
Benoît Dubreuil
Photo: Nathalie St-Pierre

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Démission de Benoît Labonté, chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal, irrégularités dans l'attribution des contrats municipaux, dénonciation par l'ex-ministre Marc Bellemare de l'influence occulte de bailleurs de fonds du Parti libéral du Québec, commission Bastarache : depuis un an, les allégations répétées de collusion ont éclaboussé une bonne partie de la classe politique du Québec.
«Les politiciens, juges, fonctionnaires ou entrepreneurs ne sont pas corrompus par nature. Certains, cependant, deviennent corruptibles dans un environnement propice», affirme Benoît Dubreuil. Auteur d'un chapitre de L'État du Québec 2010 intitulé «Les Québécois sont-ils par nature corrompus?», ce chercheur postdoctoral en philosophie et membre de l'Institut des sciences cognitives prône comme beaucoup d'autres la tenue d'une enquête publique sur le monde de la construction, «si celle-ci permet de déceler non seulement les fautes individuelles, mais aussi les vices du système.»
Selon ce jeune chercheur, «la corruption a été associée de tout temps à l'existence de rapports particuliers de loyauté et de relations basées sur l'endettement, à la suite de l'obtention de faveurs de toutes sortes - argent, contrats, postes prestigieux. C'est ce qui permet à des individus d'acquérir du pouvoir, tout en bénéficiant d'une sorte d'impunité face à leurs concitoyens.»
Trois ingrédients sont essentiels à la corruption, soutient Benoît Dubreuil. «Premièrement, ça prend de l'argent. Si vous êtes pauvre, oubliez ça. Deuxièmement, il faut s'entourer de personnes complaisantes qui sont redevables en raison de faveurs reçues. Troisièmement, on doit pouvoir agir à l'abri des regards.»
Le poids de la corruption est considérable là où des individus peuvent accaparer des sommes importantes et les utiliser pour créer des liens d'endettement avec des fonctionnaires, des consultants ou des responsables politiques. «Au Québec, ce n'est pas un hasard si l'industrie de la construction et le monde municipal représentent l'épicentre des scandales de corruption», observe le postdoctorant.
Le pouvoir municipal est en effet un grand pourvoyeur de contrats, et beaucoup d'argent circule sur les chantiers, l'un des principaux refuges du travail au noir.
La démocratie municipale, par ailleurs, est en mauvaise santé, poursuit Benoît Dubreuil. Les politiciens, qui contrôlent des fonds importants et possèdent de nombreux liens avec le secteur privé, ont peu de comptes à rendre. Les règles des processus d'appel d'offres et d'attribution de contrats publics ne sont pas toujours transparentes, donnant aux élus un important pouvoir discrétionnaire. Enfin, le faible intérêt de la population pour la politique municipale favorise les jeux de coulisses.
«On doit combattre la corruption à la racine par la réforme des institutions», soutient le chercheur qui, en dépit des scandales, refuse de croire que notre système démocratique soit entièrement vicié, ou que la corruption soit largement répandue. «Chose certaine, dit-il, les allégations de corruption ne peuvent qu'accentuer le cynisme de la population envers l'ensemble du monde politique.»
Benoît Dubreuil s'intéresse également aux questions des hiérarchies et des inégalités. Sa thèse de doctorat, qui porte sur l'apparition des hiérarchies sociales, vient d'être publiée aux presses de l'Université Cambridge sous le titre Human Evolution and the Origins of Hierarches : the State of Nature.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 6 (15 novembre 2010)
Catégorie : Sciences humaines
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