte 900 nouveaux films par année», souligne l'étudiante, qui a fait deux séjours de trois mois en Inde afin de voir des films et d'interroger les gens du milieu cinématographique.

Pour ceux qui sont peu familiers avec la comédie musicale indienne, les ingrédients principaux d'une production bollywoodienne sont le glamour (il faut que ça brille!) - donc des héros et héroïnes d'une beauté fulgurante, qui chantent et dansent comme des dieux, dans des palaces ou des endroits de rêve -, beaucoup de bijoux, des kilomètres de soie et de fil d'or, des décors fastueux, du mélodrame, de l'émotion et des hits musicaux qui tourneront déjà à la radio et en clips à la télé bien avant que le film sorte, pour préparer l'auditoire.

Miss Monde à la peau pâle

«Les vedettes féminines de Bollywood sont presque toujours des Miss Monde, Miss India ou des mannequins, note Marie-Ève Lefebvre. Elles ont la peau très pâle, la chevelure ondoyante et sont hindoues.» De leur côté, les hommes sont grands et virils, mais ils montrent leur faiblesse dans l'amour, qui doit être conquis parce que contrarié par la famille ou la condition sociale. Le happy end est habituellement de rigueur, trois heures plus tard, car les films sont faits pour occuper une demi-journée entière de «sain divertissement» familial. «La censure, qui existe depuis 1920, s'assure que toute manifestation explicite de sexualité soit exclue - le baiser est interdit à l'écran - mais non la sensualité indienne, qui est omniprésente, observe l'étudiante. Les wet saris et les scènes d'amour dans l'eau pullulent!»

Marie-Ève Lefebvre s'est intéressée aux changements qui se sont produits dans les valeurs véhiculées par les productions cinématographiques bollywoodiennes depuis le décollage de l'Inde comme puissance économique émergente. «Curieusement, dit-elle, l'ouverture à la modernité a favorisé dans les scénarios un repli sur les valeurs indiennes traditionnelles, comme le respect de la volonté des parents (notamment du père), l'attachement à la famille, la pureté du sentiment amoureux (la jeune fille doit toujours être vierge), la maternité et l'importance pour la femme de veiller sur la famille.»

Les stars du cinéma indien doivent se conformer à ces valeurs pour être crédibles au cinéma : une vedette féminine qui se marie ne peut plus incarner les soupirantes à l'écran. Conséquemment, la carrière d'actrice est habituellement très courte, mais intense, à raison d'une vingtaine de films par année!

Modernité timide

Par ailleurs, des caractéristiques plus modernes apparaissent dans le cinéma indien, toujours incarnées par des personnages secondaires. «On verra par exemple des femmes professionnelles exercer des rôles de médecins ou d'avocates, des veuves appréciées plutôt qu'ostracisées, des mères heureuses de la naissance de leurs filles, des grand-mères qui font «évoluer» leur fils père de famille, des mariages qui ne sont plus arrangés mais choisis, les questions de dot et de castes n'étant plus jamais abordées.»

L'harmonie interreligieuse est prônée («God is one»), mais sur fond de nationalisme hindou. Le Musulman (13 % de la population indienne) ou le Sikh sont souvent stéréotypés, le premier est commerçant ou musicien, le second guerrier loyal et honnête, mais un peu dérangeant. Les Occidentaux sont invariablement présentés comme stupides, extravertis, perdus avec leur carte à l'envers et ayant des habitudes alimentaires douteuses.

Pour s'initier à ce cinéma romantique où danses et chansons prédominent, Marie-Ève Lefebvre recommande Devdas (2002), tiré d'un roman bengali de S.C. Chatterjee publié en 1917 - un Roméo et Juliette indien - que l'on peut trouver dans la section internationale de certains clubs vidéo.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 17 (17 mai 2010)

Catégories : Sciences humaines, Étudiants

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 17 mai 2010