
Louise Paquet
Photo : Nathalie St-Pierre

Les formations étaient très pratiques et couvraient l'organisation d'une campagne de A à Z. Photo : Louise Paquet
Tous les yeux fixent la petite table où reposent deux piles de papier, parfaitement égales. Lorsque la scrutatrice dépose le dernier bulletin de vote sur le tas de droite, les cris de joie explosent! Pour la première fois de l'histoire, une femme dirigera la Côte d'Ivoire! Louise Paquet, chargée de cours à l'École de travail social de l'UQAM, laisse les Ivoiriennes célébrer quelques instants avant de les ramener à l'ordre. Elles doivent faire le bilan de la simulation électorale.
Cette élection fictive était l'exercice final d'une série de formations politiques données à des femmes par Louise Paquet en Côte d'Ivoire à la fin du mois de mars. L'objectif à long terme : que les femmes représentent 30 % des députés de ce pays d'Afrique de l'Ouest. «Pour l'instant, le taux est de 8,9 %», souligne la chargée de cours.
Le défi est de taille pour ce pays qui peine à se remettre de la guerre civile qui a fait rage à la fin des années 1990. La dernière élection qu'a connue la Côte d'Ivoire remonte à 2000 et a été entachée par plusieurs irrégularités et tensions sociales. Les élections présidentielles promises par le gouvernement de transition, qui a été instauré en 2003, ne cessent d'être reportées. Si tout se passe bien, elles auront lieu d'ici l'automne prochain. «Les élections sont importantes, mais pour un véritable retour de la démocratie, il faudra que la population accepte le résultat, insiste Louise Paquet. Avec 14 candidats en lice et toutes les armes en circulation dans le pays, ça ne s'annonce pas facile.»
Si la présidentielle se déroule bien, des élections législatives, municipales et départementales suivront. C'est pour aider une trentaine de femmes à préparer leur campagne pour ces scrutins que Louise Paquet a été invitée par des organismes ivoiriens.
«Les formations étaient très pratiques et couvraient l'organisation d'une campagne de A à Z. Les participantes devaient préparer un discours de candidature, former des partis politiques fictifs, préparer des affiches et monter une équipe électorale», raconte la chargée de cours, qui possède plus de 12 ans d'expérience en politique municipale, sans compter le temps passé à organiser les campagnes de divers politiciens.
Selon Louise Paquet, trop de femmes, ici comme ailleurs, se disent incapables de faire de la politique par manque de qualifications. «Je leur réponds qu'il ne faut pas être bardée de diplômes pour devenir une bonne politicienne. Il suffit d'avoir du jugement, de l'écoute et d'utiliser ses expériences personnelles.»
Elle prend pour exemple une jeune Ivorienne qui regardait ses pieds en prononçant un discours. «Elle a fini par dire qu'elle est analphabète. À ce moment-là, elle a relevé la tête. Pourquoi? Parce qu'elle a compris que ce qu'elle voyait comme une faiblesse est une force; elle peut affirmer qu'elle est comme plusieurs des électeurs.»
La proximité avec les gens constitue la force des futures candidates, croit Louise Paquet. «En Côte d'Ivoire, les femmes représentent 51 % de la population. Ce sont elles qui s'occupent des enfants, des aînés et des malades. Plus que quiconque, elles connaissent les besoins des gens. Tant qu'il n'y aura pas assez de politiciennes, il n'y aura pas de démocratie.»
Les participantes des formations données par Louise Paquet en sont conscientes. À un point tel que des membres de partis différents ont enterré leurs rivalités pour travailler ensemble. Deux femmes qui partageaient une chambre lors de la formation ont même réalisé qu'elles allaient se présenter l'une contre l'autre. Elles se sont finalement entendues pour briguer des comtés différents. «Elles avaient un but supérieur commun : augmenter la présence des femmes dans les instances politiques.»
Louise Paquet a dû adapter sa formation à la réalité ivoirienne. Au Québec, le concept d'assemblée de cuisine est bien connu en politique. «Le principe, c'est de rassembler plusieurs gens d'un même quartier dans la cuisine d'une personne influente du coin pour tous leur parler d'un coup. C'est beaucoup plus rapide et agréable que le porte-à-porte.» La rencontre a lieu dans la cuisine parce qu'il s'agit généralement de la pièce la plus grande. Or, en Côte d'Ivoire, cette pièce - comme les autres - n'est souvent pas assez grande pour accueillir beaucoup de gens. Et il fait chaud. «J'ai donc transformé ça en assemblée de rue», rigole Louise Paquet.
Malgré les différences culturelles, certaines choses ne changent pas. «Lorsque je demandais aux Ivoiriennes pourquoi elles veulent faire de la politique, elles me disaient : ''On a vu ce que ça donne quand les femmes ne sont pas là''.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVI, no 17 (17 mai 2010)
Catégorie : Sciences humaines
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