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Nos chercheurs à l'ACFAS


De nombreux chercheurs de l'UQAM - professeurs, chargés de cours et étudiants - participeront au 79e congrès de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS), le plus important rendez-vous scientifique multidisciplinaire de la francophonie, qui se déroulera sur les campus de l'Université de Sherbrooke et de l'Université Bishop's, du 9 au 13 mai, sous le thème «Curiosité, diversité, responsabilité». Voici quelques-uns des colloques organisés par des Uqamiens dans divers domaines de la connaissance.

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Musées en mutation

Depuis quelques décennies, les musées ont bien changé. À la présentation statique de divers objets à des visiteurs passifs a succédé une nouvelle manière de «mettre en scène» les collections muséales qui mise beaucoup plus qu'avant sur l'interactivité. «Les musées ont fait des efforts important pour se rapprocher de leurs publics, en partie sous la pression des gouvernements qui demandent de plus en plus souvent aux musées d'augmenter leurs revenus autonomes et donc leurs entrées», note Yves Bergeron, professeur au Département d'histoire de l'art et coresponsable du colloque Le musée, théâtre d'objets? Impacts des nouvelles tendances et responsabilités éthiques (10, 11, 12 mai). La tendance aux grandes expositions vedettes, ces blockbusters qui exigent la coopération de plusieurs institutions muséales à travers le monde, n'est pas seulement un effet de la mondialisation, croit le professeur. Nécessitant des investissements substantiels, ces expositions sont néanmoins destinées à générer des revenus additionnels, notamment de la part des commanditaires.

Parmi les autres grandes tendances du monde muséal qui feront l'objet de présentations lors de ce colloque, on note un recours de plus en plus important aux nouvelles technologies et une préoccupation accrue pour le patrimoine immatériel : langue, coutumes, récits, etc. «Le patrimoine immatériel ne s'expose pas de la même façon que les objets traditionnellement présentés dans les musées, souligne Yves Bergeron. Cela oblige à repenser la façon de former les étudiants en muséologie.»

Les changements s'accélèrent dans l'univers muséal et le colloque donnera l'occasion à ses participants, professionnels et chercheurs, dont de nombreux Uqamiens, de se pencher sur ce que sera le musée de demain. Mais une chose est certaine, affirme Yves Bergeron, les phénomènes qui sont à l'origine de la transformation des musées ne menacent pas leur existence. «La mondialisation inquiète. Pourtant, les musées se multiplient aujourd'hui, comme autant de façons d'affirmer des identités locales et régionales. Ouvrir un musée, c'est dire : Voilà qui nous sommes.»

Le colloque sera l'occasion de lancer le premier Dictionnaire encyclopédique de muséologie, publié chez Armand Collin, et dont Yves Bergeron est l'un des sept auteurs. 

La ville en devenir

«Nous réunissons pour l'occasion plusieurs chercheurs autour d'un objet commun, la ville, afin de la regarder sous différents angles : politique, sémiologique, psychologique, etc. C'est une approche pluridisciplinaire de la ville», explique Yona Jebrak, professeure au Département d'études urbaines et touristiques et coresponsable du colloque Représenter la ville : la ville en devenir (11 et 12 mai).

Le point de départ du colloque : une population urbaine qui ne cesse de croître et qui dépassera bientôt la population rurale, un phénomène observé partout dans le monde. Des conférences porteront sur l'avenir des villes et sur leurs transformations actuelles afin d'accueillir davantage d'habitants. «On s'aperçoit que les gens vivent de plus en plus dans les villes, observe Yona Jebrak. Comment la population urbaine interagit-elle avec la ville? Quels sont les impacts physiques, sociaux et culturels auxquels les villes sont exposées?»

La comparaison entre les villes nord-américaines et européennes, la représentation de la ville dans le cinéma québécois, la ville comme objet d'identité collective et l'opposition entre la ville et la banlieue font partie des autres sujets qui seront abordés. «Le colloque permettra de réunir des chercheurs qui autrement n'auraient pas l'occasion d'échanger entre eux, se réjouit la professeure. Nous offrons aussi la possibilité aux étudiants de 2e et 3e cycles de présenter le fruit de leurs recherches, en compagnie de professeurs expérimentés.»

Dans un objectif de partage des connaissances, les conférences seront offertes au public en baladodiffusion sur le portail Web de Villes Régions monde - le Réseau interuniversitaire des études urbaines et spatiales dans les semaines suivant le colloque.

Images de femmes

«Nous voulons provoquer un échange entre les sciences sociales et les domaines artistiques», dit Caroline Désy, agente de recherche et de planification à l'Institut de recherches et d'études féministes de l'UQAM (IREF) et organisatrice du colloque Représentations des femmes : médias, arts et société (10 et 11 mai), en collaboration avec l'Institut d'études des femmes de l'Université d'Ottawa. Le colloque réunira des chercheurs de plusieurs disciplines, notamment en sexologie, en sociologie, en histoire de l'art, en sémiologie et en travail social.

La rencontre s'articule autour de quatre sujets. Une série de conférences, sous la présidence de la professeure du Département de sociologie Francine Descarries, coresponsable du colloque, abordera les thèmes de l'hypersexualisation, de la «pornographisation» de la sexualité des fillettes québécoises, de la Charte québécoise pour une image corporelle saine et de l'hypersexualisation des femmes dans Facebook.

Le volet culturel «Femmes dans les arts et la littérature» explorera entre autres l'univers des femmes galeristes à Montréal, et celui de femmes artistes dans les années 1970. Un autre volet se penchera sur la place et l'image des femmes dans la politique et dans l'espace public (participation citoyenne, analyse des discours antiféministes dans les médias, mouvements des femmes au Québec, etc.).

Enfin, d'autres conférences présenteront l'évolution des représentations féminines dans l'histoire (la maternité, le corps des femmes et les critères de beauté revus et corrigés par les politiques des régimes fascistes), dans les médias (l'image des lesbiennes médiatiques vue par de jeunes femmes homosexuelles), et dans le rapport au temps (regard des aînées sur le vieillissement du corps).

Un continent transformé

Depuis plus de 20 ans, le continent latino-américain connaît des bouleversements importants. Il a vu surgir des forces politiques et des mouvements citoyens porteurs de projets sociaux et politiques novateurs. Ces transformations seront au centre du colloque Mouvements sociaux et transformations politiques actuelles en Amérique latine (10 mai). «Les communications seront présentées par des étudiants de cycles supérieurs, venant notamment de l'UQAM et de McGill», note le professeur Julian Durazo Hermann, du Département de science politique, titulaire intérimaire de la Chaire Nycole-Turmel sur les espaces publics et les innovations politiques et co-organisateur du colloque avec son collègue Victor Armony (sociologie).

Selon Julian Durazo Hermann, les mouvements sociaux sont à la source de plusieurs transformations importantes en Amérique latine. «Le mouvement des femmes a joué un rôle important pour faire adopter des législations favorables au divorce et pour que l'avortement devienne un enjeu dans le débat public. Les groupes écologistes, pour leur part, ont fait pression pour donner des dents aux politiques environnementales, notamment en ce qui concerne la protection de la forêt amazonienne et le contrôle des activités des compagnies minières. Des acteurs sociaux plus anciens, comme les autochtones en Bolivie et en Équateur et le mouvement des paysans sans terre, se sont par ailleurs remobilisés.» La plus grande contribution de ces acteurs, malgré leur fragmentation et leur hétérogénéité, est d'avoir soutenu dans différents pays le processus de démocratisation politique, poursuit le professeur. «Les États n'ont pas été insensibles à leur mobilisation et on a vu se créer des ministères de la condition féminine et de l'environnement. Cela dit, le combat pour le respect des droits de la personne et contre les formes d'autoritarisme, vieux démons de l'Amérique latine, se poursuit.»

Médias sociaux : de nouveaux enjeux

Le recours aux médias sociaux, que ce soit Facebook ou Twitter, a littéralement explosé depuis cinq ans, si bien que leurs utilisateurs se comptent désormais par centaines de millions. Le colloque intitulé Usages des médias sociaux : enjeux éthiques et politiques (10 mai) propose d'identifier et d'analyser les principaux enjeux de nature économique, éthique et politique que soulève l'utilisation de ces nouveaux outils. Qu'ils concernent la création d'un espace marchand permettant le ciblage publicitaire et la capitalisation de données, le respect de la vie privée ou la démocratie participative, ces enjeux sont aujourd'hui inséparables des pratiques d'information et de communication des personnes, des groupes et des organisations.

Selon le principal organisateur du colloque, le professeur Serge Proulx, de l'École des médias, les médias sociaux permettent l'expression directe des usagers à titre de citoyens ou de consommateurs, mais aussi à titre personnel. Ces espaces deviennent ainsi des lieux de jeu, de contact, d'expression culturelle, de cocréation et d'échange de biens informationnels. «Ces nouveaux dispositifs techniques, aux fonctions souvent paradoxales, favorisent la multiplication de micro sphères publiques hétérogènes qui permettent à des personnes sans voix de prendre la parole, souligne le chercheur. Les soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte n'ont pas été le produit des médias sociaux, mais ces derniers ont certainement contribué à la coordination et à l'amplification de la mobilisation.»

Les médias sociaux sont-ils de nouveaux espaces publics pouvant concurrencer l'espace occupé jusqu'ici par les médias traditionnels? Des règles et des normes éthiques, formelles ou informelles, vont-elles émerger pour réguler ces nouveaux flux médiatiques? Les questions soulevées par le colloque sont nombreuses et risquent d'alimenter le débat public pour plusieurs années à venir. 

Dépathologiser l'adolescence

L'adolescence, on le sait, est une étape importante de la vie. C'est le moment où les jeunes forgent leur identité et développent leur autonomie. Les relations parents-enfants changent et les pairs de viennent plus importants. C'est aussi la période des premiers emplois, des premières responsabilités, de la découverte de l'amour et de la sexualité, celle où l'on s'interroge sur son avenir. Une période encore pleine de rêves. Pourtant, si l'on se fie aux images véhiculées sur l'adolescence - décrochage scolaire, violence, drogue, hypersexualisation, suicide -, on pourrait facilement croire qu'être adolescent est synonyme de maladie dans notre société.

«À l'égard des difficultés vécues par certains adolescents, notre société oscille entre la panique et la banalisation», souligne Nathalie Morin, chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) et coresponsable du colloque sur Les enjeux et les multiples visages de l'adolescence (11 et 12 mai). Oui, les adolescents vivent des problèmes et il faut en parler pour trouver des solutions, dit la chercheuse. «Mais pourquoi ces représentations si négatives de l'adolescence? On a tendance à oublier qu'il existe aussi des adolescents normaux et une jeunesse en santé.»

Le colloque réunira des chercheurs provenant de divers horizons disciplinaires (psychologie, sexologie, éducation) et donnera la parole aux adolescents. Les réalités socio-sexuelles des jeunes, les expériences pédagogiques formatrices au secondaire, notamment en milieu défavorisé et multiethnique, et la prévention du suicide dans les communautés autochtones comptent parmi les thèmes qui seront abordés. «Les communications traiteront des facteurs qui influencent notre perception de l'adolescence et proposeront un regard dépathologisant sur les adolescents», note Nathalie Morin. Les adolescents font peur, dit-on. Et si les adultes avaient tendance à projeter leurs propres peurs sur les adolescents? 

Normalisation et responsabilité sociale

En raison de fortes pressions sociales dans les années 90, les entreprises ont été quelque peu forcées de rendre des comptes au sujet de leurs pratiques environnementales et sociales. C'est dans un tel contexte qu'apparaît la norme internationale ISO 26 000 sur la responsabilisation sociale des entreprises du secteur privé et public. Cette norme qui vise à responsabiliser les entreprises en matière environnementale ou sociale ne s'impose pas naturellement. L'adoption de normes en matière de développement durable, même si elle se fait sur une base volontaire par les entreprises, amène ces dernières à redéfinir leurs principes et leurs fondements, voire même leur légitimité.

Le colloque Normalisation et responsabilité sociale : quel ancrage? (12 et 13 mai) est l'occasion de rassembler l'ensemble des travaux actuellement menés par les chercheurs de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable et de leurs collaborateurs. «Nous voyons apparaître aujourd'hui de plus en plus de normes en matière de développement durable dans l'industrie aéroportuaire, dans le domaine énergétique ou encore dans celui de la gestion forestière, explique la titulaire de la Chaire, Corinne Gendron, aussi coresponsable du colloque. Dans certains domaines, comme en foresterie, il existe plusieurs certifications environnementales. Les normes peuvent être locales ou internationales. Le colloque se penchera notamment sur le contenu, les objectifs, les grandes lignes directrices, les différences et similitudes, et les standards de ces normes qui touchent plusieurs milieux différents. »

Entre autres sujets, des présentations aborderont également l'histoire de la responsabilité sociale, des balbutiements à la course à la performance écologique des entreprises d'aujourd'hui, ainsi que le rôle du reporting social (la divulgation volontaire des performances environnementales) dans les entreprises.

Pas facile, la science!

Enseigner les sciences et la technologie au primaire représente tout un défi pour les enseignants, souligne la doctorante en sciences de l'éducation Marie-Noël Béty. L'étudiante est coresponsable avec le professeur Patrick Charland, du Département d'éducation et pédagogie, du colloque intitulé Enseignement et apprentissage des sciences et de la technologie au primaire : enjeux, perspectives et défis (11 mai). «Les enseignants du primaire sont des généralistes, note-t-elle. Quand ils arrivent à l'université, leur dernier cours de science remonte souvent à la quatrième année du secondaire. Et ils ne suivront, dans toute leur formation au baccalauréat, qu'un seul cours consacré aux sciences et aux technologies!»

L'inconfort des enseignants n'est pas seulement dû à leur manque de connaissances scientifiques. «Notre colloque s'intéresse aussi aux défis qui découlent des conceptions que les enfants développent avant même d'assister à un premier cours de sciences, précise Marie-Noël Béty. Sur un sujet comme la flottabilité, par exemple, les enfants sont convaincus que les objets légers flottent et que les plus lourds coulent. Défaire ces conceptions pour les amener à comprendre le concept de densité ou de masse volumique n'est pas du tout évident.»

Les présentations du colloque aborderont autant les questions de formation des maîtres que les questions spécifiques à l'apprentissage des sciences et des technologies par les enfants. «Nous sommes relativement peu nombreux au Québec à nous intéresser à l'apprentissage des sciences au primaire, dit la doctorante. Le colloque sera une occasion d'échanges intéressants.»

L'étudiante, qui développe une formation continue pour les enseignants en exercice sur les pratiques qui favorisent le changement des conceptions des élèves, fera la première présentation en compagnie du professeur Patrice Potvin, lui aussi du Département d'éducation et pédagogie de l'UQAM. «L'enseignement des sciences au primaire est très pertinent, affirme la doctorante. Les jeunes adorent qu'on leur soumette un problème et qu'on les amène à découvrir par eux-mêmes la solution.»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 16 (2 mai 2011)

Catégories : Arts, Éducation, Communication, Politique et droit, Sciences, Gestion, Sciences humaines

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