
Éric Campeau
Photo: Nathalie St-Pierre
C'est en 1996, alors qu'il jouait pour une équipe de hockey de Bordeaux, en France, que la vie d'Éric Campeau a basculé. Une violente mise en échec a mis K.O. le jeune homme de 19 ans. Diagnostic : commotion cérébrale. «Six mois plus tard, j'ai commencé à éprouver des problèmes de vision occasionnés par une enflure de la rétine, explique-t-il. C'était d'abord intermittent : on me donnait de la cortisone et cela allait mieux, mais ensuite le problème revenait. Puis le problème est devenu chronique.»
Aucun médecin n'a pu lier formellement les pertes de vision du jeune homme à la commotion cérébrale, mais sa vue n'a plus jamais été la même... jusqu'à ce qu'il soit déclaré légalement aveugle en 2007. Trois ans plus tard, Éric Campeau, 38 ans, est de retour sur les bancs d'école, au baccalauréat en travail social. Et ce n'est pas tout : il prend part à des compétitions internationales en golf... et en ski alpin!
Infirmier à l'Hôpital du Haut-Richelieu, Éric Campeau a dû cesser de travailler en 2007. «J'ai vécu une période dépressive et je dois beaucoup à une intervenante de l'Institut Nazareth et Louis-Braille, qui m'a présenté à Bruno Hachey, un jeune aveugle qui fait partie de l'équipe nationale de goalball. C'est lui qui m'a encouragé à reprendre goût aux sports», raconte-t-il.
Éric Campeau s'est d'abord joint aux Hiboux de Montréal, une équipe de hockey sonore, dont le président est Gilles Ouellet, conseiller à la vie étudiante au service d'Accueil et soutien aux étudiants en situation de handicap à l'UQAM. Il a également rencontré Bruno Boucher, un golfeur qui l'a convaincu de tenter sa chance sur la scène canadienne d'abord, puis internationale.
Jouer au golf avec un handicap visuel nécessite la participation d'un autre golfeur expérimenté. «Mon partenaire de jeu, Sylvain Lessard, choisit le bâton à utiliser et m'enligne vis-à-vis la balle, en m'indiquant la distance jusqu'au vert, explique Éric Campeau. Je sais alors la force que je dois déployer pour mon coup de départ.» Une fois sur le vert, le scénario se répète pour le coup roulé, son partenaire lui indiquant la distance ainsi que les dénivellations du terrain. «C'est un travail d'équipe», reconnaît Éric Campeau, qui joue des rondes oscillant entre 79 et 84.
Champion du Québec dans sa catégorie, Éric Campeau s'est classé au deuxième rang lors du championnat du monde de golf pour personnes mal voyantes, disputé en Angleterre du 16 au 20 août dernier. L'an prochain, il joindra les rangs des Citadins afin de participer au circuit universitaire. À long terme, il ne vise rien de moins qu'une participation aux Jeux paralympiques de Rio de Janeiro, au Brésil, en 2016.
Mais jouer au golf n'était pas suffisant et il a aussi tenté sa chance en ski alpin. Le résultat est spectaculaire. Son partenaire - dans ce cas-ci l'étudiant-athlète Alexandre Héroux-Thériault, de l'équipe de ski des Citadins de l'UQAM - descend quelques mètres devant lui, indiquant par radio s'il doit tourner à gauche ou à droite, s'il y a une bosse, une porte, etc. Tout cela à environ 130 à 140 km/h, à peine 10 km/h de moins que les skieurs professionnels! «Même moi qui suis intrépide, je tremble souvent après les descentes», avoue Éric Campeau, qui s'entraîne avec les Citadins depuis l'an dernier et qui devrait faire partie de l'équipe cet hiver.
En mars dernier, l'étudiant a remporté une médaille d'or en slalom géant et une médaille d'argent en slalom lors des Championnats panaméricains, disputés en Colombie-Britannique. Ces excellents résultats lui ont valu une place dans l'équipe nationale de développement. «Je vise une participation aux Jeux paralympiques de Sotchi, en Russie, en 2014», dit-il.
Éric Campeau est impliqué au sein de différentes associations pour personnes aveugles et il donne également des conférences. «Je tente de remonter le moral à des personnes qui vivent une perte de vision comme moi, explique-t-il. Je leur dit de ne jamais abandonner, quels que soient les obstacles et les défis à surmonter. Tout dépend de l'attitude que l'on adopte.» Il participe aussi à des tournois bénéfices pour diverses fondations afin de sensibiliser les gens à la cause des personnes malvoyantes.
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Il existe trois catégories de compétition pour les personnes malvoyantes. La catégorie B1 regroupe les personnes complètement aveugles, B2 les personnes ayant jusqu'à un maximum de 6 % de vision - c'est le cas d'Éric Campeau - et B3 les personnes dont le handicap est entre 6 et 14 % de vision, ce dernier seuil étant le degré où l'on est considéré comme étant légalement aveugle.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 6 (15 novembre 2010)
Catégories : Sports, Étudiants
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