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Luc Baillargeon-Nadeau et Olivia Gibb.
Photo : Nathalie St-Pierre

À bord du CCGS Hudson


Le CCGS Hudson, le plus connu des navires de recherche canadiens.
Photo : Ministère des Pêches et Océans.

Par Christine Loiseau

C'était la première mission en mer de Luc Baillargeon-Nadeau. «Voir le fond marin, c'est très impressionnant! On se familiarise avec de nouvelles techniques d'échantillonnage et de cartographie et on apprend beaucoup en peu de temps», dit l'étudiant au baccalauréat en sciences de la Terre et de l'atmosphère. Avec sa collègue, la doctorante Olivia Gibb, il a participé à une mission océanographique à bord du CCGS Hudson, le plus connu des navires de recherche canadiens, au large des Grands Bancs de Terre-Neuve, en juillet dernier.

L'objectif général de la mission était de fouiller les fonds marins pour recenser et recueillir des coraux et des poissons à l'aide du sous-marin ROPOS, un engin extrêmement sophistiqué qui peut aller jusqu'à trois kilomètres de profondeur. Le ROPOS a la capacité d'échantillonner des sédiments et des spécimens vivants sans endommager les colonies de coraux.

L'Université Memorial de Terre-Neuve, partenaire du projet, avait pour objectif de coupler la biologie avec la géologie du fond marin. Les deux étudiants de l'UQAM se sont concentrés sur la datation isotopique des coraux d'eau profonde échantillonnés, afin de refaire l'histoire des courants marins dans la région au cours des deux derniers millénaires. Leur projet sur le bateau empruntait également les méthodes de la géochimie avec le carottage des sédiments et l'échantillonnage de masses d'eau pour en étudier la chimie.

Une découverte inattendue

Le sous-marin a permis une découverte inattendue, la présence de nodules polymétalliques. Ces nodules, qui croissent de quelques millimètres par million d'années, sont composés en grande partie de manganèse et de fer, mais contiennent également des traces d'éléments rares (par exemple, du néodyme et de l'osmium), «ce qui permet de retracer la chimie de l'eau à travers le temps», explique Luc Baillargeon-Nadeau. Des scientifiques présents sur le bateau ont également fait la découverte de nouvelles espèces de coraux et d'éponges, comme l'éponge-tulipe.

L'équipage était composé de 65 membres, dont une trentaine de scientifiques, séparés en deux équipes, l'une travaillant de jour et l'autre de nuit, ce qui donnait lieu à des situations pour le moins insolites. «En nous levant vers 18h, nous avions droit à un repas bien consistant avec de la viande et des légumes, alors que nous avions des toasts juste avant d'aller nous coucher», raconte Olivia Gibb avec un sourire. Les équipes travaillaient en continu afin de maximiser l'utilisation du sous-marin ROPOS, qui met en moyenne deux heures à effectuer une descente et deux heures à remonter, en plus d'un processus de collecte lui-même assez long.

Pour Luc Baillargeon-Nadeau, cette première expérience en mer a été déterminante. L'étudiant a décidé de s'orienter en océanographie à la suite de son passage sur le CCGS Hudson.

Olivia Gibb n'en était pas à sa première mission. «Le terrain nous donne une perspective différente, entre autres parce qu'on manipule des échantillons fraîchement sortis de l'eau, dit-elle. Travailler avec le ROPOS, c'est une chance.»

L'état des fonds

La mission a également permis d'observer les effets du passage des bateaux de pêche sur les fonds océaniques. «Nous connaissons moins bien les fonds marins que la lune et, pourtant, ils contiennent une grande partie de notre garde-manger. Il est important de comprendre notre impact sur cet écosystème», souligne Luc Baillargeon-Nadeau.

L'écosystème des fonds océaniques fait présentement l'objet d'un projet de recensement de la vie marine d'envergure mondiale, qui mobilise des chercheurs partout sur la planète depuis une dizaine d'années. Les résultats de ce recensement devraient être publiés en 2011, avec 230 000 espèces répertoriées. Même en tenant compte de ces nouvelles connaissances, on estime que pour chaque espèce connue, il y en a encore quatre à découvrir.

La mission scientifique à bord du navire CCGS Hudson a été cofinancée par le ministère fédéral des Pêches et Océans (MPO) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), à la suite d'une collaboration entre des chercheurs du GEOTOP Université du Québec à Montréal, de l'Université Memorial à Terre-Neuve, de l'Université Dalhousie à Halifax et du MPO. Les deux étudiants ont pu participer à la mission grâce aux fonds du CRSNG. Un agent de recherche du GEOTOP, André Poirier, était également à bord du bateau.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 5 (1 novembre 2010)

Catégories : Sciences, Étudiants

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 1 novembre 2010