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À la défense de l'UQAM : messages d'appui
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L'UQAM reste fidèle à sa mission

Claude Corbo
Professeur de science politique à l'UQAM et recteur de 1986 à 1996
- 12 septembre 2007

Selon Le Devoir (édition des 8 et 9 septembre 2007), la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, voit dans la crise financière de l'UQAM «une occasion pour l'UQAM de se recentrer sur sa mission, telle que définie au moment de sa création». Le Devoir cite encore la ministre: «Rappelons-nous qu'à l'origine, c'était une mission sociale. Quels sont les éléments essentiels, fondamentaux, pour répondre à cette mission?» Cette intervention me rend personnellement fort perplexe, pour ne pas dire plus. Elle soulève certainement deux questions cruciales: l'UQAM aurait-elle abandonné sa «mission telle que définie au moment de sa création»? Et quels sont les éléments essentiels de cette mission?

La Loi de l'Université du Québec

Quand on s'interroge sur la mission de l'UQAM, il faut d'abord se référer à la Loi de l'Université du Québec (UQ), adoptée en décembre 1968 et toujours en vigueur. Selon cette loi, chaque université constituante du réseau de l'UQ assume une mission fondamentale permanente. Ainsi, l'UQAM «a pour objet l'enseignement supérieur et la recherche; elle doit notamment, dans le cadre de cet objet, contribuer à la formation des maîtres. Elle peut également offrir des services à la collectivité qu'elle dessert» (article 30).

Depuis 1969, l'UQAM s'en est très précisément tenue à cette mission fondamentale permanente. Elle a développé, avec l'accord du ministère de l'Éducation et des organismes universitaires externes compétents, des programmes d'études aux trois cycles tout en demeurant fidèle aux grands domaines disciplinaires dont elle avait hérité à sa création.

Elle a développé des activités de recherche financées pour l'essentiel par des organismes subventionnaires publics fédéraux et provinciaux, sur la base de recommandations favorables de comités de pairs, et par des contrats octroyés à ses chercheurs par des organismes publics ou des entreprises privées, comme dans toutes les universités québécoises. Elle a innové en matière de services à la collectivité, ce que reconnaissent volontiers les milieux intéressés. Elle a décerné près de 170 000 diplômes. L'UQAM a donc été tout à fait fidèle à la mission fondamentale permanente que la loi lui assigne.

Des pratiques spécifiques

L'UQAM a aussi été créée pour réaliser cette mission fondamentale permanente dans une perspective d'accessibilité. Elle a ainsi mis en oeuvre des pratiques spécifiques pour faciliter l'accès aux études universitaires de groupes sociaux longtemps exclus de cet ordre de formation. Par exemple: implantation au centre-ville, cheminement à temps partiel, cours du soir, admission sur la base de l'âge et de l'expérience professionnelle, autant d'acquis préservés à ce jour. Cela constitue sans doute la «mission sociale» dont parle la ministre Courchesne.

L'UQAM se serait-elle éloignée de cette mission sociale? Il y a 40 ans, il était nécessaire que l'UQAM s'engage dans un vaste effort de rattrapage. Il fallait de toute urgence assurer une formation universitaire à de nombreux adultes qui n'avaient pas pu accéder à l'université à l'âge usuel en raison de carences majeures dans l'enseignement secondaire et préuniversitaire québécois d'avant les réformes des années 60. L'UQAM a plus que joué son rôle. Mais cette forme de la mission sociale de l'UQAM correspondait aux besoins des années 70. Depuis lors, en raison du développement de la formation secondaire et préuniversitaire publique, la scolarisation universitaire québécoise a atteint des niveaux comparables à ceux des autres pays semblables.

Il s'ensuit que la «mission sociale» de l'UQAM d'aujourd'hui et de demain ne peut plus être définie dans les termes valides au moment de sa création, en 1969.

D'hier et d'aujourd'hui

Cela dit, l'UQAM maintient sa volonté de démocratiser et de rendre accessibles les études universitaires, notamment à des jeunes dont les parents n'ont pas d'antécédents universitaires, à des personnes en situation de travail (au premier cycle, 45 % des personnes inscrites cheminent à temps partiel) et aux femmes, qui forment 63 % des inscrits au premier cycle et 55 % aux études supérieures. [...]

Si la ministre croit que l'UQAM s'est éloignée de sa «mission d'origine», il lui incombe d'en faire une démonstration probante et d'illustrer, autrement que par des remarques imprécises et vagues, comment l'UQAM pourrait mieux recentrer sa mission. Autrement, elle risquera de désavouer ses prédécesseurs qui ont approuvé des développements proposés par l'UQAM.

«Quels sont», demande la ministre selon le même journal, «les éléments essentiels, fondamentaux, pour répondre à cette mission de l'UQAM?». Plusieurs éléments sont essentiels à la poursuite de cette mission.

Il est essentiel que la ministre de l'Éducation et le gouvernement du Québec expriment à l'UQAM la confiance et le respect que justifient les réalisations passées de l'établissement, ainsi que leur volonté résolue de concourir au redressement de l'université. Cela exige de la ministre des propos clairs et justifiés sur la mission de l'UQAM.

Il est vrai que l'UQAM a été engagée dans des développements immobiliers hasardeux. Cependant, on ne peut pénaliser de ces errances les 40 000 étudiants ni le personnel de l'UQAM comme s'ils en étaient responsables, d'autant moins que des mécanismes internes et externes précisément préposés au contrôle des grandes décisions institutionnelles de l'université n'ont visiblement pas mieux réussi à empêcher des entreprises immobilières malheureuses. [...]

Il est essentiel que l'UQAM continue à oeuvrer dans les grands champs disciplinaires où elle intervient depuis ses débuts. Il s'agit ici d'une université, non d'une école spécialisée. Par ailleurs, chacun de ces grands champs disciplinaires a une pertinence sociale, économique et culturelle certaine. Cela ne signifie pas pour autant qu'on doive maintenir chaque cours, chaque option de programme, chaque programme, chaque pratique pédagogique. On peut demander à l'UQAM de mieux cibler ses efforts et de savoir abandonner des activités qui ne sont plus possibles ni désirables, cela dût-il déranger. Mais cela n'apportera aucune guérison miraculeuse, au mieux un peu moins de souffrance.

Il est essentiel que l'UQAM poursuive son engagement aux études supérieures et en recherche et création. On ne saurait invoquer une vague et imprécise «mission sociale d'origine» pour ramener à terme l'UQAM au seul enseignement de premier cycle. Certains ont déjà entretenu ce rêve d'enfermer ainsi l'UQAM dans un rôle amoindri. Ce débat a été réglé il y a longtemps. Par ailleurs, aujourd'hui, l'accessibilité des études universitaires, c'est aussi l'accès d'un nombre grandissant de personnes aux études de maîtrise et de doctorat dans un milieu vivifié par un vigoureux effort de recherche et de création. [...]

Il est essentiel de replacer la crise financière de l'UQAM dans son vrai contexte. L'ensemble des universités québécoises, notamment les plus riches, se déclarent sous-financées de l'ordre d'au moins 300 millions de dollars au fonctionnement. Comment peut-on pouvoir s'imaginer faire grief à l'UQAM d'invoquer un sous-financement chronique qui remonte aux années 70? Ce sous-financement n'a été que très incomplètement et partiellement corrigé par le gouvernement au fil des ans. Il est visible, à quiconque se donne la peine d'observer les chose, que le degré de richesse de l'UQAM à tous égards est bien inférieur à celui des universités plus anciennes.

Sortir de la crise

Dans ces conditions, il est difficile pour la communauté de l'UQAM de se convaincre de la nécessité de pratiquer une austérité encore plus grande. L'UQAM court le risque d'un endettement périlleux? Quelle université peut faire la leçon à l'UQAM en matière d'équilibre budgétaire? L'UQAM devra bien faire des efforts rigoureux pour assainir sa situation financière, mais elle ne pourra pas faire de miracles à court terme, et il faut se souvenir que d'autres universités québécoises ont choisi de résorber un déficit accumulé sur une très longue période.

Quant à l'immobilier, les universités québécoises sont très inégalement dotées. Il a fallu plus de 35 ans pour doter l'UQAM d'un parc immobilier permettant d'éviter à ses étudiants d'être parqués dans des locaux de fortune et de se trouver traités comme des universitaires de seconde classe.

Bien sûr, il incombe toujours à toute université de gérer ses fonds le plus rigoureusement possible; de savoir remettre en cause des activités dont l'intérêt et la pertinence ont diminué et disparu; de choisir avec discernement les développements à privilégier. Cependant, de telles pratiques de gestion ne font pas disparaître une situation de sous-financement; au mieux, elles limitent les dégâts. L'UQAM a ses responsabilités, l'État a les siennes. Il ne faut pas confondre les deux.

J'ai été témoin, au cours de l'histoire de l'UQAM, de périodes particulièrement difficiles, critiques même pour le devenir de l'établissement. Cela n'a pas empêché un développement à maints égards remarquable que mesurent particulièrement celles et ceux qui ont vécu toute l'histoire de l'université depuis 1969. L'UQAM se retrouve encore plongée dans une crise difficile; cela fait très mal. Mais il est nécessaire -- et je suis convaincu qu'il est possible -- d'en sortir, pour autant que toutes les parties impliquées reconnaissent les éléments essentiels à la poursuite réussie de la mission de l'UQAM.

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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 13 septembre 2007