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Molécules sous observation


La professeure Lekha Sleno, du Département de chimie, dans son laboratoire.
Photo : Nathalie St-Pierre

Par Bruno Geoffroy

Pour des chercheurs de la trempe de Lekha Sleno, demain s'écrit aujourd'hui. Avec application et sans relâche. Mais avec le sourire. Un grand sourire désarmant qui nous éloigne de l'image austère du scientifique en blouse blanche que certaines séries télévisées véhiculent encore. Professeure au Département de chimie depuis 2008, la chercheuse planche sur de nouvelles méthodes de détection et d'analyse des métabolites, de toutes petites molécules évoluant dans notre organisme. Son but ultime : contribuer au développement de la métabolomique, la science qui se charge d'étudier la population de métabolites présente au sein de nos cellules.

«L'un de mes programmes de recherche consiste à quantifier de façon précise les métabolites présents dans notre corps, que ce soit des acides aminés, des sucres ou des lipides. L'objectif de ce projet est d'identifier des biomarqueurs, ces molécules spécifiques qui permettent entre autres de dépister et de caractériser une maladie ou d'évaluer un traitement médicamenteux», explique Lekha Sleno.

Originaire de Montréal, la chercheuse s'intéresse à l'infiniment petit depuis l'obtention de son baccalauréat de chimie à l'Université Concordia, en 2002. Lors d'un stage chez Merck Frosst, son intérêt pour la chimie analytique se confirme et elle décide de se rendre à Halifax pour compléter un doctorat à l'Université de Dalhousie. Pendant quatre ans, elle travaillera au sein d'une équipe réputée de l'Institut des biosciences marines du Conseil national de recherche du Canada (CNRC). C'est là qu'elle a l'occasion de développer des méthodes d'analyse pour détecter de petites molécules. Elle y apprivoisera un des outils qu'elle côtoie désormais quotidiennement : le spectromètre de masse, un appareil qui permet d'identifier des substances chimiques et même d'en préciser les structures. «La puissance de cet outil est fascinante, dit-elle. Grâce à lui, on peut résoudre les problèmes les plus complexes.»

Une analyse fine du vivant

C'est lors de deux années postdoctorales passées à Genève, puis à Toronto, que Lekha Sleno s'est familiarisée avec la métabolomique. Parmi les applications potentielles de ses recherches dans ce domaine, la chercheuse mentionne la possibilité de diagnostiquer si une personne est malade en analysant l'évolution de ses métabolites endogènes. «Comprendre le mécanisme d'une maladie en observant les différences entre les niveaux de métabolites d'une population de personnes saines et d'une population de personnes malades est une autre voie d'avenir de cette science récente», indique Lekha Sleno.

Mais avant d'atteindre un tel niveau d'expertise sur l'humain, il faut déjà être capable de développer des méthodes d'analyse sur des échantillons biologiques beaucoup plus simples. «Aujourd'hui, je travaille sur des organismes complets comme des levures, en collaboration avec des chercheurs de Toronto, ou des nématodes (vers) fournis par le département de chimie/biochimie de l'UQAM. L'étude de ces modèles permet de mieux comprendre des mécanismes biologiques reliés au métabolisme. Une fois que ma méthode d'analyse couplant la chromatographie liquide (tri des métabolites) et la spectrométrie de masse (identification des métabolites) sera au point, je pourrai m'attaquer à des modèles humains», précise la chercheuse. Pour ce projet, la scientifique bénéficie depuis 2009 d'une subvention octroyée par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT).

Les liaisons dangereuses

Dans le cadre de son second projet de recherche, Lekha Sleno s'intéresse aux effets toxiques de certains médicaments une fois métabolisés par l'organisme. «Je me concentre sur l'étude des liaisons chimiques formées par les métabolites réactifs (des molécules nées de réactions biochimiques au sein de notre organisme causées par les médicaments) et les protéines. Avec la chromatographie liquide et la spectrométrie de masse, nous serons capables d'identifier quelles protéines sont ciblées, puis modifiées par les produits pharmaceutiques. De quoi élucider leur mécanisme de toxicité, en fait», dit la chercheuse. D'ici deux ans, elle estime pouvoir arriver à ce résultat ambitieux. À long terme, elle espère développer un test permettant de surveiller l'administration d'un médicament aux patients et de suivre ses effets toxiques s‘il y en a. Une subvention à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) l'encourage en ce sens.

«Découvrir des choses nouvelles et ouvrir des horizons inconnus, voilà ce qui motive mon travail», confie Lekha Sleno.

 

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 15 (18 avril 2011)

Catégories : Sciences, Santé, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 18 avril 2011