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Carole Raby
Photo : Nathalie St-Pierre

Allô prof au service de garde


Par Pierre-Etienne Caza

C'est en 2005-2006 que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport a commencé à octroyer des fonds aux commissions scolaires afin que celles-ci organisent de l'aide aux devoirs dans les écoles primaires. «Habituellement, ce genre de fonds est redistribué directement dans les écoles, mais la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décidé d'en conserver une partie afin d'organiser des programmes institutionnels», explique Carole Raby, professeure au Département d'éducation et pédagogie. Parmi ces programmes, il y avait le projet Allô prof-CSDM.

Allô prof est un organisme sans but lucratif qui offre de l'aide aux devoirs aux élèves du primaire et du secondaire du Québec, au téléphone et sur le Web, du lundi au jeudi, entre 17 h et 20 h. Le projet conjoint avec la CSDM visait une aide exclusive - de 16 h à 17 h - aux devoirs au sein du service de garde de certaines écoles primaires. «Le projet a débuté en 2005-2006, mais c'est à partir de la troisième année, en 2007-2008, que les bornes Allô prof ont été installées dans les services de garde», explique Carole Raby, dont l'expertise a été réclamée afin de documenter et d'évaluer le projet.

Une borne Allô prof consiste en un ordinateur avec une connexion Internet qui permet uniquement de naviguer sur le site de l'organisme. Une tablette graphique et des écouteurs complètent l'équipement. «Dans chaque service de garde participant au projet, un intervenant d'Allô prof a formé les élèves pendant six semaines afin que ceux-ci se familiarisent avec la borne et qu'une éducatrice puisse encadrer adéquatement les élèves tout au long de l'année.»

Motivation, autonomie et compétence

Depuis 2005-2006, plus de 500 élèves du 2e cycle (troisième et quatrième année) et du 3e cycle (cinquième et sixième année) du primaire ont participé sur une base volontaire au projet d'aide aux devoirs en ligne avec Allô prof. Au fil des quatre premières années du projet, Carole Raby a évalué à l'aide de questionnaires la motivation des élèves à faire leurs devoirs (ce qui inclut leur sentiment de compétence et la valeur qu'ils attribuent aux devoirs), leur autonomie et leur compétence à utiliser les technologies de la communication (TIC). Elle a également questionné les parents et les enseignants, de même que les directions d'école, les responsables des services de garde et les éducatrices. Les résultats de sa recherche ont été présentés au dernier congrès de l'Acfas. «Nous avons observé peu de changements au niveau de la motivation des élèves, note Carole Raby. Les devoirs demeurent une corvée à effectuer qui n'enthousiasme guère les enfants, mais en revanche, leur sentiment de compétence, lui, a augmenté. C'est aussi le cas de l'autonomie, dont le niveau a monté en flèche en cours de projet et est demeuré élevé. La hausse la plus significative demeure toutefois le développement des compétences TIC.» Même si on peut penser que les enfants de l'an 2000 sont naturellement à l'aise avec les ordinateurs, la professeure Raby précise : «Ils maîtrisent la technologie pour des usages spécifiques : les jeux en ligne, naviguer sur le Web, mais le site d'Allô prof nécessite d'autres compétences, telles que l'utilisation de la tablette graphique, des écouteurs, l'apprentissage du fonctionnement d'une cyberclasse, etc. On note une amélioration significative de leurs compétences TIC à cet égard.»

De nouveaux objectifs

La cinquième année du projet est en cours et la chercheuse poursuit cette fois l'objectif d'observer le type d'aide procurée par Allô prof. «Tous les intervenants nous disent qu'Allô prof aide beaucoup les élèves, mais nous ne savons pas quel est le type d'aide sollicitée. Des séances d'observation dans chacun des services de garde permettront d'obtenir des réponses.» Déjà, les premières observations pointent vers une demande d'aide accrue en mathématiques. «Nous irons également voir les anciens élèves pour vérifier s'ils continuent à utiliser Allô prof, et si oui, pourquoi et pour quelle matière», ajoute Carole Raby.

Depuis deux ans, des élèves de deux écoles secondaires internationales de Montréal participent au projet à titre d'élèves-experts qui donnent un coup de main aux plus jeunes. La deuxième phase de l'évaluation du projet vise aussi à analyser la pertinence et les retombées de cette initiative.

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«Devrait-on abolir les devoirs à l'école primaire?» a-t-on demandé récemment aux internautes sur le site de nouvelles de l'UQAM. La réponse obtenue à cette question éclair n'a rien de scientifique au niveau méthodologique, bien sûr, mais notons tout de même que 86 % des répondants se sont prononcés contre l'abolition des devoirs.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 3 (4 octobre 2010)

Catégories : Éducation, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 4 octobre 2010