
Chantal Guérard et Audrey Laurin-Lamothe. Photos: Nathalie St-Pierre
Les doctorantes de l'UQAM Chantal Guérard (chimie) et Audrey Laurin-Lamothe (sociologie) comptent parmi les étudiants canadiens qui ont obtenu au printemps dernier la prestigieuse bourse Vanier, d'une valeur de 50 000 $ par année pour une durée de trois ans.
Je n'ai pas échoué. J'ai simplement trouvé 10 000 solutions qui ne fonctionnent pas, aurait déclaré Thomas Edison, déterminé malgré tout à poursuivre ses expériences qui donnèrent naissance à l'ampoule électrique à filament. Chantal Guérard a fait siennes ces sages paroles. «Mes recherches visent à élaborer de nouvelles méthodologies rapides et efficaces permettant de synthétiser des molécules possédant un intérêt biologique, que ce soit contre le cancer, l'Alzheimer ou la dépression, explique la doctorante en chimie. Je sais ce que je souhaite obtenir comme résultat, mais il y a toujours des embûches en cours de route!»
Chantal Guérard effectue ses recherches doctorales au sein du Laboratoire de méthodologie et synthèse de produits naturels du professeur Sylvain Canesi, son directeur de thèse. «J'utilise des dérivés de phénols comme molécules de départ, une matière première peu coûteuse, poursuit la jeune chercheuse. L'oxydation de ces dérivés de phénols à l'aide d'un réactif appelé iode hypervalent, un procédé en accord avec les principes de la chimie verte, est l'étape clé de la nouvelle méthodologie sur laquelle je travaille.»
Le but de ses recherches, résume-t-elle, est de fournir aux chimistes de nouveaux procédés pour obtenir de nouvelles molécules bioactives. «En somme, je brode autour de la molécule de départ, ce qui la complexifie et donne ce que je pourrais appeler un «motif» de molécules. J'observe ensuite quelles molécules pourraient être créées à partir de ce motif.»
Ses travaux pourraient prendre la forme finale d'une thèse par articles. «Être lue et commentée par mes pairs au fur et à mesure constituerait un avantage indéniable pour la poursuite de mes recherches, conclutelle, mais une thèse par articles est exigeante car il faut publier sans relâche!»
«Ça fait longtemps que l'on tente de renouveler le discours et l'analyse sur les classes sociales en sociologie», affirme Audrey Laurin-Lamothe, qui croit avoir trouvé un bon filon pour y parvenir. Dans le cadre de ses recherches doctorales, menées sous la direction du professeur Éric Pineault, elle se penche sur l'apparition d'une nouvelle élite financière. «Il y a trois moments principaux dans l'histoire du capitalisme, explique la jeune chercheuse. Le capitalisme bourgeois a vu le jour autour de l'an 1600. Au début du XXe siècle, il a cédé le pas au capitalisme avancé, caractérisé par l'apparition des grandes corporations et des principes de management. Puis, à la fin des années 1970, une nouvelle façon d'engendrer des profits domine : la spéculation. C'est la financiarisation de l'économie.»
Cette financiarisation du capitalisme a fait naître une nouvelle élite financière, poursuit-elle. «Mon hypothèse de départ stipule que cette élite est la seule classe sociale qui ait véritablement un pouvoir dans la nouvelle sphère financière, alors que les autres classes sociales sont passives. Bien sûr, les gens participent indirectement à la haute finance par le biais de leurs fonds de pension, entre autres, mais aucune structure ne leur permet d'agir concrètement dans cette sphère. Ils en subissent plutôt les effets.»
Le défi de son projet doctoral est de se familiariser avec des notions de sciences économiques et de finance qui ne sont pas des objets d'étude habituels en sociologie. «Je souhaite effectuer une triple analyse, précise-t-elle. Je me pencherai à la fois sur la globalisation de la finance, sur les effets de la financiarisation sur les corporations du pays, et sur la nouvelle élite financière.»
Audrey Laurin-Lamothe effectue ses recherches au sein du Collectif d'analyse de la financiarisation du capitalisme avancé, affilié à la Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie.
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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 3 (3 octobre 2011)
Catégories : Sciences, Sciences humaines, Recherche et création, Étudiants
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