
Ana-Maria Seifert
Photo: Nathalie St-Pierre
Le parcours d'Ana-Maria Seifert, débarquée à Montréal par une journée glaciale de 1973, est peu ordinaire. Née en Bolivie, la jeune femme étudiait en médecine et était impliquée dans les mouvements étudiants quand le pays fut traversé par une vague d'agitation sociale sans précédent. Après un second coup d'État, en 1971, on l'a jetée en prison sous prétexte que ses idées politiques dérangeaient. Elle y est restée enfermée pendant plus d'un an. «On était prêt à me laisser sortir à condition que je ne remette plus jamais les pieds en Bolivie, raconte-t-elle. Lorsque j'ai été libérée, on m'a tout de suite mise dans l'avion, sans que je ne puisse dire adieu à mes proches.»
Arrivée au Québec, elle effectue, entre deux cours de français, des petits boulots pour survivre : garde d'enfants, entretien ménager, travail d'usine... En 1976 - officiellement reçue comme réfugiée politique au Canada -, elle est acceptée à l'UQAM comme étudiante au baccalauréat en biologie. Par un heureux hasard, elle rencontre la professeure du Département de sciences biologiques Karen Messing, une spécialiste de la santé des femmes au travail, qui lui offre un emploi dans son laboratoire. C'est là qu'elle découvre sa voie en effectuant un stage sur les effets de la radioactivité sur les lymphocytes des ouvriers d'usine. «Soudainement, je me suis retrouvée dans la même mouvance que celle à laquelle j'appartenais en Bolivie. Je rencontrais les travailleurs et leurs familles, les dirigeants des syndicats. J'étais sur le terrain.»
Ana-Maria Seifert a par la suite complété une maîtrise en biologie sur les effets des radiations sur les personnes exposées à de faibles doses, notamment les techniciennes dans les hôpitaux. «Pour moi, la science doit toujours servir à améliorer les conditions sociales», dit-elle.
C'est son intérêt marqué pour l'amélioration des conditions de travail des femmes qui ont mené la chercheuse à participer au partenariat de recherche UQAM-CSNCSQ- FTQ intitulé L'invisible qui fait mal, dirigé par Karen Messing. L'équipe, dont plusieurs chercheuses sont associées au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement (CINBIOSE), a analysé pendant près d'une dizaine d'années le travail de caissières de banque, d'employées d'entretien ménager, d'enseignantes de cours du soir, des travailleuses souvent mal payées, peu protégées par les lois, œuvrant dans des conditions difficiles et précaires. «Le travail de ces femmes est perçu comme facile et peu dangereux, alors que c'est faux», dit Ana-Maria Seifert.
C'est pour ses recherches portant sur la santé au travail que la chercheuse, aujourd'hui agente de recherche et de planification à la Faculté des sciences, a reçu, en octobre dernier, le prix Services à la population de la Fondation du Y des femmes.
Ses travaux sur la santé des femmes au travail ont eu des répercussions en Amérique latine, où elle a formé plusieurs chercheuses grâce à des projets de coopération et siégé à plusieurs comités, dont un groupe d'experts nommés par le Bureau international du travail afin d'émettre des recommandations sur le travail des enfants en Amérique latine en 2002.
Toujours associée au CINBIOSE, Ana-Maria Seifert espère terminer bientôt son doctorat en santé communautaire au Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval.
![]()
Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 6 (15 novembre 2010)
Catégories : Sciences, Santé, Employés
![]()