Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre de l'Éducation,
Madame la critique officielle de l'opposition en Éducation,
Mesdames, Messieurs les membres de la Commission,
Permettez-moi tout d'abord de vous présenter les membres de la délégation de la
Direction de l'UQAM qui m'accompagnent pour cette présentation :
L'UQAM est heureuse et fière de prendre part aujourd'hui à ce grand chantier de réflexion que représente la Commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités.
Je vous remercie, au nom de la collectivité de l'UQAM, de nous avoir invités à vous présenter nos vues sur ces enjeux majeurs.
Sans reprendre tout et chacun des points que nous abordons dans notre mémoire, je vais profiter de cette allocution introductive pour résumer et mettre en relief certains des traits qui caractérisent les contributions spécifiques de l'UQAM au réseau universitaire québécois, les principes et les engagements qui nous animent dans l'accomplissement de nos missions, les conditions et effets de notre sous-financement, et je terminerai par quelques réflexions et observations sur l'enjeu global du financement des universités au Québec.
L'UQAM est reconnue pour être à Montréal et au Québec une université d'accessibilité et d'innovation et sa contribution à ces chapitres est effectivement remarquable.
Son arrivée sur la scène universitaire a ouvert les portes du savoir et de la formation à des milliers de jeunes et de moins jeunes.
150 000 diplômés en trois décennies et demie, le résultat est probant et il résulte de la contribution et de l'engagement de milliers de professeurs et d'enseignants chargés de cours, de milliers de membres du personnel, de professionnels et de cadres. Il résulte de la volonté et de l'effort collectif du Québec tout entier.
Des voies pourraient vouloir suggérer que 30 ans plus tard il faille prendre le virage de la qualité en délaissant celui de l'accessibilité dont les objectifs seraient pour l'essentiel atteints. Tel n'est pas le cas. Les données de la scolarisation universitaire le démontrent. La Direction de l'UQAM ne souscrit pas à une vision des enjeux qui oppose accessibilité et qualité; elle a décidé de garder le cap sur l'accessibilité conjuguée à la qualité.
La qualité dans les conditions où nous oeuvrons, celle d'une université urbaine publique de grande taille, représente un véritable défi, un véritable combat.
Pour cela, nous avons décidé de mettre en œuvre tout un ensemble de nouveaux dispositifs regroupés autour d'un nouveau projet majeur qui s'appelle le Fonds à l'accessibilité et à la réussite des études et dont l'acronyme est le FARE :
L'accessibilité et la qualité, c'est aussi un projet de développement significatif aux cycles supérieurs, Maîtrise et Doctorat. Cette même accessibilité que nous poursuivons depuis 35 ans pour les étudiants dès le premier cycle, nous voulons la prolonger pour développer l'accès des étudiants au 2ème et au 3ème cycles en relation directe avec les besoins pressants de la société.
L'accessibilité et la qualité, c'est aussi pour nous une action systématique organisée par des programmes et des initiatives nouvelles d'ouverture et d'inclusion mis en place pour les nouvelles populations étudiantes de Montréal : allophones, immigrants récents, tranche d'âge active des 50 ans et plus, avec notre École des langues, notamment.
C'est aussi une politique de proximité pour les populations desservies par nos campus régionaux en concertation avec les autres établissements. En concertation et en complémentarité. Comme dans le cas du Pôle universitaire de la Montérégie.
L'UQAM déploie cette conception d'accessibilité - qualité aussi bien en recherche et en création.
Notre équipe mise sur les engagements, les acquis de l'UQAM dans les domaines où elle œuvre pour mettre le cap désormais sur un axe majeur qui traverse tous nos projets : celui de l'innovation sociale, en Sciences comme en Éducation, en Gestion comme en Lettres, Langues et Communications, en Sciences humaines et sociales, en Arts.
Nous le faisons avec nos centres, avec nos chaires, avec nos nouveaux instituts :
Nous ne faisons pas tout, nous ne sommes pas indéfinis, mais nous choisissons mieux ce qui nous définit le mieux, en complémentarité avec les autres établissements. On plaide beaucoup pour la valorisation économique et commerciale de la recherche; l'UQAM veut donner un solide coup de barre du côté de la valorisation sociale. Ce sera sa contribution.
Accessibilité et qualité, c'est aussi pour notre équipe un effort sans précédent pour rééquilibrer mieux la combinaison indispensable de l'enseignement et de la recherche.
Comme le soulignait McGill pour elle-même la semaine dernière, tous nos professeurs doivent enseigner. Mais il faut aussi que nous trouvions le moyen de mieux valoriser l'enseignement dans l'évaluation de la tâche professorale.
À l'Université, les chercheurs trouvent une grande fierté et un grand accomplissement au métier d'enseigner qui est aussi chemin de découverte.
Monsieur le Ministre, mon équipe et moi, et toute la collectivité de l'UQAM regorgent de projets.
C'est formidable de voir ce qui s'y passe et moi je les pousse en avant. Mais je dois à la vérité de vous dire que le fait de vouloir faire du développement positif dans nos champs spécifiques a pour effet d'exacerber à la limite du possible les contradictions entre la volonté, les potentiels formidables d'un côté, et le manque de moyens, de l'autre.
Il y a une limite à demander aux gens de faire plus, sans moyens, et elle est atteinte.
Depuis mon entrée en fonction, j'ai voulu bannir le mot NON de notre établissement : Si un projet est bon, on ne commence pas par lui dire : Non, on n'a pas d'argent. On dit Oui, et on ajoute : on va tout faire pour le financer.
Mais je vous avoue que cela me donne et nous donne à mes collègues et moi, souvent le vertige. Le genre de vertige que donne la quadrature du cercle que vous évoquiez. L'UQAM n'est pas à vendre; elle ne se vendra pas au plus offrant pour se développer. Elle est un établissement public, qui considère que les universités sont un bien collectif, un service public qui oeuvre dans le domaine des droits, c'est-à-dire, en l'occurrence, du droit à l'éducation et du droit d'accès à l'Université et au diplôme universitaire.
Mais que disent les données comparatives avec quelques établissements universitaires dont les vocations sont similaires à celle de l'UQAM. Au Canada anglais, par exemple, York et Simon Fraser.
En 1995-1996, l'UQAM recevait en moyenne 6 325 $ par étudiant alors que l'Université Simon Fraser en recevait 9 989 $. Cela veut dire que, pour chaque étudiant équivalent au temps complet, l'Université Simon Fraser recevait 3 664 $ de plus par étudiant.
Si on prend, pour chaque année, l'écart de financement moyen par étudiant entre l'UQAM et l'Université York, entre l'UQAM et l'Université Simon Fraser et entre l'UQAM et la moyenne des universités hors Québec de grande taille sans faculté de médecine en le multipliant par le nombre total d'EETC à l'UQAM à chaque année, le sous-financement de l'UQAM se présente comme suit :
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York |
Simon Fraser |
Moyenne HQ |
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1995-1996 |
14 155 774 $ |
114 067 648 $ |
24 604 695 $ |
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1996-1997 |
7 813 413 $ |
108 860 339 $ |
23 473 121 $ |
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1997-1998 |
36 344 842 $ |
131 298 454 $ |
49 007 310 $ |
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1998-1999 |
37 364 795 $ |
119 747 016 $ |
ND |
|
1999-2000 |
ND |
ND |
54 976 237 $ |
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2000-2001 |
ND |
ND |
55 536 486 $ |
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2001-2002 |
ND |
ND |
39 012 452 $ |
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2002-2003 |
ND |
ND |
30 041 463 $ |
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Moyenne 1995-2003 |
ND |
ND |
331 319 087 $ |
Note : Seules les lignes en caractères gras sont lues
Et je pourrais donner des repères comparables sur les ratios, les bibliothèques, les services, etc.
Mais ne prenons que les ratios étudiants professeurs :
Si l'on pense que ces conditions n'ont que peu à voir avec la qualité dans la formation, on se trompe ou on se fait illusion trompeuse!
Et pourtant, l'on proclame et l'on sait que l'Université n'est pas une dépense, mais un investissement. Pourquoi le gouvernement, sous votre houlette, Monsieur le Ministre, n'organise-t-il pas la plus grande mobilisation nationale et sociale jamais vue pour un investissement collectif public massif dans les universités?
C'est un choix. Le choix est possible. L'Ontario fait les siens. Le Québec peut et doit faire les siens.
J'illustre mon propos par un seul exemple : insuffisant mais non insignifiant : le Québec consacre plus de 300 millions de dollars par année au financement public de ses institutions privées aux autres ordres d'enseignement. L'Ontario ne le fait pas ou le fait en proportion très minime à hauteur de deux millions.
Accord ou désaccord avec ces choix, là n'est pas mon propos. Mais ces choix s'exercent et ils montrent que même dans une situation de précarité des finances publiques, les gouvernements ont des choix à faire et les font en pratique. Encore faut-il faire les bons! Vous voulez sans doute pouvoir dire à la fin de votre mandat, comme vous le dites aujourd'hui, que nos universités sont «top niveau». Mais si ce choix qui urge n'est pas fait, je soumets respectueusement que vous ne pourrez plus dire, dans trois ans, dans cinq ans qu'elles sont «top niveau».
La dégradation est commencée disaient déjà les recteurs au gouvernement il y a cinq ans :
Voilà ce dont nous devons nous occuper. Mais nous n'avons pas d'argent. Et les programmes de plus en plus ciblés de financement qui dictent à beaucoup d'égards le développement universitaire en formation et en recherche, réduisant les marges d'autonomie essentielles au progrès de la science et de la création, ne procurent rien à l'enveloppe de fonctionnement des universités.
Comprenons-nous bien : l'UQAM vit selon ses moyens. Nous n'avons pas de déficit accumulé, nous sommes en équilibre budgétaire partout, mais nous n'avons aucune marge de manœuvre qui vaille en dépit de l'embellie réelle du réinvestissement de 2000-2003. Et pourtant notre équipe est agitée de projets et de développement! Nous nous sommes dotés d'une politique institutionnelle de la propriété intellectuelle. Nous allons adopter bientôt une politique linguistique avant-gardiste axée sur la qualité du français et l'ouverture aux langues du monde. Nous révisons de fond en comble nos engagements internationaux et nous allons nous doter d'une nouvelle politique internationale.
L'université est un bien public ai-je dit et cela m'amène à commenter la responsabilité des universités à l'égard du développement régional.
Vous l'avez, dans vos remarques préliminaires, défini comme un enjeu national. Monsieur le Ministre, je partage entièrement votre vision. Je m'en réjouis.
Je ne vous dis pas cela par flagornerie ou pour obtenir de l'argent, mais si je vous dis que je ne dis pas cela pour obtenir de l'argent, vous ne me croirez pas !
Si cet enjeu est national, il doit s'agir d'un développement combiné et non pas disjoint comme s'il fallait choisir entre Montréal et les régions en opposant leurs besoins légitimes et leurs contributions spécifiques. Les universités montréalaises ont absolument besoin d'être soutenues et leur développement considéré comme une rampe de lancement essentielle pour le réseau universitaire dans son ensemble.
En même temps les universités en régions doivent être absolument soutenues, car il en va du développement économique, social, culturel démocratique du Québec dont bénéficient les universités de Montréal ou de Québec.
Ni abandon, ni saupoudrage mais politique de soutien stratégique diversifiée et combinée pour un grand réseau.
L'UQAM à Montréal, comme dans le réseau de l'Université du Québec, en particulier, prend et veut prendre pleinement sa part dans cet enjeu national avec les universités en région.
Nous le faisons pour nos programmes de manière exemplaire. L'UQAM délivre 106 programmes de maîtrises et de doctorats. Le quart d'entre eux sont partagés avec d'autres universités, dont 50 % de nos doctorats, et nous offrons ces programmes par extension aux universités en région. Nous voulons continuer de le faire plus et mieux.
Et c'est exactement et uniquement dans cet esprit que nous travaillons avec la TÉLUQ au projet de rattachement de nos établissements pour que la nouvelle plateforme organisationnelle qui naîtra de cette alliance soit un tremplin de développement exceptionnel pour l'ensemble du réseau et chacun de ses établissements.
Regrouper des forces pour mieux réaliser nos missions sur l'ensemble du territoire, telle est notre ligne.
Monsieur le président, Monsieur le Ministre, le réseau universitaire du Québec est un des plus beaux résultats de l'effort collectif des Québécois. Il s'est développé essentiellement depuis 30 ans par l'investissement des fonds publics et l'effort des contribuables. Ce choix s'est accompagné de la sollicitation d'une contribution relativement modeste des étudiants, étudiantes à la formation universitaire.
On peut d'ailleurs noter que ceux qui revendiquent le maintien de cette contribution à son niveau actuel, reconnaissent en même temps le principe d'une contribution étudiante. Ce qui n'est pas le cas de tous, car d'aucuns préconisent la gratuité et pas seulement des étudiants mais des personnalités comme John Ralston Saul qui estiment, à bon droit, qu' : « Un baccalauréat, aujourd'hui, c'est à peu près, dans notre civilisation, l'équivalent de douze années d'éducation il y a cent ans (...) l'éducation universelle et publique est un synonyme pour la démocratie. Ce n'est pas un accident si l'on trouve un lien entre l'arrivée de l'éducation publique et la floraison des services publics inclusifs (...) Au Canada, il y a eu une progression graduelle vers l'éducation totalement gratuite. Cela a commencé dans certaines provinces avec l'école primaire au milieu du 19e siècle, puis c'est arrivé jusqu'au secondaire, jusqu'au cégep et l'éducation supérieure, au moins pour le baccalauréat, attend maintenant son tour. (...) Le moment est venu que l'éducation publique au niveau du baccalauréat soit gratuite au Canada. »
Cette interpellation ne devrait laisser personne indifférent. Entre-temps, comme tous le reconnaissent aussi, les hausses des contributions des droits de scolarité imposées aux étudiants sont partout le levier d'une réduction de la part relative des fonds publics.
Le Québec ne devrait pas faire ce choix. Il importe plus que jamais de ne pas dévier de l'effort collectif et de ne pas desserrer la pression sur la nécessité majeure de l'investissement public.
Les hausses de droit, même limitées, sont partout la porte d'entrée d'autres dérégulations et nous font entrevoir le retour à des époques qu'on croyait révolues, à savoir la fréquentation de certains établissements ou de certaines disciplines en fonction de la fortune des individus, même avec des prêts!
Le Québec ne devrait pas faire ce mauvais choix mais plutôt garder le cap sur la responsabilité collective publique et c'est pourquoi la direction de l'UQAM souscrit au maintien du gel.
Je conclurai Mesdames, Messieurs, par un commentaire sur un des points soulevés dans le document de consultation, le point 3.6 intitulé « Les interventions du gouvernement fédéral ».
J'ai beaucoup aimé ces deux pages qui disent la vérité :
1) Sur le fait que le gouvernement fédéral, qui ne détient aucune prérogative en éducation, restructure à grands coups de millions notre système universitaire d'enseignement et de recherche, alors que le Québec dont c'est la prérogative se voit de plus en plus relayé à la portion congrue des choix et des décisions de véritable portée.
2) Sur le fait que toute intervention fédérale déterminante, outre l'ingérence unilatérale, ne procède que par initiatives ciblées, laissant le Québec incapable de pourvoir adéquatement l'enveloppe de financement globale des universités elles-mêmes.
« On ne pourra pas passer sous silence le problème lancinant du déséquilibre fiscal canadien qu'il faudra bien prendre en mains le plus tôt possible » dit le document de consultation.
Nous endossons entièrement ce diagnostic qui appelle à l'action.
Alors Monsieur le Ministre, je vous prends au sérieux lorsque le document de consultation plaide dans la foulée de la Commission Séguin, pour le transfert de points d'impôt aux provinces qui devraient être inconditionnels, et lorsqu'il dit qu'il faudra aussi réexaminer la participation du gouvernement fédéral au financement de l'enseignement et de la recherche universitaires... et qu'enfin l'ensemble des interventions du gouvernement fédéral dans le domaine de l'éducation devront être revues à la lumière des propositions de la Commission sur le déséquilibre fiscal.
Je vois qu'ici Monsieur le Ministre vous prenez position. sans allusion à la signature de l'UQAM! Mais je veux vous dire aussi une chose : si vous voulez agir, sachez que nous sommes prêts!
Et permettez-moi en terminant de vous dire que le mémoire de l'UQAM a reçu l'appui de la grande majorité des associations étudiantes, du Syndicat des employés de soutien et du Syndicat des chargés et chargées de cours de l'UQAM.
Merci Monsieur le Président et merci Monsieur le Ministre.
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