
Louise Bienvenue.
Photo : François Lafrance
On peut sortir l'étudiante de l'UQAM, mais il est difficile de sortir l'UQAM de la vie de Louise Bienvenue, qui y a obtenu trois diplômes - baccalauréat (1992), maîtrise (1995) et doctorat (2000). «Si je fais carrière en enseignement universitaire aujourd'hui, c'est grâce aux professeurs de l'UQAM, qui prenaient au sérieux la transmission de la culture, qui n'étaient jamais complaisants et qui plaçaient la barre toujours plus haut», souligne l'historienne, aujourd'hui professeure et directrice de son département à l'Université de Sherbrooke.
Louise Bienvenue conserve de précieux liens avec son alma mater, notamment au sein du Centre d'histoire des régulations sociales dirigé par Jean-Marie Fecteau, son directeur de thèse. «Je m'intéresse à l'histoire de la délinquance juvénile, plus particulièrement à l'histoire de Boscoville, un centre de rééducation pour jeunes délinquants qui a vu le jour en 1941 et qui a fermé ses portes en 1997, précise-t-elle. Cette institution a été révolutionnaire pour son époque, car elle a introduit les savoirs psychologiques dans son traitement de la délinquance, en opposition avec les façons de faire des écoles de réformes, qui ressemblaient davantage à des prisons.»
Situé à Rivières-des-Prairies, Boscoville est le berceau de la profession de psycho-éducateur, poursuit Mme Bienvenue. «C'est grâce à cette institution si des programmes de formation universitaires ont vu le jour et que la profession de psycho-éducateur a remplacé celle de gardien des écoles de réforme.»
La professeure Bienvenue effectue également des recherches en histoire de l'éducation, en compagnie de sa collègue Christine Hudon et du professeur Olivier Hubert, de l'Université de Montréal. «Nous nous intéressons plus spécifiquement à l'histoire des collèges classiques au Québec, des institutions pour garçons qui ont formé l'élite masculine depuis le début de la colonie jusqu'à la révolution tranquille.»
L'intérêt de ces recherches, selon elle, est d'analyser d'un point de vue historique la formation entre hommes, car l'enseignement était donné par des prêtres. «Il s'agissait donc d'un bassin de recrutement pour la prêtrise et cet enseignement a eu une influence sur la formation des jeunes garçons, sur leur sociabilité, sur leur vision de la femme, etc. Nous nous attardons au contenu de ce qui était enseigné, à la transmission des valeurs humanistes, mais aussi aux relations maîtres-élèves et élèves-élèves de cette microsociété.»
Inscrite à l'époque au baccalauréat en science politique, Louise Bienvenue a fait partie de la première cohorte de diplômés de la concentration en études féministes de l'UQAM. C'est justement un cours sur l'histoire des femmes qui l'a fait bifurquer vers l'histoire à la maîtrise. «Pour comprendre et approfondir les concepts relatifs au pouvoir que j'avais étudiés en science politique, je sentais qu'il me manquait un bagage culturel et un recul que l'histoire, comme discipline, pouvait m'apporter», explique-t-elle. Son mémoire, dirigé par la professeure Yolande Cohen, portait sur le rôle d'un groupe d'infirmières du début du XXe siècle, le Victorian Order of Nurses, dans la croisade hygiéniste montréalaise de 1897 à 1925.
De retour à l'UQAM après une année à Paris, Louise Bienvenue a amorcé sous la direction du professeur Jean-Marie Fecteau un doctorat portant sur les mouvements de jeunesse d'action catholique des années 1930 à 1960. Ces mouvements ont cherché à renouveler le discours catholique auprès de la jeunesse de l'époque en misant sur une foi plus intériorisée et sur un militantisme attrayant. «C'est difficile à imaginer aujourd'hui, mais au début des années 30, en pleine Dépression, les jeunes étaient très critiques envers l'Église, affirme-telle. Je me suis attardée au discours d'une jeunesse qui était alors en révolte contre la génération précédente et qui affirmait son identité sociale.»
L'ouvrage tiré de sa thèse, Quand la jeunesse entre en scène : l'action catholique avant la révolution tranquille (Boréal, 2003), lui a valu le prix Michel-Brunet de l'Institut d'histoire de l'Amérique française, remis au meilleur ouvrage publié depuis moins de deux ans par une historienne québécoise de moins de 35 ans, et le prix Raymond-Klibansky pour le meilleur livre de langue française en sciences humaines.
Professeure à l'Université de Sherbrooke depuis 2001, Louise Bienvenue assume la direction du Département d'histoire depuis juin 2009, un nouveau défi qui lui offre une perspective différente sur la vie universitaire et sur la nécessité de défendre la discipline qu'est l'histoire. «Les sciences humaines en général ont besoin d'être défendues, car nous vivons dans une époque où ce sont les disciplines aux applications immédiates et concrètes qui ont la cote», conclut-elle.
![]()
Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 4 (18 octobre 2010)
Catégories : Sciences humaines, Diplômés, Professeurs
![]()