
Laure Waridel
Photo : Dominic Gouin

Mélanie Millette
Photo: Nathalie St-Pierre
Considérée par plusieurs comme l'une des pionnières du commerce équitable et de la consommation responsable au Québec, Laure Waridel mène actuellement des études de doctorat à l'Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, en Suisse. Son projet de thèse, dont le co-directeur est le professeur Éric Pineault, du Département de sociologie de l'UQAM, consiste à faire évoluer la notion de développement durable vers un nouveau concept, l'«économie sociale écologique», qui vise à réconcilier la viabilité écologique, sociale et économique.
«Les différents champs du développement durable - l'environnemental, le social et l'économique - sont présentement en crise, soutient la cofondatrice de l'organisme écologiste Équiterre. En témoignent les changements climatiques, la perte de biodiversité, l'augmentation des inégalités sociales et économiques. Vingt ans après la Déclaration de l'ONU à Rio sur l'environnement et le développement, il apparaît que le développement durable, tel qu'on l'entend et qu'on le pratique, ne suffit pas pour mater un système économique qui carbure à l'exploitation environnementale et sociale.»
Selon Laure Waridel, les règles du jeu doivent être transformées de manière à ce que l'économie soit au service de la société dans le respect des écosystèmes et non l'inverse. «Mon hypothèse est que le développement durable peut être considéré comme la première étape de cette transformation. Il doit nous aider à tendre vers un nouveau modèle économique post-capitaliste.»
Aux yeux de la doctorante, le commerce équitable et la consommation responsable font partie d'une économie sociale écologique, tout comme l'économie sociale et solidaire, l'investissement responsable, l'agriculture biologique et une multitude d'autres initiatives d'origines citoyenne, entrepreneuriale ou publique. «Ces initiatives ont tendance à être analysées de manière isolée, dit-elle, mais elles expriment toutes à leur manière la nécessité de construire une économie sociale écologique qui, bien que marginale face à l'économie dominante, est en croissance sur le terrain.»
Présentée par le magazine Maclean's comme l'un des «25 jeunes Canadiens qui changent déjà notre monde», Laure Waridel croit toujours en l'efficacité de gestes concrets, au quotidien, voire à petite échelle. «Les gens sont beaucoup plus conscients de la nécessité de passer à l'action qu'ils ne l'étaient il y a 15 ans, observe la chercheuse. Que l'on pense au nombre de personnes qui aujourd'hui apportent leurs sacs à l'épicerie, compostent à la maison, prennent part à un projet d'agriculture soutenue par la communauté, choisissent des aliments équitables ou biologiques, produits localement. Il est devenu plus facile qu'avant de poser des gestes écoresponsables car les initiatives se sont multipliées. Cela dit, les problèmes continuent de s'aggraver à l'échelle globale. Il faut donc faire en sorte que ce qui germe dans ces initiatives parvienne à structurer un autre type d'économie.» Laure Waridel prévoit revenir au Québec en juillet 2012. «J'aurai encore deux ans de travail pour compléter ma thèse. Le recul que me procure le fait de vivre en Europe me fait prendre conscience du dynamisme et de l'immense potentiel du Québec pour faire avancer l'économie sociale écologique.»
Malgré leur grande popularité, les médias sociaux font l'objet de nombreuses critiques. Plusieurs les perçoivent comme des instruments favorisant l'hyperindividualisme et le voyeurisme. La doctorante Mélanie Millette a une autre conception : «Selon certaines études, Facebook est utilisé à 85 % pour maintenir un lien social entre des gens qui sont déjà en relation étroite, souligne-t-elle. De plus, s'ils sont bien utilisés, les médias sociaux peuvent s'avérer des instruments de mobilisation collective.»
La jeune femme a eu la piqûre de la recherche à l'époque de ses études de maîtrise, après avoir complété un baccalauréat en communication (télévision) à l'UQAM et avoir œuvré quelques années dans le monde de la publicité. «C'est en lisant un article du professeur Serge Proulx, de l'École des médias, aujourd'hui mon directeur de thèse, que j'ai su ce que je voulais faire : comprendre les usages sociaux des médias.»
Dans le cadre de son projet de thèse, Mélanie Millette analysera les possibilités de visibilité médiatique que permettent les médias sociaux et comment cette visibilité contribue à la reconnaissance sociale de groupes minoritaires qui ont peu accès aux médias traditionnels. «Mon hypothèse est que les médias sociaux peuvent favoriser le pluralisme des voix en donnant la parole à diverses organisations, plus ou moins marginales, qu'il s'agisse d'un groupe environnementaliste peu connu ou d'une minorité linguistique qui se bat pour préserver une école francophone en Alberta.»
Pour qui souhaite être vu et entendu dans l'espace public, les médias représentent un passage obligé, affirme la chercheuse. «Chaque média traditionnel possède des critères de pertinence pour sélectionner les messages et les informations qui seront publicisés. Leur choix s'effectue selon des contingences économiques, institutionnelles et formelles. Dans les médias sociaux, toutefois, il n'y a pas de chefs de pupitre ou de gatekeeper. Les gens peuvent eux-mêmes mettre en forme leurs messages. Pour avoir son blogue et sa page Facebook, il suffit d'avoir un ordinateur et une connexion internet.»
Les médias sociaux ont aussi démontré leur utilité dans l'organisation et la coordination d'actions, comme lors des soulèvements populaires en Tunisie et en Égypte. «Évidemment, les médias sociaux n'ont pas été à l'origine de la révolte, note Mélanie Millette. Mais grâce à Facebook et à Twitter, aux blogues et aux images sur You Tube, les jeunes ont pu lancer rapidement des appels à la mobilisation et échanger des informations dans de nombreuses microsphères publiques. Ces échanges ont contribué au soulèvement en servant de caisse de résonnance à une opinion publique déjà défavorable au régime. Ils ont aussi aidé à sensibiliser les membres de la diaspora qui, à leur tour, ont joué un rôle de relayeurs d'informations. Quand les autorités égyptiennes ont coupé l'accès à Internet, un groupe de hackers a créé des trousses de dépannage pour permettre aux gens de se reconnecter.»
Coordonnatrice du Groupe de recherche et d'observation sur les usages et la culture médiatiques (GRM) et du Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO, Mélanie Millette agit aussi comme consultante en stratégie web pour divers organismes. «Pour moi, il est important d'avoir un pied dans les deux univers, académique et professionnel, dit-elle. Cela me permet de développer un point de vue réflexif et critique, tout en ayant une connaissance du terrain.»
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 2 (19 septembre 2011)
Catégories : Communication, Sciences humaines, Développement durable, Recherche et création, Étudiants, Diplômés
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