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Francine Lavoie
Photo : Gilles Fréchette

Première diplômée du doctorat de l'UQAM


Par Marie-Claude Bourdon

Quand elle a choisi de compléter ses études en psychologie à l'UQAM, Francine Lavoie ne savait pas qu'elle allait devenir la toute première titulaire d'un doctorat remis par la jeune Université du Québec. «Personne ne m'a jamais dit que j'étais la première», assure-t-elle en riant. Pour elle, ce qui comptait était de travailler sous la direction de Camil Bouchard, un jeune professeur de l'UQAM à l'approche révolutionnaire qui s'intéressait à des idées comme le behaviorisme social et l'écologie humaine.

Au milieu des années 70, Francine Lavoie vient de terminer sa maîtrise en psychologie à l'Université de Montréal et elle suit un stage d'internat prédoctoral offert à l'Institut Allan Memorial de l'Hôpital Royal Victoria, rattaché à McGill. C'est là qu'elle rencontre Camil Bouchard, qui termine son doctorat. «Je m'intéressais déjà au behaviorisme, qui insiste sur l'importance du milieu, raconte la psychologue. Mais je demeurais insatisfaite par rapport à la pratique clinique traditionnelle basée sur les rencontres hebdomadaires avec le psychologue. Camil Bouchard m'a ouvert de toutes nouvelles perspectives.»

Francine Lavoie poursuivra ses recherches de doctorat dans le cadre du LARESH, le Laboratoire de recherche en écologie humaine et sociale fondé par Camil Bouchard à l'UQAM en 1979. Comme son nom l'indique, l'approche du laboratoire vise à prendre en compte l'impact de l'environnement sur le développement des personnes. «Notre idée était qu'on ne pourrait jamais former suffisamment de psychologues et de psychiatres pour soigner tous les problèmes de santé mentale des gens. Il y en a tellement! L'approche behavioriste suggérait de s'allier l'environnement et l'entourage.»

C'est l'époque des mouvements alternatifs et de l'émergence de la psychologie communautaire. Les travaux de Francine Lavoie porteront sur la façon dont les gens ordinaires font face à leurs problèmes de santé mentale et aux événements stressants majeurs de leur vie grâce aux groupes d'entraide, particulièrement ceux destinés aux anciens patients psychiatrisés et aux femmes divorcées.

Avant même d'obtenir son doctorat - qui lui sera remis officiellement en 1982 au cours d'une cérémonie tenue sous la présidence d'honneur de la ministre de l'Éducation de l'époque, Pauline Marois -, Francine Lavoie est embauchée à l'École de psychologie de l'Université Laval de Québec, la plus vieille institution universitaire francophone du Canada. À l'époque, la psychologie n'est pas encore la profession majoritairement féminine qu'elle est devenue et la jeune professeure se retrouve la seule femme de son département! Cette situation d'isolement l'amènera à tisser des alliances qui auront une influence déterminante sur l'orientation de ses recherches et de sa carrière.

«J'ai commencé à m'impliquer dans des réseaux de femmes et à mener des enquêtes auprès de policiers, de travailleurs sociaux et d'infirmières pour voir comment ils percevaient la violence faite aux femmes». Après avoir écrit un ouvrage et monté un cours sur la prévention de la violence conjugale, Francine Lavoie s'est tournée vers les jeunes et a commencé, vers la fin des années 1980, à s'intéresser au domaine de recherche qui est devenu sa spécialité, la violence dans les relations amoureuses des adolescents. C'est ce qui l'a amenée à concevoir VIRAJ, un programme de prévention qui a été suivi par plusieurs milliers d'élèves de 14-15 ans depuis 1994 et dont une nouvelle version, mise à jour en 2009, est maintenant disponible.

«Le programme est basé sur des scénettes qui mettent en scène des situations typiques vécues par les jeunes», explique la psychologue. PASSAJ, un autre programme s'adressant aux jeunes de 16 ans, aborde également les relations d'un soir et le harcèlement sexuel.

Selon elle, les jeunes connaissent sensiblement les mêmes problèmes que les adultes, même si les modalités sont différentes. «On a ajouté une scénette sur le téléphone cellulaire, qui est utilisé par les jeunes pour contrôler leur partenaire, rapporte la chercheuse. Par exemple, une fille recevra des appels sans arrêt : Où es-tu? Que fais-tu? Avec qui es-tu? Envoie-moi une photo d'où tu es...»

Il y a eu des changements sociaux, il y a eu des campagnes de sensibilisation, mais «la première fois reste la première fois et on a 14 ans seulement une fois dans sa vie», note Francine Lavoie en insistant sur l'importance de la prévention. Elle collabore d'ailleurs avec Mylène Fernet et Martine Hébert, professeures au Département de sexologie de l'UQAM, à un important projet de recherche financé par les Instituts de recherche en santé du Canada visant la prévention de la violence dans les relations amoureuses chez les jeunes.

Cette pionnière de la psychologie communautaire s'est également associée avec Liesette Brunson, du Département de psychologie, pour publier un article à paraître dans la revue Psychologie canadienne. Si elle garde de bons contacts avec l'UQAM, Francine Lavoie ne s'ennuie pas de Montréal. «Je viens du nord du Québec, du lac Saint-Jean, et j'ai même vécu à la Baie-James, alors pour moi, c'est Montréal qui posait problème», confie-t-elle en riant.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 1 (7 septembre 2010)

Catégories : Sciences humaines, Diplômés

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 7 septembre 2010