
Sylvain Lefebvre
Photo : Nathalie St-Pierre

Photo : Nathalie St-Pierre
«Je crois que Montréal pourrait devenir un leader international dans ce genre d'enquête, qui n'existe nulle part ailleurs», affirme fièrement le professeur Sylvain Lefebvre à propos de l'Enquête sur la population transitoire du centre-ville de Montréal, dont les résultats ont été dévoilés en juin dernier. Cette étude, menée par le Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF), qu'il dirige au Département de géographie, lève le voile sur une population méconnue.
Environ 350 000 travailleurs investissent quotidiennement le centre-ville de Montréal, de même que 120 000 étudiants et de nombreux touristes et consommateurs de biens et services. Qui sont-ils? D'où proviennent-ils? C'est le genre de questions auxquelles souhaitaient répondre les responsables du Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Montréal centre-ville. «Cette organisation, comme plusieurs autres sur le territoire du centre-ville, offre des services à une clientèle qui ne se limite pas à la population résidante, explique Sylvain Lefebvre. Or, depuis plusieurs année, le financement de ce type d'organisation est calculé au prorata de la population résidante, un non-sens évident.»
Le gouvernement, qui tire les cordons de la bourse, comprend la situation, mais demande à ce que ces organisations soient en mesure de chiffrer de façon rigoureuse le pourcentage de la population transitoire qui a accès à leurs services. Le CJE a contacté le Service aux collectivités de l'UQAM afin de remédier à la situation, lequel a relayé la demande au professeur Lefebvre. «Le défi de ce genre d'enquête est complexe, explique Sylvain Lefebvre, car le centre-ville n'attire pas la même population transitoire selon qu'on soit le jour, le soir, la semaine ou le week-end, en pleine saison touristique avec les festivals ou pendant l'hiver.»
Le CJE a réuni plusieurs partenaires financiers afin de permettre à l'équipe du GREF de mener une enquête dont l'objectif principal était de recenser la population de 10 à 34 ans qui transite au centre-ville les jours de semaine. L'enquête a été effectuée pendant un mois à l'automne 2008, en retenant comme définition d'une population transitoire celle qui étudie, travaille et/ou utilise des services au centre-ville mais sans y résider ou y tenir domicile.
«Nous avons dû déterminer quel était le territoire exact du centre-ville à couvrir pour les fins de notre enquête, poursuit le chercheur. Notre première contrainte géographique a été d'observer sur une carte le territoire délimité par chacune des organisations participant à l'enquête et nous avons retenu le plus petit dénominateur commun. Nous avons ensuite ajusté ce territoire avec les secteurs de Statistique Canada afin de pouvoir comparer nos données avec celles des résidants, recueillies lors du recensement de 2006.» Le territoire ainsi délimité va de l'avenue Des Pins (nord) à la rue De la Commune (sud), et de la rue Atwater (ouest) à la rue Amherst (est).
L'équipe du GREF a interrogé 1 327 répondants. Parmi ceux-ci, 42,5 % se trouvaient au centre-ville pour leurs études, 30,2 % pour le travail et 27,1 % pour «consommation» (magasinage ou tourisme). «Le géo-référencement a démontré que 82 % d'entre eux habitent dans un rayon de 25 km de Montréal, et 57 % dans un rayon de 10 km, précise le chercheur. La dynamique de la population transitoire étudiée est donc indéniablement métropolitaine.» L'enquête a également mis en lumière que la population transitoire étudiée est plus jeune, davantage féminine et francophone, et moins scolarisée que la population résidante du centre-ville.
«C'est une bonne représentation de ce qu'est le centre-ville en période scolaire, souligne le professeur Lefebvre. Il s'agit d'une première étude du genre et à ce chapitre les résultats obtenus sont précieux. Ils nous permettent de mesurer le potentiel d'une enquête semblable qui s'échelonnerait sur une année complète.»
La stratégie du CJE est justement d'amorcer une levée de fonds afin de financer une enquête plus vaste, qui permettrait de cerner l'ensemble de la population transitoire (incluant celle des festivals, mais touchant aussi aux problématiques de l'itinérance ou de l'exode des jeunes des régions, entre autres). «Dans le meilleur des mondes, il faudrait mener une telle enquête en même temps que le recensement afin d'obtenir une conjonction temporelle parfaite, conclut Sylvain Lefebvre. C'est le genre de recherche gagnant-gagnant, utile autant pour les organisations sur le terrain que d'un point de vue universitaire.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 5 (1 novembre 2010)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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