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Impôts payés et impôts reportés
par les
compagnies canadiennes en 1999 : de la
prétention à la réalité -
Plaidoyer pour un impôt minimum
Montréal, le 14 novembre 2000 -- Léo-Paul
Lauzon, professeur au Département des sciences comptables et
titulaire de la Chaire détudes socio-économiques
de lUQAM, rendait publique aujourdhui une étude portant
sur les impôts payés et ceux reportés par les grandes
compagnies canadiennes en 1999, qui plaide également pour un
impôt minimum pour les entreprises, à linstar dautres
pays tels les États-Unis. À lheure où les
grandes corporations revendiquent une réduction massive dimpôts
afin, supposément, de stimuler la recherche, lemploi, linvestissement
et la croissance économique, quen est-il réellement
de leurs contributions aux recettes fiscales des gouvernements? Selon
létude réalisée à partir des états
financiers de 390 firmes canadiennes pour lannée fiscale
de 1999, les faits sont troublants à cet égard. La réalité
objective est fort différente de celle que les élus et
le patronat nous présentent.
1 | Impôts payés (1999) :
- 158 compagnies (40,5 %) ont enregistré
des profits nets de 25,6 milliards $, mais nont payé que
2,6 milliards $ dimpôts (fédéral et provincial),
soit un taux moyen dimpôts réel de 10,2%. La réalité
est alors très en deça du taux statutaire dimpôts
de 46,6%, tel quavancé par ces entreprises et par le ministre
fédéral des finances Paul Martin.
- 103 firmes (26,4%) ont totalisé des profits de 11,3 milliards
$, mais nont déboursé en impôts (fédéral
et provincial) que 394,5 millions $, ce qui équivaut à
un taux moyen réel dimpôts de 3,5%.
- 33 entreprises ont enregistré 1.8 milliard $ de profits sans
avoir eu à payer un seul sou dimpôts. Mieux, 13 dentre
elles ont bénéficié dun remboursement dimpôts
totalisant 78 millions $, même si elles ont engrangé 812
millions $ de bénéfices.
2 | Impôts reportés (1999) :
- Les 390 entreprises étudiées affichaient
à leur bilan de 1999 un solde cumulatif dimpôts reportés
totalisant 30 milliards $. De ce lot, 20 entreprises assumaient à
elles seules 21 milliards $ en impôts reportés. À
ce titre, les championnes du report dimpôts étaient
les compagnies CN (2,8 milliards$), Seagram
(2,7 milliards $) et Canadien Pacifique (2,6 milliards $).
- Grâce à lartifice comptable que constitue le report
dimpôts, 7 grandes corporations (Alberta Energy, Crestar
Energy, Téléglobe, Canadien National, Air Canada, Molson
et Domtar) ont réussi à inscrire à leurs états
financiers un taux dimpôts moyen de 42%, alors que dans
les faits, leur taux dimpôts réellement payés
na été que de 1%. Cest ainsi que sur des profits
totaux de 2,4 milliards $, ces 7 entreprises nont payé
que 33 millions $ dimpôts, réussissant à reporter
indéfiniment 981 millions $ dimpôts qui, bien que
constituant une charge fictive, apparaissent néanmoins bel et
bien dans leur état des résultats à titre de dépense
dimpôts.
Il est donc faux daffirmer que les compagnies croulent sous les
impôts et quelles ont de plus en plus de difficultés
à obéir aux impératifs du marché à
cause des ponctions fiscales de lÉtat. Tous ces arguments
fallacieux font partie dune vaste opération de conditionnement
idéologique en faveur des prérogatives des grandes corporations
privées dans le contexte actuel de la mondialisation (baisse
massive dimpôts, réduction substantielle de la dette,
privatisations des services publics, déréglementation
de lenvironnement et du marché du travail, coupures additionnelles
dans les programmes sociaux, etc.).
2 | La nécessité dun impôt minimum
des compagnies
Il est plus que nécessaire que les gouvernements
instaurent lapplication dun impôt minimum sur les
profits substantiels des compagnies. Un taux modeste dimpôt
de 20% (10% au fédéral et 10% au provincial) appliqué
aux seules 158 compagnies étudiées qui ont payé
moins de 20% dimpôts sur le revenu, aurait généré,
en 1999, 2,5 milliards $ de recettes fiscales gouvernementales additionnelles.
Avec des bénéfices nets de plusieurs millions de dollars,
il est anormal, voire frauduleux, que plusieurs entreprises paient peu
ou pas dimpôts sur le revenu, et que certaines reçoivent
même des remboursements du fisc. En 1993, le Premier ministre
Jean Chrétien lui-même sindignait déjà
de ce phénomène lorsquil affirmait : " Je pense
quil est inacceptable quil y ait des contribuables qui ne
paient absolument rien en impôts dans une année avec de
gros revenus et quil va falloir regarder la possibilité
dinstaurer un impôt minimum ". Sept ans plus tard,
tout cela nest demeuré que vu pieux car, sous le
régime des libéraux fédéraux, non seulement
le laxisme fiscal envers les compagnies sest de plus en plus étendu,
mais lors du dernier mini-budget de Paul Martin le gouvernement fédéral
a décrété de substantielles baisses d'impôt
aux entreprises pour lesquelles le taux statutaire d'impôts fédéral
passera de 28% à 21%.
Rappelons-le, il est de la responsabilité de lÉtat
de promulguer des politiques fiscales plus équitables afin que
toutes les catégories de contribuables fournissent leur juste
part à leffort fiscal. Le rétablissement de léquité
fiscale grâce à un impôt minimum sur les profits
des compagnies, à l'élimination de l'évasion fiscale
dans les paradis fiscaux et à la diminution des abris fiscaux
et des impôts reportés des entreprises seraient, selon
nous, un signe tangible en faveur dune plus juste redistribution
de la richesse collective.
Renseignements : Chaire d'études socio-économiques
de l'UQAM
Léo-Paul Lauzon, titulaire, (514) 987-3000, poste 3954#.
Luciano Benvenuto, directeur, (514) 987-3000, poste 7841#,
Site Internet : www.unites.uqam.ca/cese
(étude disponible sur le site)
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Source : Francine Jacques, conseillère en relations
de presse
Tél. : (514) 987-3000, poste 7954; téléc. : (514)
987-3251
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