
Muriel Binette
Photo: Nathalie st-Pierre
Parmi les principales recommandations contenues dans son Rapport annuel 2009-2010, l'ombudsman de l'UQAM, Muriel Binette, insiste sur l'importance d'assurer un meilleur suivi des étudiants étrangers accueillis à l'Université. «Il faut élaborer des pratiques qui tiennent compte des conditions particulières imposées aux étudiants internationaux, plaide-t-elle. Dans leur cas, une décision administrative ou académique peut entraîner l'annulation de leur permis de séjour, ce qui compromet leurs chances d'obtenir un diplôme.»
Plusieurs de ces étudiants arrivent à Montréal au mois d'août et commencent leurs études en septembre sans avoir eu le temps de se familiariser avec notre système universitaire ou même d'avoir trouvé un logement, décrit Muriel Binette. Certains sont déboussolés et connaissent des problèmes d'adaptation. D'autres tombent malades. Pour compliquer les choses, leur statut ne leur permet pas de prendre moins de quatre cours par session. Or, une moyenne cumulative trop basse après deux trimestres peut se traduire par une menace d'exclusion. Et sans inscription, impossible de renouveler le permis d'études qui permet de rester au pays.
Le traitement de ces cas varie d'une unité académique à l'autre, mentionne l'ombudsman, mais, souvent, les décisions concernant les étudiants étrangers appliquent la règle sans tenir compte des obligations particulières qui leur sont imposées par les autorités d'immigration.
«La pression est grande sur ces étudiants dont on attend beaucoup dans leur pays d'origine, ce qui explique qu'ils sont souvent réticents à parler de leurs problèmes ou à rechercher de l'aide», souligne Muriel Binette. Compte tenu des efforts consentis au recrutement de ces étudiants et de leur nombre croissant à l'UQAM, il importe selon elle de les accompagner de plus près dans leur cheminement académique et d'intervenir avant que les problèmes ne deviennent insurmontables. «Je me réjouis, dit-elle, du nouveau comité sur l'amélioration de la qualité des services aux étudiants mis en place par le Vice-rectorat aux ressources humaines et le Vice-rectorat au soutien académique et à la vie étudiante.»
Du 1er juin 2009 au 31 mai 2010, le Bureau de l'ombudsman a ouvert 738 dossiers, soit 512 consultations et 226 plaintes, dont 148 se sont avérées fondées, 55 non fondées et 23 non recevables. «Il s'agit d'une année normale», dit l'ombudsman, précisant que les principaux objets des demandes concernent l'encadrement et les services aux étudiants (249), la perception des frais de scolarité (82), les relations interpersonnelles (75), l'évaluation des études (66), l'admission (49), les infractions de nature académique (23) et la qualité de l'enseignement et l'encadrement (12). Sur les 738 demandes traitées, 522 provenaient des étudiants, soit 70%, et 56 ont été soumises par des étudiants internationaux.
«Dans bien des cas, c'est un manque d'information qui entraîne une demande de consultation à notre bureau, commente Muriel Binette. Et cela ne suffit pas que l'information soit disponible sur le Web. Ce n'est pas parce que nos étudiants sont familiers avec le maniement de la souris depuis la maternelle qu'ils savent comment trouver l'information pertinente à leur cas, surtout quand ils ne savent pas ce qu'ils cherchent! Ils ont besoin d'être guidés.»
Plusieurs demandes ont rapport avec des cours annulés après les délais prescrits : l'étudiant souhaite être remboursé ou ne comprend pas pourquoi un échec est inscrit à son dossier alors qu'il n'a jamais assisté au cours. L'une des trois recommandations principales de l'ombudsman concerne d'ailleurs la note accordée à des étudiants qui ont peu ou pas assisté à un cours afin de pouvoir distinguer les échecs attribués au terme d'une évaluation des échecs imputables à des abandons. «La cote ZE existe pour ces cas et on souhaite qu'elle soit appliquée plus systématiquement, dit Muriel Binette. Cela ne change rien dans le calcul de la moyenne cumulative de l'étudiant, puisque la cote correspond quand même à un échec, mais cela permet, dans certains cas d'étudiants qui ont vécu des difficultés ou un épisode de maladie, d'avoir une meilleure compréhension de leur dossier.»
La troisième recommandation contenue dans le rapport de l'ombudsman vise un meilleur équilibre des aspects préventifs, pédagogiques et coercitifs dans l'application du Règlement sur les infractions de nature académique. «Plusieurs étudiants que nous avons rencontrés n'avaient pas été avisés par leur enseignant qu'un constat d'infraction de plagiat les concernant avait été acheminé au responsable facultaire», rapporte Muriel Binette. Selon elle, avant d'enclencher le processus formel prévu au Règlement, l'enseignant se doit d'analyser l'infraction en tenant compte minimalement des explications de l'étudiant.
«Cette façon de procéder permettrait dans bien des cas de distinguer, dès le départ, les comportements frauduleux des problèmes de nature purement méthodologique», souligne Muriel Binette. Selon elle, les modifications apportées au Règlement au début de 2009 ont peut-être été mal comprises à l'origine. «Certains ont compris que les cas de plagiat présumés devaient automatiquement être référés au responsable facultaire. Or, les modifications ont pour but d'exempter les enseignants de la lourde tâche de sanctionner les étudiants fautifs, pas de les dégager de leur responsabilité d'exercer leur jugement face à une faute possible.»
Le Vice-rectorat à la vie académique a planifié de faire un bilan de l'application du nouveau Règlement et de procéder à des ajustements si nécessaire, indique l'ombudsman. «Comme c'est souvent le cas, le fait d'avoir parlé de ce problème semble avoir amélioré les choses puisque nous recevons déjà moins de plaintes à ce sujet», conclut Muriel Binette sur une note optimiste.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 10 (7 février 2011)
Catégorie : Étudiants
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