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Olivier Collin
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Lucie Sauvé
Photo: Nathalie St-Pierre

Gaz de schiste: les scientifiques se mobilisent


Photo: Annick de Carufel/ruefrontenac.com

Par Claude Gauvreau

Même si le gouvernement du Québec a reconnu la nécessité d'une évaluation environnementale stratégique (EES) des impacts de l'exploitation du gaz de schiste, il faut continuer de réclamer un moratoire sur les activités d'exploration et d'exploitation des compagnies gazières», affirme la professeure Lucie Sauvé, du Département d'éducation et pédagogie.

Celle-ci souligne que pendant la période d'évaluation environnementale, dont la durée devrait s'étendre sur deux ans, les entreprises pourront poursuivre leurs activités dans les puits où il y a déjà eu une fracturation hydraulique, comme c'est le cas pour 18 des 31 puits forés au Québec. «Cette évaluation aurait dû se faire il y a quatre ans, dit-elle, avant que Québec ne cède aux compagnies gazières les droits d'exploration du gaz de schiste.»

Le Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste, créé récemment, est une initiative de la Chaire de recherche du Canada en éducation relative à l'environnement, dont Lucie Sauvé est la titulaire. Regroupant quelque 130 scientifiques provenant de différents champs disciplinaires dans plusieurs universités québécoises, le collectif a publié un manifeste exigeant «que soit stoppé le développement du gaz de schiste, qu'il soit étudié sous toutes ses facettes - sociales, environnementales et économiques - et que soient mises en place les conditions d'un processus démocratique conduisant à l'émergence d'une véritable stratégie énergétique axée sur les énergies renouvelables.»

Près d'une cinquantaine de professeurs et de chercheurs de l'UQAM ont adhéré au collectif, dont Luc-Alain Giraldeau, vice-doyen à la recherche de la Faculté des Sciences, Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences, Donna Mergler, professeure émérite au Département des sciences biologiques, et Louise Vandelac, professeure au Département de sociologie.

Pour des énergies alternatives et renouvelables

Selon la professeure Sauvé, le rapport du Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE), publié le 8 mars dernier, contient de bons éléments. «Il reconnaît la nécessité d'avoir une connaissance plus approfondie des risques sociaux, environnementaux et économiques reliés au développement de la filière du gaz de schiste, ainsi que l'importance de la participation de la société civile au débat et à la prise de décision.»

Le rapport, toutefois, ne dit rien sur la signification du projet d'exploitation du gaz de schiste pour le développement énergétique du Québec, observe Lucie Sauvé. Il faut dire que le mandat du BAPE ne portait pas sur cette question, pourtant cruciale. «Veut-on que le Québec se lance dans la production et la consommation accrues des hydrocarbures, alors qu'il importe de réduire les émissions de gaz à effet de serre? Voilà le fond de la question. Il est urgent d'élaborer une nouvelle politique énergétique reposant sur un projet d'électrification des transports et sur le développement parallèle des sources d'énergie alternatives et renouvelables, comme les énergies éolienne, solaire et géothermique. Et, pour ce faire, le Québec possède toutes les ressources et l'expertise nécessaires.»

Le développement de la filière du gaz de schiste représente une entreprise extensive et invasive, dont les impacts se feront sentir sur un très large territoire et à long terme, peut on lire dans le manifeste du collectif scientifique. «Une telle industrie ne peut pas se limiter au forage de quelques puits, précise la professeure. Pour être rentable, elle doit déployer d'importantes opérations et infrastructures en amont et en aval des activités d'exploitation. En se déployant à grande échelle, l'industrie du gaz de schiste multipliera les risques pour la santé et la sécurité des populations et des écosystèmes. D'ailleurs, nous connaissons déjà les risques de contamination de la nappe phréatique liés à l'utilisation de produits chimiques pour la fracturation du roc dans le sous-sol.»

Seule la société civile peut exercer une fonction de vigile sur la question du gaz de schiste, soutient Lucie Sauvé. «Un débat social s'est développé depuis un an et a démontré un grand désir de démocratie participative. La mobilisation des citoyens et des scientifiques contribue à renforcer le pouvoir-faire et le savoir-faire collectifs. Quant au collectif scientifique, il entend demeurer actif en créant un réseau de veille sur le développement du gaz de schiste.»

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Les écosystèmes menacés

Un groupe de dix étudiants du doctorat en sciences de l'environnement a réalisé une étude sur les gaz de schiste dans le cadre du cours Dynamique des systèmes environnementaux. «Nous nous sommes intéressés à trois régions, le Centre du Québec, la Montérégie et Chaudière-Appalaches, où des compagnies albertaines et australiennes ont obtenu des permis d'exploration, précise le doctorant Olivier Collin. L'État de la Pennsylvanie, région similaire d'un point de vue géologique où se font plusieurs travaux d'exploitation du gaz de schiste, nous a servi de barème de comparaison. La conclusion générale de notre étude est que le développement de cette industrie comporte des risques importants pour l'équilibre des écosystèmes aquatique, forestier et agricole.»

En fracturant le roc souterrain pour extraire le gaz, on utilise des produits chimiques qui, tel le benzène, peuvent causer des malformations chez les poissons et entraîner leur mort, explique l'étudiant. «Ces produits sont mélangés à du sable et à quelque 13 millions de litres d'eau en moyenne par injection. Environ la moitié de cette eau contaminée reste emprisonnée dans le roc, tandis que l'autre moitié remonte à la surface. Les eaux usées contiennent des hydrocarbures et, selon les sous-sols, des métaux lourds comme l'arsenic et le mercure. Dans l'ensemble du Québec, seulement 11 usines de traitement seraient équipées pour décontaminer ces eaux. Enfin, la construction de routes d'accès et de pipelines, nécessaires à l'exploitation des puits, contribue à fragmenter l'espace forestier, affectant la faune et la flore.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 13 (21 mars 2011)

Catégories : Éducation, Développement durable, Étudiants, Professeurs

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