Louis Brunet
Professeur au Département de psychologie de l'UQAM
- 23 mai 2007
Ainsi donc on apprend que madame la Ministre Jérôme-Forget avait rencontré l'ex-recteur de l'UQAM et était au courant du désastre à venir. Madame la Ministre a affirmé en entrevue, non seulement avoir rencontré monsieur Roch Denis mais lui avoir dit que son projet de PPP ne tenait pas debout avant de lui donner son congé!
S'il est vrai que la Ministre des finances avait vu venir le désastre financier, comment se fait-il qu'elle ait assisté passivement à la déconfiture? Elle qui en connaissait pourtant les conséquences pour une institution d'enseignement supérieur subventionnée par l'état. Elle devait pourtant être consciente que ce désastre annoncé allait non seulement pénaliser l'UQAM mais aurait nécessairement des répercussions sur la santé financière de l'état. La Ministre ne ressentait-elle aucun sentiment de responsabilité devant un tel échec annoncé d'une institution québécoise si importante? Dans la vie civile, on assimilerait cela à de la non-assistance à personne en danger!
Il est tout aussi désolant de constater que plutôt qu'intervenir pour aider l'UQAM à se redresser alors qu'il en était encore temps, le gouvernement, par le bras de son ministère de l'éducation décide plutôt d'aggraver le problème en refusant de verser plus de 58 millions de dollars qui sont dus à l'institution. Où est la logique? La Ministre savait qu'un recteur dérivait, elle laissait faire, puis devant la difficulté financière subséquente on en rajoute en retenant les subventions, contraignant l'UQAM à puiser dans sa marge de crédit, occasionnant des frais d'intérêts de quelques 5 millions de dollars. Encore une fois, où est la logique? Par son inaction au moment approprié, par son absence de soutien de toutes les institutions d'enseignement supérieur, par la retenue des 58 millions qui sont dus à l'UQAM, non seulement le gouvernement met en péril la qualité de l'enseignement mais il ajoute au fardeau financier de l'UQAM. Qui croyez-vous va finalement payer pour les millions de dollars d'intérêts que coûte annuellement à l'UQAM la «punition» imposée à celle-ci? Au bout du compte c'est le contribuable québécois qui fera les frais de l'irresponsabilité du gouvernement et de son imposition d'une «punition» illogique.
Il est bien difficile à l'heure actuelle de savoir qui a fauté dans le dossier de l'UQAM; du recteur, de Busac, du conseil d'administration. Cependant, on s'attendrait de la Ministre et du gouvernement à une tentative de sauvetage. En lieu et place, on se vante sur la place publique d'avoir prévu le désastre tout en imposant des punitions financières à une institution publique déjà incapable de payer.