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L'école privée, vraiment meilleure?


Photo : istockphoto.com

Par Marie-Claude Bourdon

Au moment de la transition entre l'école primaire et le secondaire, les élèves qui passent du réseau public au privé voient leurs résultats à des tests de mathématiques s'améliorer de façon significative, a démontré une étude récente menée par deux professeurs du Département de sciences économiques de l'ESG UQAM, Philip Merrigan et Pierre Lefebvre, en collaboration avec le diplômé Matthieu Verstraete (M.Sc. économique, 2006). «En moyenne, le classement des élèves s'améliore de quatre à cinq rangs centiles, ce qui constitue une augmentation considérable», souligne Philip Merrigan.

Publiée en février 2011 dans la revue scientifique américaine Economics of Education Review, cette étude (intitulée «Public Subsidies to Private Schools Do Make a Difference for Achievement in Mathematics : Longitudinal Evidence From Canada») jette un pavé dans la mare des pourfendeurs de l'école privée. En effet, elle démontre que ce n'est pas seulement parce que le système privé sélectionne ses élèves que ceux-ci performent mieux que ceux du public, mais que l'école privée les rend effectivement meilleurs.

Une étude longitudinale

«Contrairement aux études traditionnelles qui vont comparer au même moment dans le temps deux populations d'élèves, l'une au public et l'autre au privé, notre étude a permis de comparer les résultats obtenus par les mêmes jeunes à deux reprises, soit à la fin du primaire et au début du secondaire, explique Philip Merrigan. Cette méthode, basée sur des données longitudinales, visait justement à contrôler le biais positif envers l'école privée engendré par la sélection des élèves.»

Comme le souligneront les nombreux opposants aux subventions à l'école privée, il est possible d'invoquer toutes sortes de facteurs pour expliquer pourquoi les jeunes du privé performent mieux, en général, que ceux du public : non seulement la sélection, mais, surtout, une plus grande importance accordée par les parents à l'éducation, un plus haut niveau d'éducation des parents et un revenu familial plus élevé, des facteurs reconnus pour avoir une incidence positive sur les résultats scolaires.

Or, tous ces facteurs restent en principe constants dans le temps. «Le talent naturel d'un élève ou le degré d'éducation de ses parents ne change pas entre la 6e année et la première secondaire, observe Philip Merrigan. S'il améliore son classement à un examen de mathématiques standardisé après seulement un an à l'école privée, on doit en conclure que c'est l'école qui l'a rendu meilleur.»

Les chercheurs ont quant même contrôlé statistiquement certains facteurs comme le niveau d'études des parents, leurs attentes face au degré de scolarité qu'ils souhaitent voir leur jeune atteindre et le revenu familial. En l'absence de contrôle pour ces facteurs, l'amélioration des élèves qui passaient du public au privé était encore plus marquée, ces derniers voyant leur classement s'améliorer de 10 rangs centiles.

Basée sur les données de l'Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes de Statistique Canada, l'étude ne permet pas d'expliquer pourquoi les jeunes qui passent à l'école privée améliorent leurs performances à l'épreuve CAT/2 (Canadian Achievement Tests, 2e édition), un test conçu pour comparer les jeunes à l'échelle canadienne. «Peut-être tout simplement parce que les élèves du privé sont testés plus souvent, note Pierre Lefebvre, parce qu'ils sont mieux encadrés ou qu'on leur donne plus de devoirs.»

Fortement subventionnée et donc très populaire puisqu'elle attire environ 20 % des élèves (jusqu'à 30 % à Montréal), l'école privée québécoise est souvent accusée de nuire au système public en privant celui-ci de ses meilleurs éléments. Or, notent les chercheurs, les résultats en mathématiques des élèves québécois du public sont meilleurs que ceux du reste du Canada, où l'école privée, généralement non subventionnée, n'est réservée qu'à une toute petite élite. Dans les classements internationaux, les élèves québécois se classent aussi parmi les premiers en mathématiques. «S'il était vrai que le privé nuisait au public, les élèves du public performeraient moins bien au Québec, où la place du privé est beaucoup plus grande, que dans le reste du Canada», observe Pierre Lefebvre.

Une concurrence positive

Non seulement le privé ne nuirait pas au public, mais, selon les deux chercheurs, leur étude démontre que la concurrence exercée par le réseau privé est bénéfique pour le réseau public et qu'elle améliore la qualité générale de l'éducation au Québec. «Pour réagir à la concurrence, les écoles publiques ont mis sur pied toutes sortes de programmes et de projets éducatifs particuliers pour attirer les élèves, précise Philip Merrigan. Cela confirme qu'une offre diversifiée en termes d'écoles est avantageuse pour tous les élèves.» Les deux chercheurs s'opposent donc à ceux, nombreux, qui réclament qu'on cesse de subventionner le réseau privé québécois. Selon eux, leur étude «justifie amplement les subsides accordés aux écoles privées.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 16 (2 mai 2011)

Catégories : Gestion, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 2 mai 2011