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L'Internet de l'avenir


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Par François Grenier

Collaboration spéciale
UQAM, Sciences Express

Il est devenu banal de dire que l'Internet a révolutionné nos manières de communiquer. Qu'il s'agisse de la musique, des images, de la voix, des livres, des transactions bancaires ou même des rapports sociaux, tout passe désormais par Internet. Ce que l'on sait moins, c'est que, pour soutenir sa prodigieuse croissance, l'Internet est condamné à rapidement se moderniser. Omar Cherkaoui, chercheur au Laboratoire de téléinformatique et réseaux (LTIR) à l'UQAM, tente justement de définir ce que sera l'Internet du futur.

«Vous savez, nous confie ce professeur au Département d'informatique de l'UQAM, le paradoxe, c'est que les infrastructures du réseau lui-même n'ont pas évolué depuis 20 ans. Durant tout ce temps, le principe de son fonctionnement est resté à peu près inchangé. Or, malgré sa croissance phénoménale, il commence à laisser voir ses limitations.»

De fait, avec la multiplication des usagers, et notamment l'ajout des pays du tiers monde, la pression qui s'exerce sur le réseau ne va cesser de croître. Selon les prévisions, la quantité de données qui circulaient dans Internet en 2008 aura quintuplé en 2013. On sait en outre que son système d'adressage sera alors complètement saturé. Or, pour le moment, Internet résiste au changement.

«Plus le réseau étend ses tentacules, plus il devient immuable, poursuit Omar Cherkaoui. On ne peut plus imaginer d'autre réseau que celui-là. Alors, on est pris avec lui. Même s'il est possible de l'améliorer, d'augmenter ses capacités, on semble peu enclin à le réformer. Mais nous n'aurons bientôt plus le choix. Il va nous falloir en construire un autre. Et ce nouveau réseau devra reposer sur la virtualisation.»

La réalité de la virtualisation

En soi, la virtualisation n'est pas un nouveau concept. Son principe existe déjà depuis une trentaine d'années. Il consiste à faire rouler sur un même ordinateur plusieurs systèmes d'exploitation différents. Il est d'ailleurs déjà possible pour la plupart des propriétaires de PC d'installer sur un même ordinateur Windows, Mac OS et Linux, et de faire fonctionner ces systèmes d'exploitation en même temps, sans qu'ils ne se voient. L'idée peut paraître contre-intuitive, dans la mesure où un système d'exploitation est généralement conçu pour utiliser au maximum les capacités de la machine pour laquelle il a été créé. Or, la microinformatique s'est développée à un tel rythme que les internautes pilotent désormais des ordinateurs qui, voilà 30 ans, auraient été classés parmi les supercalculateurs. Pour la technologie actuelle, la virtualisation, c'est devenu l'enfance de l'art.

«La virtualisation permet entre autres d'optimiser l'utilisation du matériel, précise Omar Cherkaoui. À l'instar des PC, qui peuvent fonctionner sur plus d'un système d'exploitation, les équipements réseau pourraient le faire tout aussi aisément. La virtualisation permettrait ainsi à l'Internet, en utilisant les mêmes infrastructures matérielles, de déployer plusieurs réseaux parallèles qui fonctionnent sur des protocoles différents et qui s'appuient sur des technologies logicielles distinctes. Autrement dit, au lieu d'un seul réseau, comme c'est le cas à l'heure actuelle, nous posséderions plusieurs réseaux se partageant les mêmes équipements. Du coup, Internet pourrait s'affranchir de certaines de ses limitations, comme son manque de souplesse ou son incapacité à évoluer, et ainsi rendre possible de tout nouveaux usages qu'il ne nous reste qu'à inventer...»

Un des avantages cruciaux que confère la virtualisation, c'est d'augmenter la capacité de résistance d'Internet aux attaques informatiques. En effet, puisque les réseaux virtuels ne se voient pas l'un l'autre, il est pratiquement impossible de tous les attaquer en même temps. Si l'un d'eux tombe, les autres continuent de fonctionner de manière normale. «Imaginons que votre ordinateur, qui roule sous Windows, soit victime d'un virus; vous pourriez quand même continuer de l'utiliser aussi bien sous Mac que Linux, en attendant de trouver un remède à vos problèmes. Bref, grâce à ces systèmes d'opération redondants, vous seriez encore fonctionnel. Or, quand on sait le nombre astronomique d'attaques lancées quotidiennement contre l'Internet, on comprend mieux en quoi la virtualisation pourrait mieux garantir la sécurité du réseau, et donc le bon fonctionnement de nos sociétés.»

Toujours plus vert

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) produisent elles aussi une empreinte écologique. En effet, les fermes de serveurs consomment de grandes quantités d'électricité. Or, grâce à l'optimisation que rend possible la virtualisation, on peut envisager un Internet plus vert. En utilisant les mêmes équipements pour faire fonctionner plusieurs réseaux virtuels, non seulement on réalise des économies substantielles lors du déploiement des équipements, mais, à l'usage, on réduit considérablement la consommation d'énergie.

«Ici, au LTIR de l'UQAM, nous dit Omar Cherkaoui, nous développons, en partenariat avec Ericsson, ce nouvel équipement du futur. Un équipement qui, par la virtualisation, sera partageable entre les opérateurs de réseau, contribuant ainsi à réduire son empreinte carbone. D'ailleurs, nous participons déjà à la mise en place du Green Star Network. Notre but, c'est de déployer ces premiers équipements, qu'on appelle des noeuds verts, et qui, nous l'espérons, seront adoptés comme modèle afin d'être utilisés dans le nouveau réseau. À terme, ces noeuds verts devraient entraîner une véritable mutation de l'Internet. Bien sûr, cela va demander un changement de mentalité. Au lieu de se contenter d'une approche classique, qui consiste à vouloir augmenter la puissance du réseau, il faudra plutôt travailler à sa métamorphose. Mais, je suis convaincu que, d'ici cinq ans, l'Internet nouveau sera là. Un internet plus souple, plus polyvalent, plus rapide et surtout plus vert.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 2 (20 septembre 2010)

Catégories : Sciences, Professeurs

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