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Christian Jetté
Photo: Nathalie St-Pierre

Sociologue de terrain


Par Claude Gauvreau

De nombreux diplômés du doctorat de l'UQAM enseignent aujourd'hui dans le réseau universitaire. Depuis le début de l'année, le journal L'UQAM présente chaque mois le portrait de l'un de ces diplômés.

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Administrateur de l'organisme communautaire Plein milieu, qui intervient auprès des jeunes de la rue dans le quartier Plateau Mont-Royal, le professeur Christian Jetté, de l'École de service social de l'Université de Montréal, connaît bien le milieu associatif québécois.

Ce spécialiste de l'action communautaire et de l'économie sociale est l'auteur d'un ouvrage, Les organismes communautaires et la transformation de l'État-providence, qui a remporté en 2008 le prix Donald-Smiley de l'Association canadienne de science politique, décerné chaque année au meilleur livre publié en français et en anglais sur un sujet traitant de politique au Canada.

«Cet ouvrage est issu de ma thèse de doctorat, soutenue en 2005, dit-il. J'ai voulu montrer que la dynamique des rapports entre l'État et le secteur communautaire, marquée à la fois par des confrontations et des alliances, a contribué à la définition des politiques publiques en matière de santé et de services sociaux au Québec, depuis les années 70.»

Se décrivant comme un «pur uqamien», Christian Jetté a obtenu à l'UQAM un baccalauréat en travail social, ainsi qu'une maîtrise et un doctorat en sociologie. Co-directeur du Laboratoire de recherche sur les pratiques et les politiques sociales (LAREPPS), le sociologue est membre également du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), basé à l'UQAM.

Un laboratoire d'innovations

Les organismes communautaires du milieu de la santé et des services sociaux ont pris leur envol au cours des années 70, grâce, en partie, à l'aide de l'État, qui crée en 1973 le Programme de soutien aux organismes communautaires. «Ces organismes sans but lucratif, détachés des anciennes traditions de charité cléricale, combinent les principes de justice sociale, de participation citoyenne et d'autonomie organisationnelle, explique Christian Jetté. Ils cherchent à répondre à des besoins que l'État, le marché et la famille ne veulent ou ne peuvent satisfaire.»

À cette époque, le gouvernement s'intéresse particulièrement aux cliniques communautaires, qui fournissent à la fois des services sociaux et de santé. Il tente alors de reproduire ce modèle dans le secteur public, en créant les CLSC. «Laboratoire d'innovations sociales, le mouvement communautaire acquiert progressivement une reconnaissance et une légitimité auprès des autorités publiques», souligne le professeur.

Dans les années 80 et 90, le secteur communautaire continue de se développer malgré la crise économique et le désengagement de l'État. «Le secteur public a toujours eu du mal à rejoindre certains groupes sociaux, surtout les plus marginalisés comme les itinérants, les jeunes toxicomanes et les femmes victimes de violence conjugale et sexuelle, observe Christian Jetté. Son modus operandi oblige ces populations à se déplacer pour obtenir des services, tandis que les organismes communautaires sont présents sur le terrain.»

De nouveaux défis

En 2009-2010, le montant total du soutien financier accordé par le gouvernement québécois aux quelque 5 000 organismes communautaires, dont 3 000 environ œuvrent dans le secteur de la santé et des services sociaux, s'est élevé à plus de 800 millions de dollars. Selon le chercheur, «l'État est conscient que l'originalité du modèle québécois de développement social doit beaucoup à l'action du mouvement communautaire. Entre l'État et le secteur privé, le Québec aura toujours besoin d'un tiers secteur pour faire contrepoids aux pratiques bureaucratiques et marchandes.» Avec l'augmentation constante des coûts rattachés à la production des services sociaux et de santé, la tentation de l'État de se désengager davantage demeure grande, note Christian Jetté. D'où l'importance, dit-il, d'être vigilant à l'égard des tentatives d'instrumentalisation du mouvement communautaire par l'État, qui pourrait y voir un bassin de ressources et de services de qualité à bon marché.

Aujourd'hui, le mouvement communautaire doit relever trois grands défis, souligne le professeur. «Fragmenté sur les plans sectoriel et territorial, le mouvement peine à parler d'une seule voix. Il doit aussi déployer des efforts pour mieux se faire connaître et reconnaître par la population. Enfin, les organismes communautaires sont confrontés au renouvellement des ressources humaines, alors que plusieurs de leurs intervenants atteignent l'âge de la retraite.»

Intellectuel engagé, Christian Jetté fait aussi partie du Consortium de recherche pour une social-démocratie renouvelée, créé en décembre 2009. «Si la gauche québécoise veut rallier des jeunes et devenir une alternative crédible aux politiques néolibérales, elle doit renouveler sa pensée et sa pratique. J'espère pour ma part que ma connaissance du secteur communautaire pourra contribuer à nourrir la réflexion.»

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Source : Journal L'UQAM, Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 11 (21 février 2011)

Catégories : Sciences humaines, Développement durable, Diplômés, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 21 février 2011