
Marc Tassé
De nombreux diplômés du doctorat de l'UQAM enseignent aujourd'hui dans le réseau universitaire. Depuis le début de l'année, le journal L'UQAM présente chaque mois le portrait de l'un de ces diplômés.
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L'autisme, le plus connu des troubles envahissants du développement, frappe environ une personne sur 200 au Canada, peu importe le revenu familial, l'origine ethnique et le mode de vie. Apparaissant habituellement durant les trois premières années de vie, l'autisme touche les garçons quatre fois plus souvent que les filles. «Il y a 15 ans, aux États-Unis, on estimait qu'une personne sur 10 000 souffrait d'autisme. Aujourd'hui, on en compte une sur 110. Cette croissance s'explique par la plus grande efficacité du diagnostic», souligne Marc Tassé, professeur de psychologie et de psychiatrie à l'Université de l'État de l'Ohio.
Ce chercheur réputé - il a remporté en 2007 le Service Award pour l'excellence de son parcours professionnel et son engagement au sein de l'American Association on Intellectual and Developmental Disabilities (AAIDD) - est détenteur d'un doctorat en psychologie de l'UQAM (1994). Depuis 2009, il dirige le Centre de recherche Nisonger, un centre d'excellence dans le domaine des troubles envahissants du développement, dont l'autisme, qui offre des services cliniques et éducatifs à plus de 10 000 personnes chaque année.
Après un baccalauréat en psychologie à l'Université Concordia, Marc Tassé choisit de poursuivre ses études de maîtrise et de doctorat dans la même discipline à l'UQAM. «J'avais particulièrement envie de travailler avec le professeur Paul Maurice, aujourd'hui retraité, qui a dirigé ma thèse sur l'évolution des comportements adaptatifs des personnes atteintes de déficience intellectuelle», rappelle-t-il. Par la suite, il accepte des postes de professeur adjoint à l'University of North Carolina (1999) et à l'University of South Florida (2006), avant d'être embauché par l'Université de l'État de l'Ohio en 2009.
«Aux États-Unis, les chercheurs qui s'intéressent à la déficience intellectuelle peuvent s'appuyer sur un réseau fédéral d'organismes subventionnaires disposant de moyens financiers imposants, sans compter les nombreuses fondations privées, note le psychologue. D'ailleurs, le Centre Nisonger a reçu récemment un don privé de 10 millions pour ses recherches sur l'autisme.»
L'autisme recouvre un large spectre de symptômes, dont le nombre, la gravité et les types varient d'un individu à l'autre. Certaines personnes atteintes d'autisme léger sont très autonomes, possèdent une intelligence supérieure à la moyenne et ont peu besoin de traitements particuliers. Beaucoup d'enfants, toutefois, souffrent d'une forme d'autisme grave. Ils communiquent peu ou pas du tout, ont de profondes déficiences intellectuelles et éprouvent de grandes difficultés dans leurs relations sociales.
Les chercheurs ne sont pas encore parvenus à cerner les causes de l'autisme. «Celles-ci pourraient être liées à l'interaction entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux», observe Marc Tassé. Aucun gène particulier n'a été identifié, mais les prédispositions génétiques, qui n'étaient même pas considérées il y a 25 ans à peine, représentent une piste de recherche intéressante. «Cela dit, les gènes n'expliquent pas tout, remarque le professeur. Chez des jumeaux identiques, il se peut que l'un des deux enfants soit atteint et l'autre non.»
Marc Tassé s'intéresse également à la qualité des traitements destinés aux personnes souffrant de déficience intellectuelle. «Nous disposons de plus en plus d'outils d'évaluation raffinés permettant de dépister les symptômes de l'autisme et ce, dès l'âge d'un an», dit-il.
Le chercheur croit en l'efficacité d'interventions précoces, individualisées et intensives. «La précocité du diagnostic est fondamentale. C'est pourquoi il faut mettre l'accent sur la formation de pédiatres, car ce sont eux qui voient les enfants en bas âge sur une base régulière. Une fois le diagnostic établi, les enfants devraient pouvoir bénéficier d'une intervention intensive, minimalement de 25 heures par semaine. C'est la clé du progrès dans la maîtrise des habiletés cognitives, sociales et de communication.» L'analyse comportementale appliquée, plus souvent appelée ABA (Applied Behavorial Analysis), ou l'intervention comportementale intensive (ICI), à raison de 40 heures par semaine, donnent des résultats prometteurs, poursuit Marc Tassé. De 30 à 50 % des enfants qui profitent de ces approches font d'immenses progrès et certains parviennent même à se débarrasser de leurs symptômes.
Le psychologue est confiant que l'on pourra un jour vaincre l'autisme, ou du moins certains types d'autisme. «Nous avons déjà eu raison de maladies réputées inguérissables. Les recherches sur les causes de l'autisme ne datent que d'une vingtaine d'années. Quand on aura vaincu un type particulier d'autisme, on aura franchi un pas de géant.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVII, no 17 (16 mai 2011)
Catégories : Sciences humaines, Santé, Diplômés
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