Pierre Filiateault
Doyen de l'ESG UQAM
- 18 septembre 2007
Monsieur le Premier Ministre,
Durant le week-end, vous avez souligné avec justesse que «le Québec a besoin de cerveaux… pour atteindre son plein développement économique». Je suis d'accord avec vous. Mais... c'est là que le bât blesse. L'UQAM et son École des sciences de la gestion (ESG UQAM) représentent justement un levier de développement économique important pour le Québec. Or, le redressement budgétaire exigé, de plus de 300 M$ sur cinq ans, alors que le budget de fonctionnement annuel est de l'ordre de 320 M$, ne peut se faire sans mettre en péril la réalisation de notre mission actuelle. Ce fait est difficilement contestable pour quiconque connaît les données présentées dans le plan de redressement soumis à l'Assemblée des gouverneurs de l'Université du Québec et à la ministre de l'Éducation. Telle est pourtant la demande qu'adresse cette dernière aux membres de la direction de l'Université. Lorsque la ministre dit éprouver le «sentiment d'être en train de donner un cours de gestion 101» aux gestionnaires de l'Université la moins bien financée à Montréal, il y a plutôt lieu de se questionner sur la gestion du gouvernement dans le dossier de l'enseignement supérieur au Québec et sur sa vision du rôle de l'éducation dans notre société.
À mon sens, ce qui est le plus révoltant dans le contexte actuel de la crise financière que traverse l'UQAM, c'est que le dérapage du développement immobilier, qu'on ne peut nier, puisse faire ombrage aux nombreuses réalisations de notre Université.
Depuis près de 40 ans, l'ESG UQAM forme des gestionnaires compétents, créatifs, intègres, critiques et socialement responsables. Cela représente près de 60 000 diplômés issus de nos programmes en gestion, dont plusieurs ont accédé à des postes importants dans les organisations québécoises et à l'étranger. Dans les années 70, 47 % des employeurs de la région de Montréal étaient francophones, alors qu'en 2008 c'est plus de 67 %. Le portrait a radicalement changé et il ne faut pas sous-estimer le rôle joué par l'ESG UQAM dans ce virage important.
École de gestion novatrice, accessible et multidisciplinaire, l'ESG UQAM détient l'accréditation EQUIS, un label de qualité qui distingue les meilleures écoles de gestion à vocation internationale au monde. Elle offre des cours aux trois cycles et elle est l'une des facultés/écoles de gestion les plus actives en recherche au Canada. Présentement, plus de 12 400 étudiants sont inscrits dans ses programmes, dont près de 1 500 proviennent de l'étranger.
Plusieurs centaines de nos étudiants foulent à chaque année le sol étranger pour poursuivre leurs études dans l'une des 32 universités partenaires de l'École ou pour réaliser une activité internationale. Notre MBA pour cadres est offert avec succès dans une douzaine de pays. Ce programme est classé premier à Varsovie par le mensuel polonais Home & Market, et notre MBA donné conjointement avec l'Université Paris-Dauphine est classé quatrième en France. Le rayonnement international de l'École est non seulement un facteur de développement important pour elle, mais aussi pour l'UQAM, pour Montréal et pour tout le Québec.
L'École est une véritable ruche où tous et chacun participent aux missions d'enseignement, de recherche et de services à la collectivité. Elle compte 225 professeurs à temps plein, 400 chargés de cours, une centaine d'employés, des unités de recherche ancrées dans leur milieu, une association étudiante des plus dynamiques, un Centre de perfectionnement, un Centre de gestion de carrière, un Centre d'entrepreneuriat et le Réseau ESG UQAM par lequel elle garde le contact avec ses diplômés.
De toute évidence, l'École des sciences de la gestion est un instrument de développement économique pour Montréal et pour tout le Québec, et ses diplômés y jouent un rôle de premier plan. Ses nombreux partenariats avec les organisations du milieu lui assurent un positionnement unique au Québec, dans plusieurs domaines d'expertise. Sa notoriété, bâtie au fil des ans, et ses nombreuses réalisations ne devraient pas faire les frais des difficultés financières actuelles. Au contraire, il faut mettre en valeur ces acquis et défendre l'engagement qui anime les employés, professeurs, chargés de cours, étudiants, diplômés et partenaires de l'ESG UQAM. Ces milliers d'individus croient en notre institution et méritent que le gouvernement reconnaisse aussi sa contribution à la société.
Je vous demande, Monsieur le Premier Ministre, d'intervenir pour aider à trouver une solution acceptable qui permettra à l'École des sciences de la gestion et à l'UQAM de continuer à remplir leur mission et leurs rôles sociaux et économiques, dans un cadre budgétaire réaliste.
Et malgré les vents contraires qui rendent le parcours difficile, l'ESG UQAM continue de maintenir le cap sur l'excellence.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de ma haute considération.