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La respiration océanique : source principale de
CO2 de la biosphère
Montréal, le 31 janvier 2003 - Paul del Giorgio, professeur au Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), apporte un nouvel éclairage sur le fonctionnement de l'océan, notamment la respiration océanique, dans un article récemment publié dans Nature, en collaboration avec Carlos Duarte de l'Instituto mediterraneo de Estudios Avanzados de Majorque en Espagne. L'article est commenté dans le bulletin UQAM Sciences Express qu'on peut consulter à l'adresse suivante : www.sciences.uqam.ca/scexp/27janv03.html#rech4 L'océan est le plus grand écosystème de la planète. Son rôle dans le fonctionnement de la biosphère demeure une source de débats au sein de la communauté scientifique. La vision traditionnelle suppose que, sur un cycle annuel, la production primaire de l'océan, soit la photosynthèse (CO2 -> O2 et matière organique), est essentiellement en équilibre avec la décomposition de la matière organique, et qu'une petite fraction de la matière organique produite est exportée vers les couches profondes, où elle s'enfouit à long-terme. Dans des publications précédentes, del Giorgio et Duarte étaient parmi les premiers à suggérer que de vastes étendues des océans étaient hétérotrophes d'un point de vue biologique, c'est-à-dire que le métabolisme des organismes aquatiques (respiration), excédait la la photosynthèse des algues (ex. del Giorgio et al., Nature 385: 148-151, 199; del Giorgio and Cole, Nature 388: 133, 1997). Le fait que ces mesures métaboliques suggèrent que l'activité biologique représente une source de CO2 pour l'atmosphère dans plusieurs régions océaniques a lancé une controverse qui se poursuit encore aujourd'hui. Tout ce débat est centré autour de mesures provenant des strates illuminées de surface, là où se produit la photosynthèse. Cette couche d'environ 200 mètres ne représente qu'environ 5% du volume des océans. Jusqu'à tout récemment, le métabolisme se produisant dans les couches profondes et obscures de l'océan était considéré quantitativement négligeable et n'a reçu que peu d'attention. Dans leur plus récente contribution à ce débat important, del Giorgio et Duarte (« Respiration in the Open Ocean », Nature 420: 379-384, 2002) propose une vision alternative du fonctionnement de l'écosystème océanique basée sur une synthèse des données existantes et sur une analyse approfondie de la respiration océanique. Cet article présente les premières estimations de la respiration totale de l'océan qui collige non seulement les couches de surface mais aussi les couches plus profondes et abyssales. Ils suggèrent que, contrairement aux préceptes, près de la moitié de la respiration totale se produit dans les couches obscures et profondes de l'océan. Une des principales conclusions de cet article est que la respiration océanique serait possiblement la source principale de CO2 de la biosphère, comparable sinon supérieure à la respiration des sols qui étaient jusqu'à présent considérée comme la plus grande source de CO2. Del Giorgio et Duarte suggèrent également que les valeurs de production primaire océanique globale devront être revues à la hausse afin de boucler le bilan apparent de la respiration. Selon des calculs de métabolisme des couches intermédiaires (entre 200 et 1000 mètres de profondeur), les auteurs remarquent que les modèles biogéochimiques courants sous-estiment grandement l'exportation de carbone vers les couches profondes, de quoi influencer les priorités de recherche pour les prochaines décennies. Renseignements : Paul del Giorgio - 30 - |