
Paul-André Linteau
Photo:Sylvie-Ann Paré

La rue Sainte-Catherine en 1901. Photo: Wm. Notman&Son/Musée McCord
Rayon des garçons, chez Ogilvy, au début du XXe siècle.
Photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives de Québec, Collection Magella.
Ce n'est pas d'hier que Paul-André Linteau, professeur au Département d'histoire, s'intéresse à sa métropole. En fait, il est «le» spécialiste de l'histoire de Montréal, à laquelle il a consacré sa thèse de doctorat et plusieurs ouvrages, dont une Histoire de Montréal depuis la Confédération et une Brève histoire de Montréal. Son dernier opus nous fait plonger au coeur de la vie montréalaise, en nous faisant découvrir La rue Sainte-Catherine (Éditions de l'homme), de ses débuts bucoliques jusqu'à nos jours, en passant par ses années mythiques du début du siècle dernier, quand les Nord-Américains rêvaient d'une soirée sur l'artère la plus «hot» du continent.
«Dès que l'on plonge dans l'histoire d'un lieu, d'une rue, on apprend de nouvelles choses», souligne l'historien, qui a travaillé plusieurs mois à la préparation de ce livre. Richement illustré, l'ouvrage accompagne une grande exposition consacrée à la rue Sainte-Catherine présentée au Musée Pointe-à-Callière jusqu'au 24 avril prochain «Ce n'est pas un ouvrage savant, mais il repose sur des connaissances de pointe», précise le professeur.
Déjà, Paul-André Linteau avait travaillé en collaboration avec la Ville de Montréal sur l'histoire de quelques grandes artères de la métropole, dont la rue Sainte- Catherine (les résultats de ces recherches menées dans le cadre du Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal sont d'ailleurs disponibles sous forme de capsules sur le site Web de la Ville). La rédaction du livre l'a toutefois amené à fouiller davantage la littérature existante... et à relire énormément de matériel! «La rue Sainte-Catherine couvre tellement de sujets, observe-t-il. C'est la rue du cinéma, des palaces, du hockey, du théâtre, de la musique, des grands magasins, et j'en passe. Chaque sujet a une histoire!»
La rue, qui a poussé au fur et à mesure de la croissance de la ville, n'a pas toujours été la grande artère qu'elle est devenue. À ses débuts, c'est un chemin entrecoupé, partant des deux côtés de la rue Saint-Laurent, qui traverse des terres agricoles. En 1825, la rue Sainte-Catherine est encore très peu peuplée. Mais dans la deuxième moitié du siècle, de plus en plus de bourgeois francophones quittent le Vieux-Montréal encombré pour se bâtir de belles demeures le long des rues Saint-Denis et Saint-Hubert, près de l'église Saint-Jacques aujourd'hui intégrée à l'UQAM. C'est pour desservir cette clientèle cossue que la rue Sainte-Catherine ne tardera pas à devenir une artère commerciale.
Au début du XXe siècle, la rue s'étire déjà jusqu'à la rue Victoria, dans l'ouest, et jusque dans le quartier Maisonneuve, à l'est. Mais c'est dans sa portion centrale, où se sont installés les grands magasins comme Eaton, Morgan, Ogilvy et Dupuis, que bat le cœur de la métropole. «L'âge d'or de la rue Sainte-Catherine va de 1890 jusqu'à la fin des années 1960, dit Paul-André Linteau. À l'époque, on compte encore 15 000 personnes qui travaillent dans les grands magasins.»
C'est sur la rue Sainte-Catherine que se concentrent les cabarets, cinémas et théâtres. C'est là que les partisans du Canadien vont assister aux matchs de leurs idoles. «Pendant la plus grande partie de leur histoire, les Canadiens ont joué dans des stades situés le long de la rue Sainte-Catherine», rappelle l'historien.
Favorisé par le régime de prohibition imposé aux États-Unis et dans la plupart des provinces canadiennes, le Red Light montréalais se développe dans la première moitié du XXe siècle, abritant débits de boisson, spectacles d'effeuilleuses, maisons de jeux et de prostitution. C'est à cette époque que la rue acquière sa réputation de paradis des plaisirs interdits.
Avec la multiplication des centres commerciaux en banlieue et la disparation de plusieurs de ses grands magasins, la rue Sainte- Catherine a connu une période de déclin. Mais elle se réinvente, notamment avec l'Université Concordia et l'UQAM, avec le nouveau Quartier des spectacles en construction et le quartier gai qui a émergé à l'est. «À Montréal, contrairement à la plupart des grandes villes américaines (sauf New York), il y a une population résidentielle qui habite non loin du centre, note Paul-André Linteau. Cela garantit une animation jour et nuit autour de la rue qui demeure la plus célèbre de Montréal.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 10 (7 février 2011)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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