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Jean-Philippe Boucher
Photo: Nathalie St-Pierre

Moneyball vu par un actuaire


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Par Pierre-Etienne Caza

Les statistiques font partie intégrante de l’univers sportif depuis belle lurette. Les amateurs de baseball connaissent la moyenne au bâton de leurs joueurs préférés, tout comme certains amateurs du Canadien connaissent la moyenne de buts alloués et le pourcentage d’arrêt de Carey Price. En revanche, l’utilisation des statistiques en amont du processus de sélection des joueurs est un phénomène relativement récent que l’on observe particulièrement au baseball, comme on peut le constater dans le film Moneyball, à l’affiche depuis septembre.

Basé sur le livre du journaliste financier Michael Lewis, Moneyball : The Art of Winning an Unfair Game (2003), le film relate l’histoire de Billy Beane (incarné par Brad Pitt), gérant des Athletics d’Oakland, qui a révolutionné son sport au tournant des années 2000 en adoptant une méthode statistique afin de recruter les meilleurs joueurs. Cette méthode, mise au point en collaboration avec Peter Brand, un jeune économiste diplômé de Yale, est basée sur l’OPS (on-base plus slugging) : plus un joueur se rend sur les buts souvent, meilleures sont les chances de marquer des points.

«Le baseball est sans doute le sport collectif le plus individuel, alors il est particulièrement adapté à l’utilisation des statistiques, explique le professeur Jean-Philippe Boucher, du Département de mathématiques. La collecte de données est facilitée par la lenteur du jeu, qui se résume souvent à un duel entre un lanceur et un frappeur.» Le jeune chercheur en actuariat, spécialisé dans la modélisation des coûts d’assurance, est un fan de baseball, un sport qu’il pratique l’été venu.

Pour mettre au point sa méthode, Billy Beane a dû compiler une foule de statistiques afin de déterminer les forces et les faiblesses de chaque joueur. Dans l’une des meilleures scènes du film, Beane et son jeune protégé tentent d’expliquer leur nouveau système à leurs dépisteurs de la vieille garde. «Les gérants et les dépisteurs se basaient depuis toujours sur des observations subjectives pour jauger le talent des jeunes joueurs : un tel est gros, un autre est rapide ou a de bonnes mains, souligne Jean-Philippe Boucher. Billy Beane les a convaincus d’utiliser des données plus pointues.»

Une fois son «équipe de rêve» assemblée, avec des joueurs sans grand talent apparent et payés à bas salaire, Billy Beane a connu du succès : en 2002, les A’s ont récolté 20 victoires consécutives, établissant un record pour la Ligue Américaine, et ils ont remporté le premier rang de leur division.

À l’avenir ?

Bien sûr, Beane a connu du succès jusqu’à ce que sa méthode soit connue des autres gérants, qui l’ont appliquée à leur tour. Pourrait-on pousser plus loin l’utilisation des statistiques? «On peut toujours extraire de nouvelles données plus raffinées, juge le professeur Boucher. Mais on ne verra pas, dans ce domaine, un autre bond de géant comme celui que Beane lui a fait faire.»

Il ne faut pas oublier qu’il y a des variables qui ne se mesurent pas, comme la motivation d’un joueur ou son comportement en dehors de l’arène sportive. «C’est pour cette raison que les équipes effectuent des entrevues avant d’embaucher un joueur… et que ceux qui fonctionnent à l’instinct – car il y en a encore – ne veulent rien savoir des statistiques!» commente le jeune chercheur.

Jean-Philippe Boucher croit toutefois que les statistiques sportives pourraient être couplées avec l’instinct. «Nous le vivons dans le monde de l’assurance, dit-il. Nous développons des modèles qui englobent à la fois les données rationnelles, issues des réclamations passées, et les feelings des actuaires qui ont de l’expérience… Et ça fonctionne!»

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Source : Journal L'UQAM, vol. XXXVIII, no 7 (28 novembre 2011)

Catégories : Sciences, Sports, Professeurs

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 28 novembre 2011