
Photo: Éric Duchemin

Éric Duchemin
Photo: Nathalie St-Pierre
Depuis cet été, les serres du Complexe des sciences Pierre-Dansereau de l'UQAM abritent deux nouvelles ruches où bourdonnent des milliers de petites locataires. «Il y a plus d'un an que nous travaillons sur le projet», lance Annie-Claude Lauzon, coordonnatrice du Collectif de recherche en aménagement paysager et agriculture urbaine durable (CRAPAUD). L'organisme est l'instigateur du projet, en collaboration avec l'Institut des sciences de l'environnement (ISE).
«L'idée était d'installer des ruches dans une perspective d'agriculture urbaine, poursuit Annie-Claude Lauzon. Les abeilles jouent un rôle de premier plan dans la production agricole.» Selon l'Institut national de la recherche agronomique, en France, ce «don à l'humanité» se chiffrerait à quelque 155 milliards d'euros (environ 220 milliards canadiens).
L'UQAM participe ainsi à un réseau mondial de sauvegarde et de protection des abeilles, établi grâce au programme Abeille, sentinelle de l'environnement. Depuis quelques années, 30 % des colonies d'abeilles disparaissent chaque année, victimes d'un parasite, le varroa. Les pesticides, qui les rendraient plus vulnérables à ce parasite, sont pointés du doigt. «La bonne nouvelle, c'est que les abeilles survivent mieux en ville qu'à la campagne, explique Éric Duchemin, professeur associé à l'ISE, et très impliqué dans le projet des ruches à l'UQAM. Les pesticides sont interdits en ville, alors qu'on les utilise encore dans les campagnes.» On retrouve des ruches urbaines à New York, Londres, Toronto et Paris (où l'on en dénombrerait près de 600!).
Selon le professeur, les abeilles citadines peuvent produire jusqu'à 80 kilos de nectar par saison, soit près de trois fois plus que leurs compatriotes des campagnes. «Je ne peux pas dire qu'il a un goût plus prononcé de lavande ou de fleurs sauvages, mais il est succulent!», affirme-t-il en riant.
Les abeilles, qui butinent dans un rayon de deux à trois kilomètres du Complexe des sciences, fourniront une foule de renseignements aux scientifiques. Deux projets de recherche pourraient se concrétiser au cours des prochains mois. Le premier vise à recueillir du pollen grâce à des trappes en plastique aménagées à l'entrée des ruches. «Le pollen servira à dresser une cartographie des différentes zones de pollinisation de la ville», explique Éric Duchemin. Le second projet consisterait «à effectuer des analyses chimiques sur le miel, dans le but d'y détecter la présence de polluants», complète Annie-Claude Lauzon.
Des formations seront aussi offertes à ceux qui désirent devenir apiculteurs à la maison et des visites d'écoliers pourraient être au programme dans le futur. Avis aux intéressés, il n'est pas nécessaire de revêtir la combinaison de l'apiculteur pour côtoyer les ruches. «Nous confondons souvent les abeilles avec les guêpes, observe Annie-Claude Lauzon. Les guêpes sont plus agressives que les abeilles et ont davantage tendance à piquer.»
Éric Duchemin rêve de grandes ruches collectives installées sur les toits de l'UQAM, où les employés, moyennant une formation de base en apiculture, mettraient la main à la ruche. «Si on veut grossir nos colonies, il faudra du personnel pour s'en occuper», soutient le chercheur. Pour le moment, deux apiculteurs et des membres du CRAPAUD veillent bénévolement au confort des butineuses. Un programme de soutien aux ruches citadines, à l'image du Programme d'agriculture soutenue par la communauté mis en place par Équiterre, pourrait aussi être instauré. Éric Duchemin parle même d'un miel d'appellation «UQAM» qui pourrait servir notamment à financer des projets scientifiques ou encore des causes humanitaires!
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 1 (6 septembre 2011)
Catégories : Sciences, Santé, Développement durable, Diplômés
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