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Judith Poirier
Photo : Nathalie St-Pierre

L'alphabet danse et chante


Par Claude Gauvreau

Judith Poirier aime jouer avec les formes et les sons des lettres. Professeure de typographie à l'École de design, elle travaille depuis 2003 avec une presse et des caractères en plomb. Cette année, pour son livre d'artiste Dialogue, imprimé sur sa presse typographique, elle a remporté deux prix en design graphique : celui du concours international du Type Directors Club de New York et celui de la Société canadienne Alcuin qui, chaque année, récompense les 30 meilleurs concepteurs d'ouvrages. «Même si j'utilise des procédés et des matériaux artisanaux, ma démarche artistique demeure  contemporaine et expérimentale», souligne-t-elle.

Au début des années 2000, la jeune designer s'initie aux logiciels d'animation et aux caractères d'imprimerie en plomb et en bois en allant étudier pendant deux ans au prestigieux Royal College of Art de Londres. «J'étais partie avec l'intention d'explorer de nouvelles avenues, raconte-t-elle. Comme j'avais envie de faire de la typographie animée, j'ai commencé à imprimer des caractères d'imprimerie directement sur de la pellicule cinématographique.»

Pour Judith Poirier, les lettres de l'alphabet ne sont pas que des signes graphiques abstraits. «Elles sont aussi des formes iconiques permettant différentes expérimentations qui ont fait de l'exploration typographique un art à part entière.». Il est facile en effet, si on laisse libre cours à notre imagination, d'associer des images aux lettres. La lettre Y, par exemple, peut rès bien évoquer un arbre, l'embranchement de deux routes, une tête d'âne, ou un verre sur son pied.

La professeure a conçu récemment un film d'animation, intitulé lui aussi Dialogue, en combinant imprimerie et cinéma. Présenté dans plusieurs festivals à travers le monde, son court-métrage explore le rythme visuel et sonore de la typographie et se veut une métaphore de l'évolution des communications, de l'imprimerie typographique à l'ère numérique. Des lettres, chiffres, accents et signes de ponctuation, imprimés directement sur de la pellicule avec des caractères de bois et de plomb, s'animent dans un désordre volontaire, à une vitesse parfois délirante. En débordant sur la bande optique, l'impression produit une trame sonore surprenante, tantôt harmonieuse, tantôt discordante.

Un western abstrait

Pour son prochain film d'animation, financé par le Programme d'aide financière à la recherche et à la création (PAFARC) de l'UQAM, Judith Poirier a déniché des caractères en bois datant de la conquête de l'Ouest, qui ont servi à imprimer les célèbres affiches «Wanted». On les a utilisés aussi pour composer les titres de la une des journaux du monde entier. «Le titre provisoire de mon film est Wanted et ce sera un western abstrait», lance-t-elle en souriant.

La designer réalise également des catalogues d'expositions pour des galeries et musées canadiens, ainsi que des livres d'artistes. Elle et sa collègue Angela Grauerholz, de l'École de design, ont obtenu une subvention du Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) pour réfléchir sur les transformations du livre imprimé à l'heure du numérique. «Nous voulons concevoir cinq ouvrages qui exploreront différents aspects de la relation que le lecteur établit avec la matérialité du livre imprimé.»

La séduction de l'imprimé

Avec l'arrivée du multimédia et de l'hypertexte, puis du livre électronique, l'imprimé a été remis en question plus d'une fois. La professeure croit que «le livre imprimé continuera d'exercer une séduction grâce à ses qualités physiques et au rapport intime qu'il permet d'établit avec le lecteur. Contrairement à l'écran, il offre une expérience sensorielle.» Le projet réunira des chercheurs et des étudiants de différentes disciplines (design, études littéraires, architecture et musique), ainsi que des représentants du milieu - designers, éditeurs, conservateurs, imprimeurs et relieurs.

Judith Poirier a toujours apprécié le travail manuel, l'odeur de l'encre et le contact physique avec le papier. «À l'ordinateur, tout est trop parfait... moi, j'aime la beauté des imperfections.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 1 (7 septembre 2010)

Catégories : Arts, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 7 septembre 2010