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Dre Suzanne Véronneau-Troutman
Photo : Nathalie St-Pierre

Un don exceptionnel


Par Pierre-Etienne Caza

Rien ne réjouit davantage la Dre Suzanne Véronneau-Troutman que de recevoir des témoignages d'anciens récipiendaires de la bourse ou du prix créés en hommage à sa sœur Denise Véronneau. «Je ne pensais pas qu'une aide de 5 000 $ ou 10 000 $ puisse donner un aussi bon coup de pouce aux étudiants et aux étudiantes de maîtrise, mais plusieurs me racontent que ce fut la première bourse inscrite à leur curriculum vitæ, et qu'elle leur a ensuite permis d'en récolter d'autres afin de poursuivre leurs études au troisième cycle», raconte fièrement la donatrice, qui fait désormais partie du Cercle des philanthropes de la Fondation de l'UQAM, grâce à un don qui atteint 501 000 $.

Le parcours de cette femme est tout aussi exceptionnel que son don à la Fondation de l'UQAM. Diplômée de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal en 1957, Suzanne Véronneau-Troutman s'est spécialisée en ophtalmologie et a poursuivi sa formation et exercé sa profession en France, en Angleterre et en Inde, avant de s'établir en 1967 à New York avec son mari, le Dr Richard Troutman, ophtalmologiste réputé lui aussi (ils ont célébré leur 43e anniversaire de mariage cette année). Spécialiste des troubles de la motilité oculaire, la Dre Véronneau-Troutman a donné plus de 300 conférences aux États-Unis et à l'étranger et compte de nombreuses publications à son crédit.

L'UQAM d'abord !

C'est pour honorer la mémoire de sa soeur que Dre Véronneau-Troutman a créé en 1999 le Fonds de bourses Denise-Véronneau. Cette dernière était l'une des pionnières de l'UQAM. Embauchée à titre de professeure au Département des sciences de l'éducation en 1970, Denise Véronneau a mis sur pied peu après son arrivée à l'UQAM un laboratoire en technologies éducatives qui est rapidement devenu une référence dans la formation des futurs maîtres. Mme Véronneau est décédée en 1997, quelques mois après son départ à la retraite, d'un fulgurant cancer du pancréas.

À l'époque, Dre Véronneau-Troutman aurait pu faire un don à son alma mater. «J'ai choisi l'UQAM par principe, car les professeures profitaient déjà de l'égalité salariale», dit-elle avec aplomb. Tout au long de sa carrière, Dre Véronneau-Troutman s'est en effet investie pour améliorer la place faite aux femmes au sein de la profession médicale en faisant partie du Board of Directors of Women in Ophtalmology (WIO), du Board of the International Strabismological Association, où elle présidait le comité de terminologie, et du Board of Directors of the Pan American Association of Ophtalmology. Elle a été la huitième femme à être élue membre de l'American Ophtalmological Society, fondée en 1864. En 1997, elle a créé avec WIO un prix annuel afin d'honorer l'ophtalmologiste ayant le plus contribué, l'année précédente, à l'avancement des femmes dans le domaine.

Aujourd'hui encore, elle est préoccupée par l'avancement des femmes sur le marché du travail. «Il reste du chemin à parcourir, dit-elle. Certes, il y a plus de femmes que d'hommes dans les facultés de médecine, mais combien de ces femmes deviennent chefs de service ou sont aux postes de commande? Encore trop peu...»

Le Fonds de bourses Denise Véronneau

Grâce aux dons successifs de la Dre Véronneau-Troutman, le Fonds de bourses Denise Véronneau totalise aujourd'hui 501 000 $. Ce montant est capitalisé et ce sont les revenus d'intérêts et de placement qui sont utilisés afin de remettre chaque année, si possible, deux bourses de 5 000 $ à des étudiants et des étudiantes à la maîtrise en éducation et un prix de 10 000 $ pour le meilleur mémoire de maîtrise en éducation, remis à un (e) étudiant (e) inscrit (e) au doctorat. Depuis la création du Fonds, 21 bourses ont été décernées, de même que 11 prix d'excellence.

Dre Véronneau-Troutman espère que son don à l'UQAM incitera d'autres personnes à l'imiter. Lorsqu'elle a créé le Fonds de bourses Denise-Véronneau, la Fondation de l'UQAM ne recueillait environ que 10 % de dons provenant d'individus. Aujourd'hui, cette proportion est passée à 51 %. «J'ai l'impression que la progression va se poursuivre : ce n'était qu'une question de temps et de motivation avant que les individus prennent conscience de l'importance de soutenir financièrement la relève», souligne-t-elle.

«Dre Véronneau-Troutman est la première femme qui effectue un don de cet envergure à la Fondation de l'UQAM, souligne Sylvie Bouchard, directrice des dons majeurs et planifiés. C'est une femme exceptionnelle, qui a connu une brillante carrière et qui croit en l'importance de l'éducation.» Dre Véronneau-Troutman se rappelle en riant que dans les années quarante, une fille devait apprendre la dactylo et devenir secrétaire. «J'ai toujours refusé, dit-elle. Je voulais aller au collège pour ensuite accéder à l'université. Aujourd'hui, je regrette un peu de ne pas avoir acquis l'habileté au clavier. Cela me servirait à l'ordinateur et dans les échanges de courriels !»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 4 (18 octobre 2010)

Catégorie : Éducation

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 18 octobre 2010