
Nicolas Lemay-Hébert
Photo : Nathalie St-Pierre
Plus de six mois après le terrible tremblement de terre qui a ravagé Haïti, les besoins de la population restent immenses. «L'aide humanitaire d'urgence est toujours aussi nécessaire, même si le président René Préval vient d'annoncer le début de la période de reconstruction du pays», soutient Nicolas Lemay-Hébert, directeur de l'Observatoire sur les missions de paix à la Chaire Raoul-Dandurand et professeur à l'École des sciences de la gestion. La grande priorité, dit-il, consiste à fournir aux Haïtiens un toit au-dessus de leur tête. La saison des ouragans approche et des milliers de personnes vivent encore dans des tentes et autres abris de fortune.»
Nicolas Lemay-Hébert a séjourné cinq semaines en Haïti cet été, en compagnie de la chanteuse Stéphanie Lapointe, pour participer notamment au tournage de capsules vidéo sur les efforts de reconstruction en Haïti. Les sept capsules, qui abordent différentes thématiques comme l'agriculture, la place de la jeunesse et le rôle de la culture, seront diffusées à la fin septembre sur le site Internet de la fondation montréalaise Challenge Your World, qui a financé le projet.
S'adapter à la culture locale
Les attentes du peuple haïtien à l'égard de son gouvernement et de la communauté internationale étaient grandes au cours des semaines qui ont suivi le séisme. «Aujourd'hui, on sent beaucoup d'impatience, voire de frustration, car les résultats concrets sont maigres», souligne le professeur. En juillet dernier, le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon a déploré que le versement de l'aide financière - 10 milliards de dollars sur cinq ans - tarde à se concrétiser. Une petite partie seulement de la somme promise sur cinq ans a été attribuée. Pourquoi? «Personne n'a de réponse claire pour le moment, répond Nicolas Lemay-Hébert. Le fait que le gouvernement haïtien soit affaibli et marginalisé, situation qui prévalait avant le séisme, ne peut qu'amplifier les problèmes.»
Sur le terrain, le caractère hétérogène du milieu de l'aide humanitaire contribue par ailleurs à rendre les opérations plus compliquées. «Le défi, dans un contexte de crise, est d'adapter l'aide internationale à la culture locale, rappelle Nicolas Lemay-Hébert. Certaines ONG sont bien implantées et font un travail exceptionnel. D'autres, malgré de bonnes intentions, sont moins efficaces parce qu'elles connaissent mal les spécificités de la réalité haïtienne. Dans certains cas, comme celui de la santé, l'action des ONG entre même en compétition avec les structures locales déjà existantes.»
Bien que des doutes persistent sur la possibilité d'élire un nouveau président dans un climat de crise humanitaire et de contestation politique, des élections sont prévues en novembre prochain. «Durant mon séjour, les gens parlaient davantage de la Coupe du monde de soccer que des élections présidentielles, raconte le chercheur. J'ai vu aussi quelques manifestations anti-gouvernementales qui réclamaient leur annulation. Cela dit, beaucoup d'Haïtiens sont attirés par les personnalités charismatiques à la Wyclef Jean.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 1 (7 septembre 2010)
Catégories : Politique et droit, Gestion
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