Le 18 septembre 2006 – Selon une étude publiée aujourd'hui par le professeur Léo-Paul Lauzon, titulaire de la Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM et professeur au Département des sciences comptables, en collaboration avec le chercheur Marc Hasbani, dix des plus grandes compagnies pharmaceutiques mondiales ont joué un rôle déterminant dans l'augmentation du prix des médicaments et du coût des soins de santé publique.
Les entreprises étudiées
Les états financiers, sur une période de dix ans, des entreprises
pharmaceutiques suivantes ont été analysés : Pfizer, Johnson
& Johnson, GlaxoSmithKline, Novartis, Roche Group, Abbott Laboratorie, Merck,
Bristol-Myers Squibb, Wyeth et Eli Lilly.
Voici les points majeurs de cette étude :
Les pharmaceutiques : des profits très élevés
Le taux de rendement après impôts sur le capital investi réalisé
au cours des dix dernières années (1996-2005) a été de 29 %, en
moyenne, pour les dix sociétés étudiées. Ce taux de rendement
est très élevé, selon les chercheurs, et se répercute sur le
prix des médicaments tout en créant une pression énorme sur le coût
des soins de santé, tant publics que privés. En considérant les
importantes fusions qui ont donné naissance à ces puissantes multinationales,
conjuguées à la hausse de la durée de protection des brevets
accordés par les gouvernements, on ne devrait plus parler, selon les auteurs de
l'étude, de marché mais plutôt d'oligopole dans ce secteur
d'activités.
Cette croissance remarquable des taux de rendement a permis aux dix compagnies pharmaceutiques recensées de dégager, en l'an 2005, un profit net de 58 milliards $ U.S. comparativement à un bénéfice net de 27 G $ en 1996, soit une hausse de 115 % en l'espace de neuf ans. Cette hausse de profits de l'industrie pharmaceutique constituerait la principale cause de l'augmentation des coûts de l'assurance-médicaments au Québec et du coût des soins de santé publique. Si ces entreprises pharmaceutiques se contentaient d'un taux de rendement après impôt sur le capital investi de 12 %, on assisterait alors à une baisse significative d'au moins 14 % du prix des médicaments, ce qui aurait un impact immédiat à la baisse sur les coûts de l'assurance-médicaments et du système de santé publique en général.
Une industrie généreuse pour ses actionnaires
Entre 1996-2005, ces dix compagnies pharmaceutiques ont versé 317 milliards $ U.S.
à leurs actionnaires sous forme de dividendes (188 G $) et de rachats d'actions
(129 G $), ce qui représente 77 % des profits réalisés par ces
entreprises au cours de la période observée. Cette proportion est
très élevée et représente des milliards de dollars sortis
de l'entreprise à des fins qualifiées par l'étude de
stériles ou ne servant qu'à des stratégies de spéculation
au seul profit des actionnaires et de leurs dirigeants bien servis par des options
d'achats d'actions.
Marketing & administration vs recherche & développement
Toujours au cours de la période considérée, les compagnies
étudiées ont dépensé 739 milliards $ U.S. en frais de
marketing et d'administration contre 288 G $ en frais de recherche et de
développement, soit 2,6 fois plus. Les prétentions des entreprises
pharmaceutiques quant à la nécessité de hausser leurs prix de
vente pour faire face à leurs besoins d'investissement en recherche et
développement ne tiennent pas. La vente des médicaments constitue donc,
et de loin, la priorité des pharmaceutiques plutôt que le besoin de
créer de nouveaux à des coûts moindres.
Investissements en immobilisations
De 1996 à 2005, ces dix multinationales pharmaceutiques ont investi seulement
43 milliards $ U.S. en immobilisations nouvelles alors qu'au même moment elles
ont versé 317 G $ U.S. à leur actionnaires en plus de dépenser
739 G $ U.S. en marketing et publicité. Selon les auteurs, cela semble
contradictoire avec les prétentions de l'économie capitaliste qui postule
que plus les firmes réaliseront de gros profits, plus elles investissent en
immobilisations et en recherche. À peine 10 % des profits de 413 G $ U.S. ont
été réinvestis en immobilisations au cours des dix dernières
années et 77 % de ces mêmes profits ont été redistribués
à leurs actionnaires (317 G $ U.S.). Contrairement à leurs
déclarations, ces entreprises augmentent le prix des médicaments pour
satisfaire les besoins de leurs actionnaires et de leurs dirigeants au détriment
de l'investissement en recherche et en immobilisations.
Des quasi-banques
Entre 1996 et 2005, ces dix compagnies pharmaceutiques mondiales ont encaissé
27 milliards $ U.S. en revenus d'intérêts. En plus de ces énormes
revenus d'intérêts, ces sociétés pharmaceutiques jouissent
d'importantes liquidités (encaisse) et d'un coefficient d'endettement
extrêmement bas (12 %). Au 31 décembre 2005, ces liquidités
astronomiques (totalisant 92 G $ U.S.) représentaient 19 % de leur actif
total. En conséquence, les compagnies pharmaceutiques n'ont pas besoin de
recourir à du financement externe par le biais d'emprunts à long terme.
Ce qui ferait d'elles des quasi-banques.
Un marché anormal
Ces dix compagnies pharmaceutiques ont donc alloué très peu de ressources
pour l'investissement en immobilisations et en recherche au cours des dix dernières
années par rapport aux profits réalisé. Comme ces entreprises
formeraient, selon l'étude, un puissant oligopole mondial, qu'elles jouissent
de lois avantageuses concernant la propriété intellectuelle de leurs
brevets et qu'elles sont confortées par des traités commerciaux à
portée mondiale, elles jouissent alors d'un immense pouvoir et adoptent des
comportements qui vont à l'encontre de l'économie de marché, et des
intérêts des États et des populations.
Devant une telle situation, nos gouvernements devraient avoir, selon les auteurs, le courage politique d'intervenir afin de veiller aux intérêts de la collectivité. Il serait urgent et nécessaire d'exercer un contrôle sur le prix des médicaments et les recommandations proposées dans l'étude vont dans ce sens en remettant en question le comportement des grandes compagnies pharmaceutiques mondiales.
Titre de l'étude : Analyse socio-économique : Industrie pharmaceutique mondiale pour la période 1996-2005.
Renseignements et copie de l'étude : Martine Lauzon, agente de recherche Chaire d'études socio-économiques (514) 987-3000, poste 7841# / lauzon.martine@uqam.ca
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Source : André Valiquette, conseiller en relations de presse
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