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Intervention de Bertrand Delanoë à la remise de son titre de docteur honoris causa

Monsieur le Recteur,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Consul général,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Quel honneur pour moi d'être convié à ce moment que je vis avec émotion mais humilité. Cet hommage, en effet, dépasse de très loin ma personne : il célèbre d'abord Paris et l'exceptionnelle qualité des liens qui unissent nos peuples. Je voudrais donc dire ma reconnaissance aux responsables de l'Université du Québec, et en particulier à ceux de son département d'études urbaines et touristiques, à l'origine de cette initiative.

A travers elle, en vérité, vous saluez tous les animateurs de la vie publique, ces femmes et ces hommes qui, partout sur la scène mondiale, s'engagent pour défendre des valeurs et des projets au sein de cet espace vivant qu'on appelle la ville. Là où l'essentiel de l'humanité résidera au cours de ce siècle. La ville agrège les grands enjeux du moment. Elle est un territoire de contrastes où l'accumulation de richesses côtoie l'exclusion. Où les pratiques nées d'une diversité sociale féconde, ne parviennent pas toujours à faire taire l'intolérance, les discriminations raciales ou l'antisémitisme. La ville est l'échelle pertinente où, souvent à tâtons, s'élaborent les solutions aux défis actuels : accès à l'éducation, cohésion sociale, droit aux soins, sécurité ou mode de développement respectueux des générations futures. C'est aussi dans nos cités que s'expriment les angoisses liées à la mondialisation. De plus en plus, nos concitoyens éprouvent le sentiment oppressant d'une perte de repères. Pour beaucoup d'entre eux, en effet, cet univers globalisé reste illisible et paraît trop indifférent à leur bien être et à leur devenir. Car notre époque renvoie à un futur incertain. Elle est en proie à l'irrationnel, à la peste terroriste ainsi qu'à la montée des intégrismes religieux. Et c'est à cet ensemble de problématiques - souvent vertigineuses - que sont confrontés les élus de proximité, que j'ose parfois qualifier «d'ingénieurs de la démocratie». Inlassablement, ils tentent de donner toujours plus de cohérence à cette ruche foisonnante où se croisent des destins, dans une alchimie si complexe à saisir.
Au quotidien, ils impulsent donc des changements dont les formes sont multiples : inventer de nouveaux dispositifs de solidarité, soutenir sur le terrain les associations spécialisées, repenser les rythmes de la cité, promouvoir les nouvelles technologies, favoriser le dialogue inter générationnel ou bien porter les projets d'urbanisme qui remodèlent le visage d'une ville.
Plus que jamais, cette réalité implique d'approfondir, sans cesse, les termes de l'action collective. C'est là encore, un défi de la civilisation urbaine, à l'heure où trop de choix sont confisqués, trop de débats sacrifiés. La ville s'impose donc comme un lieu moderne d'innovation, laboratoire permanent d'une démocratie concrète. «L'air de la ville rend libre!» proclamait déjà Max Weber.
A Paris, par exemple, nous voulons donner aux citoyens les moyens de peser réellement sur les décisions qui conditionnent la vie de leur cité. C'est tout le sens des instruments divers que nous avons mis en place : Conseils de quartier, Conseils de la Jeunesse, compte-rendus de mandat réguliers dans chaque arrondissement, consultations citoyennes, ou bien Conseil des Parisiens étrangers n'ayant hélas pas encore le droit de vote. Je ne prétends pas du tout que ces quelques illustrations aient valeur de références. Elles traduisent plutôt une démarche, une recherche, une volonté, partagée d'ailleurs par toutes les villes.
Bien sûr, aucun modèle n'est transposable en l'état, car chaque collectivité est unique, riche de ses traditions et de ses potentialités propres.
C'est pourquoi, l'échange entre elles s'impose comme l'un des plus formidables enjeux de ce début de siècle.
Nous en sommes conscients. Nous avons tant à recevoir des autres, tant à entreprendre ensemble.
Par exemple, avec Montréal. Récemment, Gérald Tremblay et une délégation de vos compatriotes nous rendaient une visite consacrée essentiellement à la question des déplacements. Mais l'urbanisme occupe également une place majeure dans notre réflexion. Ainsi, je compte bien apprendre de vous en découvrant le quartier international de Montréal.

Quant au protocole de coopération bilatérale que nos deux villes vont adopter, il prévoit la mise en commun de nos expériences en matière économique, notamment pour l'insertion ou les biotechnologies. Autre passerelle majeure entre nos villes : la culture. Art du cirque, nouvelles écritures théâtrales, peinture et création publicitaire le confirment de façon sans cesse renouvelée.
De même, avec Québec, nous travaillons de concert sur la dynamique universitaire. Avec Copenhague, sur le développement des circulations douces et des transports collectifs. Et avec Casablanca, les déplacements, la réhabilitation urbaine, mais aussi le sport, nourrissent une synergie originale.

J'évoquerai enfin la solidarité Nord-Sud.
Ainsi, nous accompagnons Pnom Penh dans l'assainissement de ses eaux ou Pékin - en synergie avec Rome - pour la préservation de son patrimoine.
Sans cesse, nous voyons monter en puissance cet esprit de coopération entre les collectivités du monde. C'est donc un pas considérable qui a été franchi lorsque nous avons créé l'association Cités et Gouvernements Locaux Unis, qui représente déjà plus de la moitié de la population mondiale! C'est pourquoi notre organisation - dont Gérald Tremblay est le vice-président pour l'Amérique du Nord - s'impose désormais comme un interlocuteur très utile.

C'est le sens du message délivré par Kofi Annan, le 8 décembre dernier, lorsqu'il a mis en relief la mission des villes dans les domaines de l'éducation, de la lutte contre la faim, de la santé et de l'égalité des sexes. A cette occasion, l'ONU nous a d'ailleurs confié un rôle de partenaire pour atteindre les objectifs du Millénaire.
Et parmi ces réseaux de solidarité, il en est un qui nous est particulièrement cher : l'Association Internationale des Maires Francophones. Montréal et Paris les deux premières villes du monde francophone y prennent bien entendu toute leur part, y compris du point de vue des symboles : ainsi nous rendrons hommage à l'une de ses plus grandes figures, Léopold Sédar Senghor, en donnant son nom à des lieux emblématiques de nos cités.
Ce chantre magnifique de la négritude définit la francophonie comme un « idéal qui anime des peuples en marche vers une solidarité de l'esprit ». Oui, un idéal dont nous voyons qu'il vibre aux quatre coins du monde : à Bruxelles, à Kinshasa, à Tatanarive, à Hanoi, à Tunis ou à Port au Prince, c'est à la fois un refuge et un creuset, où s'épanouissent les valeurs de dialogue, de tolérance et d'humanisme. L'Association Internationale des Maires Francophones s'emploie à les servir avec exigence, dans une démarche toujours tournée vers le concret. Ainsi, elle contribue à la réalisation d'équipements publics tels que des centres de santé, des écoles ou des espaces culturels. Elle favorise également l'extension des réseaux de transport et la modernisation des services municipaux.
Et depuis 2001, l'AIMF a choisi de placer la lutte contre le sida au centre de ses interventions. Une très belle illustration en fut la ferveur de ces milliers de jeunes venus inaugurer un centre de santé polyvalent à Ouagadougou et proclamant leur engagement à s'investir dans ce combat pour la vie.
Tel est le rôle - j'allais dire l'honneur - d'une association comme l'AIMF.
Aujourd'hui même, avec ses membres réunis à Montréal, nous avons d'ailleurs réfléchi à la place des savoirs et de la culture dans le développement de nos cités. Car l'impossibilité pour certains enfants d'accéder à l'éducation, est indigne. C'est une véritable insulte à notre civilisation.
Oui mes chers amis, si l'Histoire nous lie, le présent nous oblige.

Nous avons le devoir de faire fructifier le legs de nos anciens, avec pour guide intemporel, la puissance des valeurs qui donnent leur identité à nos villes. Grand voyageur et écrivain important de l'entre deux guerres, Valery Larbaud avait coutume de dire : « j'ai des souvenirs de villes comme on a des souvenirs d'amours ». Sans doute parce que la cité est aussi complexe que l'être humain. Avec ses affects, ses contradictions et ses desseins.
Nos peuples s'accordent, nos cités sont belles, elles regardent vers le ciel pour y déceler le futur. Les mêmes étoiles les éclairent, les mêmes idéaux les inspirent.
Est-ce pour cela qu'on reconnaît ses amis, par delà les continents : Un sourire, et l'on sait qu'ensemble, nous construirons encore.
C'est le vœu que je forme pour nous tous. Et dans le dernier mot de mon propos, entendez respect, amitié et espérance.

Merci!


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UQAM - Université du Québec à Montréal  ›  Mise à jour : 25 avril 2006