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Le ministre Joseph Facal (à gauche) reçoit le trophée Reconnaissance UQAM 2002 des mains du doyen de la Faculté de science politique et de droit, Jacques Lévesque.  
   
 
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Allocution prononcée par M. Joseph Facal
Ministre d’État à l’Administration et à la Fonction publique
et Président du Conseil du Trésor
Le jeudi 25 avril 2002
Hôtel Inter-Continental de Montréal

Mesdames et messieurs,

Je voudrais d’abord vous remercier tous et toutes pour l’accueil si aimable qui nous a été réservé ce soir à moi et à ma conjointe. Je remercie aussi, bien sûr, les membres du jury qui se sont souvenus de moi, en particulier le doyen Jacques Lévesque, qui fut mon professeur il y a longtemps. Les professeurs qui marquent leurs élèves pour la vie sont ceux, comme lui, qui choisissent d’être exigeants à l’endroit de leurs élèves plutôt que de leur faire plaisir.

L’honneur qui m’est fait ce soir me touche beaucoup plus profondément que vous ne pourriez le croire. J’ai fait un long parcours universitaire jusqu’au doctorat à Paris, mais mes années à l’UQAM furent les plus merveilleuses.

C’est à l’UQAM que j’ai commencé — à une époque où l’on encourageait le débat d’idées dans notre société plutôt que de glorifier comme aujourd’hui la recherche du consensus mou — à étudier les vrais grands auteurs, ceux qui, bien plus que de nous aider à comprendre le monde qui nous entoure, nous aident à conduire notre vie, à retrouver ce chemin qui nous ramène à la partie la plus profonde de nous-même. J’ai acquis ici un bagage intellectuel que j’ai toujours cherché depuis à fructifier et que je chérirai toute ma vie.

L’honneur de ce soir me touche pour une autre raison. Quand vous êtes le ministre chargé de déterminer de quel budget va disposer chaque ministère, que vous devez veiller quotidiennement à ce que le gouvernement ne dépense pas l’argent qu’il n’a pas, que vous êtes aussi l’employeur qui négocie les conditions de travail de tous les employés des secteur public et parapublic, vous ne gagnez pas souvent des concours de popularité. Alors les marques de reconnaissance comme celle de ce soir, vous les prenez quand elles passent.

Je ne me considère pas comme un homme politique de carrière, mais davantage comme un universitaire ou un intellectuel engagé temporairement dans l’action politique pour faire aboutir un projet national encore inachevé. À chacun son projet, mais être ministre pour être ministre, de ceci un jour, de cela un autre jour, sans projet collectif à réaliser, ça n’a pour moi aucun intérêt.

Je crois que c’est Raymond Aron qui disait ne pas vouloir entrer en politique pour pouvoir se consacrer à comprendre. Il est vrai que je n’ai pas autant de temps pour la réflexion que je le souhaiterais, mais on peut également — comme je le lisais récemment je ne sais où — être un homme d’action et être angoissé par les enjeux intellectuels, historiques, moraux de nos choix politiques, surtout quand on voit à quel point la réalité est infiniment plus complexe que les modèles avec lesquels on essaie de la comprendre. Chose certaine, le jour où je quitterai la vie politique, j’aimerais revenir à la vie universitaire.

Une dernière chose. Dans une société comme la nôtre qui valorise l’éducation moins qu’elle ne se l’imagine, qui manque encore de confiance en elle-même, où trop de diplômes vous rendent suspect d’intellectualisme prétentieux, dans une société où l’on confond le droit de chacun à son opinion avec l’idée (fausse bien sûr) que toutes les opinions se valent, je prie la communauté universitaire de l’UQAM et du Québec de continuer à lutter pour que l’Université, sans pour autant devenir un sanctuaire déconnecté, demeure un lieu de liberté intellectuelle absolue, où tous les points de vue seront accueillis et examinés sans restriction aucune, et pas seulement ceux que les bailleurs de fond, le marché ou l’opinion publique jugent rentables à court terme.

Nous perdrions ce que l’Université a d’unique, de précieux depuis des siècles si nous laissions les critères de productivité, de rentabilité, de besoins du marché à combler devenir les seuls étalons de mesure de la vie universitaire. Depuis les débuts du Moyen Âge, l’Université a pour vocation fondamentale le développement de la personne, la formation de l’esprit, et c’est de cette façon qu’elle contribue au développement économique et social. Puisse-t-elle demeurer le lieu par excellence où régnera la joie pure de connaître et de comprendre, de repousser sans cesse les frontières de la science et de la culture, et de poursuivre la libre recherche de la vérité.

02-040

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