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Micro

Coléoptère vu au microscope

Timothy Work
Photo: Nathalie St-Pierre

Sentinelles de la forêt


Photo: Nathalie St-Pierre

Par Marie-Claude Bourdon

«Regardez!» m'enjoint le chercheur en désignant le microscope. Dans l'œil de l'instrument, un magnifique bijou aux reflets verts émeraude et aux formes ciselées étincelle sous mes yeux. Je m'exclame. Satisfait, Timothy Work change la plaque qu'il a déposée sous l'instrument et me fait signe de regarder à nouveau. Cette fois, le coléoptère qu'il me fait admirer semble coulé dans l'or massif. Alors que je m'extasie, il retire la plaque et range l'insecte dans son casier, parmi les dizaines de spécimens semblables qui reposent dans son laboratoire et que ses étudiants devront patiemment identifier.

«Incroyable, non? Dans les casiers, on dirait de petits insectes bruns tous pareils!» me lance-t-il sur un ton enthousiaste. Depuis des années, Tim Work se passionne pour le  monde des insectes. D'origine américaine, ce professeur du Département des sciences biologiques a fait une maîtrise (à l'Université d'État du Michigan) et un doctorat (à l'Université d'État de l'Oregon) en entomologie forestière.

À l'UQAM depuis 2004, il a mis sur pied un Laboratoire d'écologie des insectes à la fine pointe de la technologie grâce à plusieurs fonds de recherche, dont la Fondation canadienne pour l'innovation, le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada.

Biodiversité dans la forêt

«Mon programme de recherche porte sur la biodiversité des insectes de la forêt boréale, explique-t-il. Je tente de comprendre comment on peut utiliser la réaction des insectes aux changements dans leur environnement pour améliorer nos pratiques de gestion forestière selon les principes du développement durable.»

Chercheur associé à la Chaire industrielle CRSNG-UQAT-UQAM en aménagement forestier durable, Tim Work travaille en collaboration avec l'industrie forestière. Ainsi, l'un de ses projets vise à évaluer les effets de la coupe des arbres sur la biodiversité des insectes vivant dans les débris ligneux qui s'accumulent sur le sol des forêts. «Il existe plus de 1 000 espèces d'insectes - plusieurs groupes de coléoptères, des araignées, etc. - qui vivent dans la litière des arbres», affirme le chercheur.

Par opposition à la coupe à blanc, la coupe partielle permet-elle de préserver la biodiversité? Si on coupe des arbres, combien faut-il en laisser pour maintenir les populations d'insectes? «Pour le savoir, on compare les espèces que l'on retrouve dans une forêt à l'état naturel avec celles qui peuvent être observées sur un terrain coupé à blanc, dans un jeune peuplement, un peuplement mature après un feu ou après une épidémie de parasites», explique Tim Work.

Le chercheur s'intéresse également à la relation entre biodiversité et fonctions écosystémiques. «Par exemple, beaucoup d'espèces d'insectes vivant dans le bois mort jouent un rôle important dans le processus de décomposition des débris ligneux, souligne le biologiste. Entre autres, les insectes interagissent avec les champignons décomposeurs, dont ils facilitent la dissémination.»

Récolter la biomasse?

Dans le milieu forestier, on songe de plus en plus à récolter la biomasse qui demeure sur le sol après la coupe afin de la transformer en bioénergie. Mais est-ce une si bonne idée? «Les petites branches, les débris et le bois mort constituent une banque de ressources pour le sol, observe le chercheur. Ce sont des nutriments importants pour la régénération de la forêt.» Encore une fois, ses travaux visent à établir un seuil de ramassage au-delà duquel la biodiversité des insectes qui vivent dans le couvert forestier est affectée.

«La Scandinavie est souvent citée comme un modèle en matière d'exploitation forestière, remarque le chercheur. Mais après des siècles de culture intensive, des milliers d'espèces d'insectes, de champignons et d'oiseaux ont disparu de la forêt scandinave. Il est impossible de prévoir tous les effets à long terme de la perte de biodiversité, mais plus on comprend les relations entre le milieu et les différentes espèces qui l'habitent, plus la conservation paraît importante.»

Écologie urbaine

Timothy Work, dont les travaux portent principalement sur l'aménagement forestier en Abitibi-Témiscamingue et en Mauricie, s'intéresse également à l'écologie urbaine. Avec son collègue Daniel Shaw, du Département des sciences biologiques, il compte d'ailleurs se pencher sur un petit insecte ravageur, l'agrile du frêne, qui a déjà causé des dommages sérieux dans les forêts urbaines de Windsor et de Detroit. Cet insecte, qui s'attaque principalement aux frênes, a déjà été observé à Toronto et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'atteigne Montréal. Or, un quart des arbres de Montréal sont des frênes. «Notre projet, encore à une étape préliminaire, a pour but de déterminer comment on peut créer un paysage urbain qui permettrait aux arbres de mieux résister à ce type d'épidémie», confie le chercheur.

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 7 (29 novembre 2010)

Catégories : Sciences, Professeurs

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