
Christine Corbeil, Francine Descarries et Geneviève Guernier
«Les étudiants handicapés ou les étudiants étrangers bénéficient de services pour répondre à leurs besoins spécifiques, mais pas les parents-étudiants», remarque Christine Corbeil, professeure retraitée de l'École de travail social de l'UQAM. Cette dernière a codirigé la recherche Parents-étudiants de l'UQAM, réalités, ressources et besoins, publiée dans la collection Agora de l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF), qui célèbre cette année ses 20 ans. L'étude a été réalisée en collaboration avec la professeure Francine Descarries, du Département de sociologie, de la diplômée en sociologie et études féministes Geneviève Gariépy et de Geneviève Guernier, étudiante en sociologie.
L'équipe de chercheuses a mis au point un questionnaire s'adressant aux parents étudiants de l'UQAM. Plus de 700 parents-étudiants des trois cycles ont répondu à l'appel au semestre d'hiver 2007. «Nous voulions, dans un premier temps, dresser un portrait des parents-étudiants, identifier leurs besoins et ensuite savoir comment l'Université pouvait y répondre pour les aider à poursuivre leurs études universitaires», explique Christine Corbeil, une spécialiste de la sociologie de la famille.
Le trois quarts des répondants du sondage se sont révélés être des femmes, en majorité dans la jeune trentaine, mères d'au moins un enfant de moins de cinq ans, vivant en couple et étudiant à temps plein au premier cycle. Elles occupent un emploi à temps partiel et leurs revenus ne suffisent pas à subvenir aux besoins de leur famille. «Nous avons remarqué qu'il y a très peu de couples d'étudiants. La plupart des parents-étudiants sont des femmes ayant des conjoints qui travaillent. Même si elles bénéficient du soutien financier de leur conjoint et qu'elles ont recours au régime de prêts gouvernementaux, les répondantes jugent leur situation financière précaire», observe la chercheuse.
Les mères-étudiantes manquent de temps. «C'est certain qu'elles ne flânent pas à l'université après les cours! Elles ont moins de temps pour effectuer leurs lectures obligatoires, faire des recherches à la bibliothèque ou étudier», résume Christine Corbeil.
Fait étonnant, la répartition des tâches au sein des couples «étudiant-travailleur» ressemble en tout point à celle des couples «ordinaires». «Ce sont encore les femmes qui dispensent les soins de base aux enfants, qui prennent congé si les petits tombent malades et qui s'occupent en majorité des tâches ménagères», note Christine Corbeil.
Les chercheuses ont présenté quelques pistes de solutions aux parents-étudiants. «Mettre des tables à langer dans les salles de bains de l'université, c'est excellent, mais il faut faire plus! Les parents-étudiants ont besoin de soutien financier, soit sous forme de fonds de dernier recours, de bourses gouvernementales pour faciliter le retour aux études ou encore de bourses données par l'université.»
Autre demande urgente : une halte-garderie à horaire flexible, située dans l'université et ouverte aux heures de cours. «Les parents-étudiants ont besoin d'un endroit où ils peuvent faire garder leurs petits quelques heures le temps d'assister à un cours ou de faire une recherche à la bibliothèque», souligne Christine Corbeil.
Le Comité de soutien aux parents-étudiants de l'UQAM (CSPE-UQAM) travaille actuellement à une Politique familiale institutionnelle et à la création d'une halte-garderie pour les enfants des parents-étudiants pour l'année 2012. D'ici là, le comité de soutien offre conseils, échanges et oreille attentive aux parents-étudiants.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 16 (2 mai 2011)
Catégories : Sciences humaines, Professeurs
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