
Marie-Christine Doran
Photo: Denis Bernier
Marie-Christine Doran s'intéresse à l'Amérique latine depuis 20 ans. «En 1989, alors que j'étais étudiante au Cégep Maisonneuve, je suis revenue bouleversée d'un stage au Costa Rica et au Nicaragua. J'ai voulu comprendre comment la pauvreté l'injustice pouvaient être si répandues sur un continent situé presque à nos portes», raconte celle qui a obtenu en 2008 un poste de professeure à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa.
Trois fois diplômée de l'UQAM en science politique (B.A, 1995; M.A, 1998; Ph.D, 2006), cette jeune chercheuse est devenue une spécialiste de l'Amérique latine. Ses recherches portent notamment sur les processus démocratiques, la violence politique et les rapports entre religion et politique. «Mes professeurs à l'UQAM m'ont incitée à travailler dur et à faire preuve de rigueur, dit-elle. Pendant mes études postdoctorales en France, les chercheurs de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris, avaient l'habitude de dire que les étudiants de l'UQAM comptaient parmi les meilleurs doctorants qu'ils recevaient de l'étranger.»
Récipiendaire de la Médaille d'or académique de la Gouverneure générale du Canada (2005-2006), Marie-Christine Doran a été chercheuse associée à l'EHESS et professeure invitée au Center for the Study of World Religion à l'Université Harvard. Aujourd'hui, elle maintient des liens avec plusieurs universités et centres de recherches latino-américains (Mexique, Nicaragua, Chili, Argentine, Brésil), ainsi qu'avec le Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique latine (GRIPAL), logé à l'UQAM.
En Amérique latine, les aspirations démocratiques s'expriment depuis le XIXe siècle, rappelle la professeure. Elles cohabitent toutefois avec la violence politique : coups d'État, dictatures militaires, rébellions armées. «Les inégalités criantes, la faible mobilité sociale, le peu de débouchés pour les jeunes et l'impunité dont jouissent des militaires et des policiers ayant sévi sous la dictature sont autant de facteurs de violence qui perdurent», explique-t-elle.
Après le règne des régimes autoritaires des années 60 et 70, l'Amérique latine a connu une période de transition démocratique. «Les gouvernements ont alors défendu un modèle de démocratie centré sur la stabilité institutionnelle et la prospérité économique, ainsi que sur le rejet des conflits sociaux, responsables à leurs yeux de l'avènement des dictatures», note Marie-Christine Doran. Puis, de nouveaux leaders politiques de gauche ou de centre gauche ont pris le pouvoir au cours des années 2000. L'élection de dirigeants comme Hugo Chavez au Venezuela, Lula au Brésil et Evo Morales en Bolivie, qui ont su faire écho aux aspirations populaires, témoigne de la vigueur démocratique qui s'est emparée de l'Amérique latine, souligne la politologue. «Plusieurs organisations de la société civile refusent de jouer un rôle de spectateur et cherchent à occuper la scène politique. Certaines s'approprient des outils juridiques et investissent des institutions internationales - Cour interaméricaine des droits de l'homme, Comité de l'ONU sur la torture - pour exiger que les pouvoirs publics rendent des comptes en matière de droits humains ou pour dénoncer les abus de grandes entreprises privées, minières notamment.»
Ce n'est pas non plus un hasard si les fameux Forums sociaux sont nés en Amérique latine, poursuit Marie-Christine Doran. «Issus d'une tradition de mobilisation sociale, ces foyers de l'altermondialisation se sont multipliés, permettant de créer des espaces de délibération et d'explorer les voies de la démocratie participative.»
La professeure s'intéresse aussi aux mouvements populaires qui, au Chili, en Argentine et en Uruguay, exigent la fin de l'impunité pour ceux qui ont violé les droits humains. «Le combat pour abolir les lois d'amnistie dont ont bénéficié les militaires coupables de terrorisme d'État - torture, disparitions, procès expéditifs et exécutions d'opposants politiques - a pris de l'ampleur à la fin des années 90 et se poursuit. Ces luttes sont essentielles parce qu'elles introduisent dans la vie politique une dimension fondamentale que certains voudraient évacuer : la mémoire collective de la souffrance. Dans un sondage réalisé en 2006, les jeunes Chiliens qui n'ont pas connu la dictature du général Pinochet se sont quand même prononcés à 73 % contre l'amnistie des anciens tortionnaires.»
La place de la religion et ses liens avec la politique constitue un autre thème important dans les travaux de Marie-Christine Doran. «On connaît depuis longtemps l'influence que le catholicisme exerce sur les populations latino-américaines, rappelle-t-elle. La ferveur religieuse demeure grande, mais elle ne se traduit pas par une présence importante sur la scène politique institutionnelle, même si on assiste à une montée du pentecôtisme et même si des adeptes de cette religion ont réussi à se faire élire comme députés au Brésil. Heureusement, le fondamentalisme religieux ne constitue pas actuellement une menace politique en Amérique latine.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 7 (29 novembre 2010)
Catégories : Politique et droit, Diplômés
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