
Clément Gignac, ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation; René Laprise, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère et directeur du Centre ESCER; André Musy, directeur général du consortium Ouranos; Line Beauchamp, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Photo : François Desaulniers.
Lorsque le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), Clément Gignac et la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp ont annoncé, le 12 juillet dernier, l'octroi d'un financement spécial de 1,5 M $ au Centre d'évaluation et de modélisation régionale du climat de l'UQAM (Centre ESCER), le directeur du Centre et professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère, René Laprise, a poussé un énorme soupir de soulagement. La recherche en modélisation régionale du climat et la formation de pointe en sciences de l'atmosphère au Québec venaient d'être assurées pour trois autres années.
Il y a près de 20 ans, René Laprise entreprenait avec son équipe le développement d'un logiciel sophistiqué qui permettrait un jour de simuler le climat avec un niveau de détail sans précédent à l'époque : le Modèle Régional Canadien de Climat (MRCC). Agissant tel un zoom photographique, le MRCC permet d'effectuer des projections climatiques et d'étudier les impacts des changements appréhendés dans l'environnement physique d'une région donnée. Constamment amélioré, ce simulateur de climat (qui en est maintenant à sa cinquième version), est utilisé partout à travers le monde, puisqu'il s'agit non pas «d'un modèle régional du climat canadien» mais «d'un modèle régional canadien de climat». Il fournit des données indispensables et de plus en plus précises à tous les scientifiques étudiant des éléments relatifs au climat, que ce soit par exemple l'eau douce, le potentiel hydroélectrique, l'érosion côtière, le pergélisol, l'agriculture ou la foresterie. Ces chercheurs produisent à leur tour les données requises pour développer des mesures d'adaptation appropriées à chaque secteur. On comprend alors que le MRCC n'est pas seulement un outil parmi d'autres : il est à la base même de la recherche sur les changements climatiques.
Le développement de ce logiciel a été à l'origine de la création du Centre ESCER, reconnu institutionnellement en 2003. Celui-ci regroupe aujourd'hui l'ensemble de l'expertise universitaire canadienne dans le domaine de la modélisation régionale du climat. Il s'est taillé une réputation et une visibilité à l'échelle internationale tant pour l'originalité de ses travaux de recherche que pour les efforts consentis à la formation de jeunes chercheurs dans ce domaine novateur. Son fondateur et directeur, René Laprise est l'un des chercheurs les plus respectés dans le domaine de la modélisation régionale du climat. Ainsi, parmi toutes les distinctions reçues au cours de sa fructueuse carrière, on retrouve un Prix Nobel de la Paix, attribué en 2007 ex æquo à Al Gore et au groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dont René Laprise faisait partie.
On pourrait penser qu'un chercheur du calibre de René Laprise, dans un domaine de recherche aussi pertinent et important que l'avenir du climat, n'aurait pas trop de problèmes à obtenir des subventions pour ses projets. C'était relativement vrai jusqu'au mois de mars dernier, lorsque le gouvernement fédéral a déposé son budget et a décidé de prolonger l'existence de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère (FCSCA), mais sans lui accorder de financement supplémentaire. Pour René Laprise ce fut la confirmation de ce qu'il appréhendait depuis longtemps. La FCSCA est le principal organisme subventionnaire du Centre ESCER et sans nouveau financement, le Centre, seul groupe de recherche universitaire sur la modélisation régionale du climat et unique centre de formation en météorologie et en climat francophone du Canada, était condamné à fermer ses portes. «Depuis l'automne 2008, je me doutais bien que tôt ou tard, le gouvernement fédéral actuel cesserait de financer les recherches sur le climat, souligne le chercheur. En effet, pourquoi investir dans ce domaine quand on a peine à croire aux changements climatiques? Aussi, j'avais déjà commencé à chercher ailleurs l'appui financier qui, j'en étais convaincu, ne viendrait plus d'Ottawa.» Commence pour René Laprise un véritable parcours du combattant.
Il décide de s'adresser au gouvernement du Québec, obtenant plusieurs rendez-vous avec des hauts-fonctionnaires du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation du Québec. Chaque fois, il explique ce qu'est le Centre ESCER, sa valeur stratégique non seulement dans le domaine de la recherche mais également en formation des scientifiques dont le Québec aura besoin pour réduire sa vulnérabilité aux changements climatiques. Si tous l'écoutent avec attention et sympathie, ils restent encore à être convaincus de la réelle importance du Centre pour l'avenir de la province et du danger qui le guette. René Laprise écrit donc au premier ministre, Jean Charest, qui, comme il s'y attendait un peu, le renvoie au MDEIE. En désespoir de cause, il décide de se tourner vers les médias et tente sans succès de faire publier sa lettre adressée au premier ministre.
Le temps passe et rien ne semble pouvoir sauver le Centre ESCER. En janvier 2010, coup de théâtre! François Cardinal, journaliste spécialisé en environnement à La Presse, se souvient de la lettre reçue quelques semaines plus tôt et relance René Laprise. S'ensuit un dossier à la une sur les «cerveaux du climat qui désertent le Canada». Cette série d'articles et, bien sûr, la décision du gouvernement fédéral de couper les fonds à la FCSCA, agissent comme un catalyseur et font prendre conscience aux décideurs du bien-fondé de la démarche de René Laprise et de l'urgence d'agir. «On m'a convoqué au MDEIE, raconte le chercheur. À ce moment-là j'ai vraiment senti que toutes les démarches que j'avais faites n'avaient pas été vaines. Mes interlocuteurs n'avaient pas l'intention que le Québec perde toute l'expertise accumulée dans un domaine aussi stratégique que le climat. Et surtout, on a pu commencer à parler de chiffres. C'est ainsi que nous avons obtenu 1,5 M $, à raison de 500 000 $ par année, pour trois ans. Si ce financement spécial ne remplace pas totalement l'appui financier du gouvernement fédéral, il nous permet en revanche de survivre. Et j'ai bon espoir que nous aurons d'autres bonnes nouvelles à annoncer dans un avenir pas si lointain.»
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Source : Service des communications, UQAM
Catégories : Sciences, Professeurs
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